‹ Pastels [microforme]Chapitre 21 sur 49 · LA VIERGE ET LA ROSE · texte numérisé non relu

LA VIERGE ET LA ROSE

Rosa mystica

E° LITURGIE désigne souvent la Très Sainte Vierge sous le nom de rose,

Chaque jour, les fidèles lui répètent la douce invocation des litanies lorétanes: ‘ Rose mystique, priez pour nous.” Et l'Eglise, s'inspirant des Ecritures, compare tour à tour Marie à ‘‘ la rose: qui s'élève dans Jéricho”’ (1); à ‘‘ la fleur des rosiers aux jours du printemps *’ (2); à ‘“‘la rose qui s’épanouit au bords des eaux ”’(3).

Cette poétique appellation convient admirablement à la Très Sainte Vierge, comme nous essaierons de le montrer.

LA] La

Et d’abord, la rose naît parmi les épines. Cette fleur des fleurs s’épanouit sur un buisson.

Si l’épine nous rappelle la malédiction antique, —la rose, par sa beauté, sa fraîcheur, son parfum exquis, adoucit l’amertume de nos regrets, atténue la tristesse de nos souvenirs. C’est comme un sourire du bon Dieu au milieu de nos malheurs . ..

Or, comme l’épine produit la rose, ainsi la Judée a germé Marie (4).

(1) “ Quasi plantatio rosæ in Jericho.”—Eccli, XXIV. 18. (2) “Quasi flos rosarum in diebus vernis.” —Eccli, L. 8. (8) “ Quasi rosa plantata super rivos aquarum.—Eccli, XXXIX, 17. (4) “Sicut spina rosam, genuit Judæa Mariam.”’—Of, de B.

L'Ecriture mentionne, en effet, dans la généalogie de la Vierge, des personnes dont la vie fut criminelle. Parmi ses lointains ancêtres, l’on relève des noms tristement fameux, Plusieurs de ceux que Dieu lui avait unis à l'avance, par les liens du sang, peuvent être, à bon droit, comparés à des épines.

Et puis, au temps où elle est née, le peuple juif avait si complètement perdu l'esprit de sa vocation, le sens des choses divines, qu'il ressemblait vraim::at à un buisson.

Sous le souffle d'en haut, Marie, —rose mystique, —a germé de ce peuple, s’est épanouie au sein de cette trace, dont la malice ne faisait que mieux ressortir sa beauté,

Les épines dont la rose s’entoure, ne symbolisent-elles pas également l'admirable prudence de la Vierge, le soin qu’elle mettait à protéger contre toute atteinte le trésor de sa vertu.

Telle était sa sollicitude, en effet, sa délicatesse, qu’elle eut besoin d’être rassurée par l’ange avant de consentir à la proposition divine (1). Au dire des saints Pères, Marie n'aurait jamais accepté de devenir la mère du Verbe In-

carné, si elle avait dû acheter cet honneur au prix de sa virginité.

La rose est la plus belle des fleurs.

Qu'elle soit à peine éclose et ne livre encore qu’à demi le trésor de sa corolle, ou que, entièrement épanouie, elle s’enivre de rosée et se dore de rayons, —sa vue nous charme toujours infiniment, La forme gracieuse de ses pétales, ses teintes suaves et riches, son délicieux parfum, tout cela lui a valu, de tout temps, le titre de reine des fleurs.

(1) Luc. I. 34-35.

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Comme il fait bon regarder ses feuilles veloutées, toujours un peu humides, respirer les fraîches senteurs qu'elle exhale!

La beauté, vraiment idéale, de la Vierge, ravissait ainsi tous les yeux.

Dieu s'était plu à orner des qualités corporelles les plus magnifiques, la douce nazaréenne qui devait donner naissance au plus beau des enfants des hommes.

Pourtant, si la Vierge était si séduisante, au point de vue extérieur, c'était moins encore à cause de sa pureté de lignes, de la proportion et de l'harmonie de ses membres, que de la splendeur céleste dont elle semblait revêtue, et qui la transfigurait presque. Son âme se reflétait dans ses yeux, sur sa physionomie, er rehaussait à l'infini l'éclat et la beauté. La vie divine, qui l’imprégnait toute, spiritualisait en quelque sorte ses sens, paraissait leur commuviquer les privilèges des formes angéliques.

