CONVENANCES DE L'IMMACULEE CONCEPTION
+ +. Pourquoi la Très-Sainte Vierge a-t-elle été gardé: immaculée dans sa conception, et a-t-elle reçu les glorieux privilèges, qui l'ont mise au premier rang de toutes les créatures visibles et invisibles? Quelle est la raison des faveurs, absolument inouies, dont elle a été divinement revêtue ?
Dieu, Sagesse Eternelle, agit toujours ‘avec nombre, poids et mesure.” Dès lors, quels desseins avait-il en traitant si magnifiquement cette personne humaine ?
La raison de toutes ces gloires, elle est unique, et nous la dirons d’un mot. Quand Dieu prédestine à une vocation quelconque, I1 donne aussi les facultés qui permettront de la remplir.
Or, voici une créature prédestinée, de toute éternité, à remplir le rôle le plus sublime, le plus extraordinaire qui puisse échoir à un être; une créature marquée pour être associée à la paternité divine, pour devenir Epouse de l'Esprit Saint, et Mère du Verbe selon la chair.
Peut-on imaginer une vocation supérieure à celle-là, une mission plus haute, plus renversante par sa grandeur ?
Quoi d'étonnant, dès lors, que Dieu ait fait pour la Vierge ce qu’il a fait? N'est-ce pas plutôt le contraire qui surprendrait? Quoi d'étonnant, dis-je, que Dieu, ayant,
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dans l'éternité de ses conseils, prédestiné Marie à devenir Mère de son Fils, —ait multiplié en sa faveur les prodiges, pour la mettre à la hauteur de ce rôle d'élection, et lui ait, en particulier, conféré ce privilège d’une conception immaculée, privilège qui est la source de tous les autres, et dont tous les autres découlent comme par voie de conséquence ?—
Dieu se devait cela à lui-même ; Dieu devait cela à son Esprit Saint; Dieu devait cela à son Fils.
Marie, selon le plan de la Rédemption, allait donc être associée à la paternité même de Dieu. Dieu, qui engendre, de toute éternité, dans les splendeurs des saints, son Verbe, ‘cachet de sa gloire, figure de sa substance, ’’ et qui garde jalousement pour lui seul cet incommunicable privilège, Dieu allait demander le secours d’une créature humaine, quand il s'agirait de réaliser, dans la plénitude des temps, l’Incarnation de son Fils.
Et certes, il aurait bien pu se passer de ce secours, et former directement à son Verbe éternel une chair. Mais il a voulu recourir à l'intervention humaine, pour donner des preuves plus irrécusables de la réalité de cette Incarnation, et aussi parce qu’il convenait de faire sortir, de la race même déchue, le Sauveur qui devait la racheter au prix de son sang.
Or, est-il rien de plus admirable et de plus sacré que l'acte éternel par lequel Dieu engendre son Fils? Le prophète Isaïe, qui essaie d'en parler, s’écrie, comme ébloui par ce mystère: ‘‘Generationem ejus quis enarrabit? Qui donc pourra jamais le raconter?”’ Et l’auteur du Livre de la Sagesse emploie les termes les plus subtils, les comparaisons les plus délicates, pour tâcher de nous le faire saisir. Comme le rayon émane du soleil sans se détacher de lui, et
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se confond avec lui, ainsi la Sagesse éternelle émane du sein du Père et continue cependant de faire un avec lui. Le Verbe, c'est le miroir très pur, dans lequel se refiète l'essence divine qui est toute bonté. Le Verbe, c'est le souffle, c'est la vie même du Père, et, comme tout est pur, tout est saint, tout est immaculé, dans cette génération que notre foi adore, mais qui demeure incompréhensible à nos esprits, et qui est l’ineffable mystère.
Eh! bien, quand Dieu voudra, par amour, nous donner son Fils, et revêtir son Verbe d’une chair fragile, en tout semblable à la nôtre, et le faire naître de notre chair et de notre sany, serait-il convenable qu’il s’associe, pour ce grand œuvre, une créature souillée ?
Mais il est, Lui, la Sainteté par essence, l’absolue pureté, et rien n’est comparable, pour la splendeur et l'éclat, à l'acte radieux par lequel il engendre un autre lui-même.
