CONVENANCES DE L’'ANNONCIATION
ANS aucun doute, Dieu aurait pu accomplir le mystère de l’Incarnation du Verbe, sans le faire précéder de la sublime scène de l’Annonciation.
Rien ne Jui faisait une obligation stricte d’avoir recours à ce procédé, avant de réaliser, dans le temps, les desseins éternels de son amour.
Toutefois, puisqu'il a plu à son infinie délicatesse d'envoyer un ange annoncer à la Vierge le miracle auguste, résolu dans le secret de ses conseils, —cette disposition de sa Providence toute sage s'explique par des raisons de convenance, que je voudrais énumérer brièvement.
Et d’abord, par là, par l’Annonciation, l'esprit de la Vierge a été illuminé des rayons de la foi la plus vive en Celui qui devait être son Fils, son cœur a été embrasé du plus tendre amour pour ce Verbe divin qu’elle devait matériellement concevoir.
Lorsqu'il ne lui a pas encore emprunté le plus pur de son sang, et avant que l’Esprit-Saint, agissant sous une ombre protectrice, ne lui ait formé une chair, le Fils de Dieu habite déjà dans cette âme virginale, qu’il avait créée de son souffle très pur. Il habite invisiblement, par la foi, il repose dans ce temple spirituel et idéal, qui n’a pas été façonné de main d'homme.
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Et, quand enfin le mystère de son Incar:tic, dans le sein immaculé de Marie, s’opèrera par la vriu d'en han, Îl sera reçu dans ce sanctuaire matériel, ::105 comme us étranger, un inconnu, mais comme un ‘avi: chéri à l'avance, attendu, désiré, et dont la présence sensibie avait été préparée par la vie mystérieuse dont il jouissait déjà dans son esprit et dans son cœur.
Et puis, le fait de l’Annonciation,—c’est-à-dire la vision objective et les paroles révélatrices de l’ange,—rendait la Vierge Marie témoin fidèle et irrécusable du mystère, source de tous les autres, que Dieu plaçait à l'aube de la rédemption et qui ouvrait l'ère du salut.
Après avoir vu de ses yeux le messager céleste, après avoir entendu ses oracles et reçu les signes de la divinité de sa mission, Marie devait devenir l’inspiratrice des écrivains sacrés, et, par eux, attester à tous les âges à venir l’absolue vérité de la chose sainte que Dieu avait opérée en elle.
Comme l’Annonciation était le moyen le plus pratique de faire naître dans son esprit et son cœur la foi à la réalité divine, elle devait aussi donner à son témoignage une force, une valeur probante extraordinaire.
Enfin, qu’était-ce donc que Dieu voulait accomplir par l’Incarnation ?
L'union de la nature divine et de la nature humaine daus une seule personne.
Or, cette alliance, dont il avait rêvée de toute éternité,
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et de laquelle dépendait le salut du monde, il fallait, pour la consommer, le consentement de l'épouse vraiment idéale, | que l’Esprit-Saint s'était choisie entre toutes les filles des | hommes.
Et comme, dans les familles royales, on envoie un ambassadeur solliciter la main de la princesse que l’on destine à l'héritier du trône, —Dieu n’a pas agi, envers Marie, avec | moins d’auguste rérémonie ni de délicatesse, en dépêchant auprès d’elle un personnage de sa cour —Gabriel—pour lui proposer ces ineffables fiançailles avec son Esprit, pour lui offrir ce titre d’épouse, qui devait faire d'elle la plus sublime de toutes les créatures, et lui donner part aux privilèges divins, en la rendant Mère du Verbe.
Vraiment, un tel procédé, d” la part du Tout-Puissant, | ne peut que nous ravir d’enthousiasme et d'admiration ! Etait-il possible de pousser plus loin le souci de la dignité humaine et d'agir avec une plus exquise délicatesse ?—