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LA PEINE DU PURGATOIRE

+ «+ + + L'âme cürétienne, qui est rappelée à son Créateur, avant d’avoir pu expier, soit ses fautes vénielles, soit les peines temporaires, dues à ses fautes graves, passe en un lieu de supplice, que l'on nomme le purgatoire. Là, elle est soumise à une épreuve, qui achève de la purifier, qui

fait disparaître ses plus légères taches.—Rien de souillé ne peut entrer dans le royaume des cieux.—Et, avant d’être admise aux extases de la vision, aux joies de la possession divine, l'âme doit recouvrer Péniblement sa beauté première, revenir à cet état diaphane, qui la rendra pénétrable aux rayons de l’inaccessible clarté.

Or, quelle est la nature précise de cette épreuve, qui attend sans doute le plus grand nombre d’entre nous, — car, il faut être si pur, pour paraître en la présence de ce Dieu, qui voit des ombres même dans ses anges? Quelle est l’intensité de la souffrance à laquelle l'âme y est en proie? Quelles sont les formes de son supplice ?—

A défaut de définition dogmatique sur ce point, nous aurons recours à la doctrine forte et luraineuse du Docteur angélique. En deux raisonnements bien simples, saint Thomas prouve que la peine du purgatoire est d’une

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rigueur extrême, d’une rigueur telle, qu'aucune peine de cette vie ne lui est comparable. Cette peine se divise en peine du dam et peine du sens. ÆExaminons la première, et tâchons de nous faire quelque idée de ce que l'âme endure à cause de la privation de Dieu.

Plus nous désirons une chose, et plus nous souffrons d’en être privé. L’intensité de nos désirs est la mesure de la peine que nous causent les retards ou les obstacles apportés à leur réalisation.

Le désir naît, en effet, d’une convenance, réelle ou apparente, que nous percevons entre tel objet et nous. Nous sommes avides de bien, de bonheur ; nous le cherchons à tout instant. Tout notre effort est pour être heureux. Et lorsque, parmi les choses qui nous entourent, nous en découvrons quelqu’une qui semble mieux répondre à nos aspirations intimes, aussitôt nous nous prenons à la désirer. Si je me porte vers les richesses, ou vers les honneurs, ou vers les plaisirs, ou vers les hautes charges, c’est que, pour moi, l’un ou l’autre de ces objets incarne l'idéal de félicité dont je me berce. Le mouvement qui me pousse vers lui, provient de ce que je crois percevoir que je trouverai, là, ce bonheur, après lequel je soupire si vivement.

Hélas! Souvent nos sens nous trompent. Dieu seul peut faire notre bonheur. Tout ce qui n’est pas lui, ou tout ce qui ne conduit pas à lui, loin d’apaiser notre tourment, ne fait que l’augmenter. ‘‘ Quiconque boit de cette eau aura encore soif.” On ne se désaltère qu'aux eaux de la fontaine de vie éternelle. Nos sens nous illusionnent, et nous nous apercevons enfin que ce n’est ni dans la fortune,

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ni dans les honneurs, ni dans l’adoration des idoles de chair, que l’on rencontre le bonheur tant rêvé.

Mais il n’en est pas moins vrai que, si je les ai cherchées et désirées ces choses, c'est que j'avais cru voir entre elles et moi d’intimes convenances ; il m'avait semblé qu'elles s’harmonisaient avec mes tendances, qu’elles répondaient aux besoins de ma nature.

Ainsi donc, le désir naît d’une convenance, réelle ou apparente, que nous percevons entre tel objet et nous. Il uous semble que telle chose nous irait, nous conviendrait, alors, iuvinciblement, comme fatalement, nous nous élan- Sous vers elle. Et notre impulsion est d’autant plus vive, notre mouvement plus prompt, notre désir plus intense, que cette chose correspond mieux à notre idéal, qu’elle semble plus essentielle à notre félicité, qu’il nous paraît que nous trouverons plus complètement en elle notre rassasiement.