Et. puisqu'il faut que son Fils vienne habiter parmi nous et germer de notre race, du moins ne faut-il pas aussi que Dieu, pour son propre honneur, choisisse, comme coopératrice de ce mystère, une Vierge que sa toutepuissance aura, dès le principe de sa vie, protégée contre toute flétrissure, contre toute atteinte du mal ?
Et, s’il y va de l'honneur de Dieu le Père, de sauvegarder ainsi l’intégrité absolue de la femme idéale, prédestinée à être la mère de son Fils, il y va aussi de l'honneur de l'Esprit Saint, dont cette femme sera l'Epouse.
C'est, en effet, par son opération, que le mystère de l’Incarnation se produira, et Marie, en donnant son consentement à l’Archange, messager du Très Haut, contractera véritablement une alliance, auguste et féconde, avec la troisième personne de la Très Sainte Trinité.
Or, qui ne voit que cette autre conséquence de Ja des-
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tinée de Marie, faisait, en quelque sorte, au créateur un devoir de la garder immaculée dans son origine ?
Mais quoi, dans les familles royales, par exemple, n'entoure-t-on pas de toutes les délicatesses, l'enfance et l'adolescence de la jeune enfant, pour laquelle on rêve d’une somptueuse alliance, et dont la main sera accordée à tel royal héritier? On est jaloux de sa vertu. on prend garde que rien n’effleure cette Âme ni ce corps, on veille avec un soin exquis sur ce dépôt sacré, que l’on veut voir arriver intact au jour radieux des fiançailles.
Et Marie, appelée à devenir l’Epouse même de l'Esprit Saint, n'aurait pas été, de la part de Dieu, l’objet d’une délicatesse encore plus grande, n’aurait pas été exempte de la contagion qui infecte nos origines ?
Non, en vérité, ce n'eut pas été assez, pour cette créature, appelée à une alliance si haute avec l'esprit d'amour, d'être sanctifiée dès avant sa naissance. Il était, à cause de sa vocation, souverainement convenable que la pureté la plus absolue présidât au principe de sa vie, et la fit, en tout, digne de l'Epoux divin auquel elle allait être unie.
Et, comme Dieu se devait à lui-même et devait à son Esprit-Saint, d'accomplir, en faveur de Marie, ce miracle initial, il le devait encore, il le devait, par-dessus tout, à l'honneur de son Fils.
N'est-il pas naturel qu’il y ait harmonie, proportion de qualités, qu’il y ait ressemblance entre une mère et son Enfant ?
Fils Unique de Dieu, consubstantiel au Père, le Verbe Incarné ne pouvait, en prenant notre ressemblance, assumer, cependant, la tache du péché. Et quelle qu’eût pu être sa mère, il fût, lui, demeuré inaccessible à toute souillure,
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à toute atteinte du mal moral. Mais, ne voit-on pas que les lois de la convenance exigeaient que la source d’où il devait jaillir fût d'une limpidité absolue, et qu'il y eût proportion entre cet effet admirable et sa cause humaine ? Il ne nous vient même pas à l'esprit qu'il eût pu, lui, la Sainteté par essence, lui dont ‘ génération éternelle au sein du Père est gloire et splendeur, naître d'une mère entachée de faute. Ah! oui, il fallait que Marie reçut, par grâce, ce que son Fils avait, par nature, sainteté d'origine, et impeccabilité absolue.
Autrement, et indépendamment de toutes les autres raisons théologiques, le Christ eut souffert dans son cœur, j'allais dire dans son amour-propre de Fils, s’il eût pu, en remontant dans la vie de sa mère, découvrir en elle une tache.
Dieu, en gardant Marie immaculée dans sa conception, a voulu, entr'autres raisons, épargner à la mère et à l'enfant une douleur trop grande: à la mère la douleur de n'être pas digne du Fils, au Fils la douleur d’être trop audessus de sa mère, de trop la dépasser, de n'être pas son vivant reflet. Oui, Dieu, par là, a voulu, avec une suprême délicatesse, épargner à l’un et à l’autre des hontes et des regrets . . ..
IMPRIMATUR Dix 164 DECEMBRIS 1904 # GULIELMUS STANG EPP. RIVERORM.