Qui dira jamais la perfection de cette âme de vierge ? qui pourra jamais décrire les dons surnaturels que Dieu lui avait faits ?

Chef-d'œuvre de la Trinité Sainte, sortie toute pure du souffle divin, l’âme de Marie avait, au moment de son union à une chair, miraculeusement échappé à la flétrissure qui atteint les nôtres. Immaculée, dès le principe de sa vie, elle ne commit non plus jamais la moindre faute personnelle. La grâce, à laquelle elle correspondait fidèlement, et que Dieu lui versait toujours plus abondante,

l'ornait sans cesse de ses immatérielles splendeurs, et la .

conduisait enfin jusqu'aux suprêmes limites de la perfection créée.

La blancheur nacrée de la rose figure l’inviolable vir-

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ginité de Marie, comme ses teintes empourprées symbolisent son martyre.

En devenant mère du Verbe fait Chair, Marie est demeurée vierge. La conception et l'enfantement du Fils de Dieu n'ont aucunement flétri la fleur de sa vertu, qu'.!l: avait solennellement consacrée au Seigneur,

La toute-puissance divine était intervenue, au:.« pour l'empêcher de contracter la tache origi: H Paraissant à la vie, son Ame était donc, comme !. du premier homme et de la première femme, dans un £i1t de parfaite justice. Dieu, qui l'avait choisie Pour coopérer à la régénération et à la rénovation du monde, l'avait, corime l’Eve antique, créée dans une entière innocence.

Au moment de l'Incarnation, la vertu du Très-Llaut la couvrira de son ombre, et ce sera l'Esprit-Saint qui formera mystérieusement en elle une Chair au Verbe Infini, De la sorte, Marie ne perdra, en devenant féconde, aucune de ses prérogatives virginales, comme, non plus, Dieu ne communiquera à personne le privilège auguste de sa paternité. Ainsi, le miracle qui avait présidé à sa conception sans tache n'était que le prélude de l’ineffable mystère par lequel elle serait mère tout en restant vierge ;—et Dieu sanctionnait, consacrait, Couronnait l’œuvre de préservation première, et montrait jusqu'où peut aller sa toute- Puissance, en unissant dans une même créature la beauté de la vierge à la dignité de la mère.

Marie n’a pas versé son sang, mais sa vie n’en a pas moins été un martyre continu. Comme son Fils bien-aimé, elle est ‘‘ blanche et vermeille”’(1). Reine des vierges, elle est aussi reine des martyrs.

Durant les heures de la passion, son âme a été trans-

(1) “ Dilectus meus candidus et rubicundus ”’—Cant, V, 10.

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percée d'un glaive, ainsi que le vieillard Siméon le lui avait annoncé (1). Elle a tant souffert, au spectacle de tout ce que les hommes infligeaient à Jésus, —dont elle connaissait, elle, la perfection et la délicatesse infinies, qu'elle savait être Dieu, —que l'Eglise lui fait dire, dans un de ses offices, ces paroles du prophète: ‘‘ Regardez : est-il une douleur qui ressemble à la mienne ? ”’ (2)

Et, de même qu’il a fallu un miracle pour que le Christ n’expirât pas, au soir de son agonie, et pâût se rendre, à travers d’atroces tourments, jusqu’au lieu du Calvaire, —un secours spécial d'en haut a également été nécessaire à Marie pour que son âme, angoissée, torturée, ne brisât pas sa frêle enveloppe de chair, ne rompît pas ses liens terrestres, et pût remplir jusqu’au bout son rôle de co-rédemptrice du genre humain.

La rose ne verse tous ses sucs, n’exhale tous ses parfums que lorsqu’on la broie.

Les rares vertus de Marie n’ont jamais mieux éclaté qu’au milieu de ses souffrances. C’est alors surtout que se révélèrent, dans toute leur splendeur, ses quauiés divines. Combien sa grandeur d'âme, sa générosité, sa noblesse de cœur, ont brillé, dans cette lutte de tant de jours, entre ses sentiments, ses droits maternels les plus légitimes, et la volonté infinie, qui lui en demandait le sacrifice pour le salut du monde!

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