Si donc, après avoir découvert une convenance, pour ainsi dire parfaite, entre tel objet et nous, après avoir perçu que telle chose réaliserait nos rêves les plus chers, satisferait tous nos appétits, et après en avoir senti naître en nous le désir, un désir proportionné, très profond, très intense, — cette chose, ensuite, nous échappait, nous fuyait, se dérobait à nos recherches, se faisait comme insaisissable, et cependant nous fascinait toujours, provoquait nos efforts sans les couronner jamais, nous mettait enfin dans une situation telle, que nous ne puissions, ni renoncer à la désirer, ni réaliser nos vœux par sa possession, —dites, y aurait-il repos pour nous alors? Cet état d'âme ne serait-il pas intolérable? L’intensité d’un désir jamais satisfait ne serait-elle pas, pour nous, cause d’ineffables souffrances ?

Or, au purgatoire, l’Ââme voit, très clairement, l’harmonie intime et profot.de qu’il y a entre elle et Dieu ; elle

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découvre une convenance parfaite entre sa nature et lui. Elle voit qu’elle a été créée pour Dieu, qu’il est son principe et sa fin, qu’elle trouvera en lui seul le parfait bonbeur, et que seul, Dieu, Vérité suprême et Bien essentiel, rassasiera son intelligence et son cœur.

Certes, sur terre, déjà, elle avait eu le bonheur d'être illuminée d'en haut, et de percevoir que Dieu seul peut nous convenir parfaitement. Et si, parfois, victime des illusions des sens, elle avait couru après des ombres, du moins s’était-elle vite ressaisie ; la grâce divine avait rompu le charme, et cette âme s’était orientée à nouveau vers la vraie lumière, vers le seul bien. Ici-bas, la foi lui avait fait pressentir ce qu'est Dieu, et que notre âme est si grande que Lui seul peut la remplir de son infinité.

Mais, quelle différence entre la perception qu'elle avait durant sa vie terrestre, et celle qui lui est maintenant donnée! Comme elle voit mieux que Diew est bien le seul objet sur lequel toutes ses puissances trouveront leur bonheur à s'exercer! Avec quelle perspicacité, quelle finesse de vue, elle discerne son ordination éternelle vers fui !

Sa condition présente, dégagée de la chair, lfbre des sens, sa sainteté surtout—car l'âme du purgatoire est fixée à toujours dans le bien—la rendent ainsi étonnamment apte à percevoir son rapport surnaturel et nécessaire avec Dieu. Et il n’est pas à craindre qu’une illusion fatale ne vienne la détourner de son but infini, que sa perception ne s’obscurcisse. Cela est impossible !

Puis, son désir de Dieu est proportionné à la perception par laquelle elle découvre qu’elle est évidement faite pour lui. L'intuition qu’elle a de son harmonie avec lui, engendre en elle une aspiration forte, intense, de le posséder. C’est pourquoi elle s’élance vers ce bien suprême, qu’nne

rait

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révélation directe et continue lui montre comme le seul objet de sa béatitude.

Saint Paul disait: ‘* Cupio-dissolvi et esse cum Christo. Je désire que mes liens de chair se brisent afin d’être avec mon Christ.”

Or, qu’étaient tous les soupirs de l'Apôtre, que sont les aspirations de tous les saints de la terre, au prix des désirs, des élans impétueux de l’âme dans le purgatoire? Surtout, comment comparer les désirs présents de cette Âme, avec les faibles aspirations qu’elle avait autrefois, quand elle était umie à une chair ?

De même que sa condition, toute spirituelle, favorise sa vigueur, son acuité de perception, et que son immobilité dans le bien, écarte d’elle toute illusion, et l'empêche d’être séduite par de vaiues apparences, et de croire jamais que quelqu’autre que Dieu puisse lui convenir, —ainsi, ce même état libre de liens terrestres, et confirmé en grâce et sainteté, permet-il à l'âme de se porter vers Dieu avec une force, une constance, une fixité, une fermcté, une intensité de désir, dont aucæne âme humaine n’est capable sur terre,

Ici-bas, en effet, l’âme doit compter avec la matière,

qué a ses lois, ses besoins, qui met obstacle à son ascension dans les régions pures de la contemplation, qui vient mêler à l’umité, à la simplicité de-ce désir, par lequel elle veut se porter vers Dieu, des préoccupations humaines, des soucis temsestres. Tant de <oses viennent distraire nos efforts, les atffaibllir, en les multipliant et les divisant, et empêcher leur esncentration sur le but même divin! Nous sommes tinés à deux memes nous nous sentons supérieurement sollicités, nous sommes tourmentés d’infini, et, en même temps, no%s subéssums cette ‘‘ loi des membres,’ dont parle l’Apôtre, qui nous rappelle notre misérable condition.

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Au purgatoire, l’âme, libre de la servitude matérielle, n’a plus rien qui puisse distraire son désir de ce Dieu, lumière et amour, qui lui fait pressentir ses charmes. Aussi, son impulsion vers lui est totale. Tout ce qu'elle est—essence et facultés--s’oriente vers l'idéal éternel et infini.

Eh! bien, cette âme, qui perçoit si bien, si clairement, qu'elle est faite pour Dieu, que Dieu lui versera le parfait bonheur, cette Ame, à qui Dieu révèle assez de sa nature, pour faire naître en elle un immense désir de le voir et de le posséder, cette âme, qui ne peut, ni s'empêcher de découvrir l’intime convenance qu’il y a entre elle et Dieu, ni se distraire, d’aucune façon, du mouvement qui la porte vers lui, cette âme, qui est élan, et aspiration, est condamnée pour un temps—et c'est là sa première peine, peine du dam, peine terrible |—est condamnée à ne pouvoir atteindre son Dieu, à soupirer en vain après sa possession. Quelle misère ! ;

Si l'intensité de nos désirs est la mesure de la peine que nous ressentons de ne pouvoir les réaliser, jugez donc de ce que doit souffrir une pauvre âme du purgatoire, dont le désir de voir Dieu, correspondant à la perception qu’elle a de ses rapports avec lui, est d’une intensité extrême, qui concentre dans ce seul désir toutes ses énergies, toutes ses puissances, qui est sûre que de sa réalisation dépendra son éternelle félicité, et qui, cependant, se voit dans l’impossibilité absolue de le réaliser maintenant, qui va se heurter contre d’infranchissables barrières! Ah! qui pourra jamais dire les tourments qu’elle endure dans cette privation d’un bien après lequel elle soupire tellement ?

Sans doute, l’espérance atténue son supplice. Elle sait qu’il finira, et cela lui est un baume de consolation. Si

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l'heure de sa délivrance lui est inconnue, elle a, du moins, l'intime persuasion que cette heure viendra à sonner.

Et puis, unie à Dieu par :°s liens d’une très vive charité, elle adore sa volonté, sa justice éternelle, qui la retient loin de lui, momentanément. Non-seulement elle reconnaît l'entière impartialité de la sentence qui la frappe, mais encore on peut dire que sa peine est volontaire, en ce sens que l'âme juge qu’il fallait qu'elle lui fût infligée, et qu'elle ne pouvait, par une autre voie, entrer dans la béatitude éternelle et infinie.

Elle reconnaît, qu’étant donné son état, au moment où elle s'exhala de sa prison de chair, elle ne pouvait ainsi monter au séjour de la lumière, que Dieu ne pouvait l’admettre en sa présence sans la purifier par l'épreuve ; —elle reconnaît qu’elle serait encore réfractaire aux rayons divins, qu'elle n’est pas assez supérieure à sa condition pritcitive, pas assez loin de notre fange, pour mériter encore de goûter aux joies de la patrie.

Aussi, À mesure que la souffrance l’épure, la fait plus transparente, la diaphanise davantage, à mesure qu’elle se sent devenir plus légère, plus subtile, plus agile, son espérance augmente, elle entrevoit, comme plus prochaine, l'heure radieuse, où elle pourra enfin s’unir ineffablement à son Dieu .

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