‹ Pasteur et les PastoriensChapitre 10 sur 15 · M. METCHNIKOFF · texte numérisé non relu

M. METCHNIKOFF

« Aprés M. Pasteur, c’est Metchnikeff notre homme de génie », vous diront les Pastoriens avec qui vous en causerez. Et Je comprends, ma foi, qu'ils soient fiers de ce grand cerveau.

Sans doute, le chef de service du « laboratoire de recherches » n’a pas encore à son actif de trouvaille thérapeutique comparable à la découverte du vaccin de la diphtérie : c’est que, retenu jusqu'à ces temps-ci par les plus hauts problèmes de la physiologie générale, son esprit commence à peine à s'appliquer aux études pratiques.

Actuellement — on ne sait pas ce que réserve l'avenir avec ces intelligences inventives — sa gloire principale est d'avoir révélé aux hommes

toute une fonction nouvelle de leur organisme. Il a découvert et décrit dans ses moindres détails la phagocylose; retenez bien ce nom barbare : ce qu'il signifie a presque autant d'importance que la respiration ou la circulation du sang.

C'est, dans la profondeur de nos tissus, la lutte pour la vie, avec des infiniment petits pour combattants; c'est tout un drame au microscope.

D'une part, le microbe, l'envahisseur qui veut conquérir, qui veut vivre,et prospérer, et pulluler ; et en face de lui, le phagocyte, gardien du territoire, globule blanc de notre sang, grosse cellule cachée dans les antres de notre appareil digestif, dans les cavernes de nos amygdales, qui semble littéralement doué de conscience et de discernement, qui guette l'ennemi, le saisit, l'englobe, le réduit à l'impuissance, le digère, l’anéantit — à moins que l’autre, plus vigoureux ou plus tenace, n'ait raison de sa résistance et ne finisse par envahir victorieusement le territoire convoité.

Merveilleuse défense de la vie contre ce qui tue! À chaque instant la phagocylose nous sauve de

quelque péril, petit ou grand. Arme à double tranchant, d'ailleurs, comme toutes celles que forge l'impassible nature, car le globule blanc, faute de mieux, parfois nous dévore nous-mêmes et détruit nos propres { ssus.

Cette trouvaille — je ne donne en ces lignes brèves qu'une bien maigre idée de son ampleur et de son importance — :l fallait, pour la mener à bien, plutôt un zoologiste qu'un médecin.

Et c'est précisément le cas de M. Metchnikoff.

Ce Russe, dont les premières études furent faites en Allemagne, chez le grand Virchow notamment, prodigieusement instruit, parlant toutes les langues, a promené son microscope sous bien des latitudes, en Italie, à Madère, à Odessa où il a été professeur, cherchant au rivage de toutes les mers ces animalcules tout simples, sans circulation sanguine, sans système nerveux, où il pouvait surprendre, dans sa nudité première, le phénomène capital de linflammation, de la défense de nos tissus.

D'Odessa, il écrivit un jour à M. Pasteur, qui

déjà l’estimait beaucoup, pour demander une modeste place à la maison-mère; et depuis lors on le voit tous les jours — à côté de la charmante femme dont il a fait son préparateur, son collaborateur de chaque jour — poursuivre avec acharnement, avec tous les enthousiasmes, tous les doutes, tous les tourments d'esprit d'un homme de génie, ses études nouvelles sur les associations microbiennes, qui peut-être le conduiront un jour à quelque découverte pratique d’une haute importance pour la préservation contre le choléra.

C’est, vous pouvez m'en croire, une curieuse et peu banale figure que la sienne.

Sa grosse tête, sa large face, presque toute sur le même plan, son bon nez porteur de lunettes, ses yeux au beau regard facile à effarer, sa barbe brune, clairsemée, courte et désordonnée, ses cheveux indisciplinés, couchés par {as en sens inverse comme des épis après un orage, son léger accent russe et sa voix grasseyante, m'ont pro-

curé, quand je l'ai vu pour la première fois, une immédiate et vive impression de sympathie et de respect.

Encore un qui n’a pas l'ambition de faire sa fortune ! Sous prétexte qu'il a six ou sept mille francs de rente,il ne veut même pas toucher de traitement pour les leçons qu'il fait à l’Institut Pasteur : il a refusé plusieurs fois une chaire à Sant-Pétersbourg, avec de gros émoluments.

Ce nom de Metchmikoff, le grand public le connait à peine. Je n’en ai que plus de plaisir à le lui révéler, C’est le nom d’un des plus grands maitres de la science de la vie, et c’est à peine si ce maitre à quarante-huit ans.

I n'a pas dit son dernier mot.

M. NOCARD

M. NOCARD

L'air d'un officier de cavalerie en civil, avec sa barbe noire en pointe et sa taille bien prise.

C'est grâce à son habileté technique et à son zèle infatigable que, jusqu'ici, l’on n’a pas trop manqué de sérum antidiphtéritique : c’est lui qui s’est chargé du choix, de l'achat et de l'immunisation des premiers chevaux.

Cela suffirait à lui mériter une place dans cette petite galerie de portraits, si M. Nocard, professeur à l'école d’Alfort, membre de l'Académie de médecine, n'était en outre un savant du plus haut mérite, le plus éminent de la pléiade de disciples formés par son maitre Bouley.

Son voyage en Égypte avec Roux, Straus et le

pauvre Thuillier; sa découverte du microbe du « farcin du bœuf » ; celle du bacille de la « mammite contagieuse des bêtes à cornes »; ses très importantes communications au congrès de Buda- Pesth sur la « tuberculine » et la « maléine » étudiées au point de vue du diagnostic de la tuberculose et de la morve, le mettent au rang des Pastoriens les plus sagaces.

Il à quitté la direction de l'école d’Alfort pour donner plus de temps à l'Institut Pasteur dont il est partie intégrante, et tous ses camarades témoignent de beaucoup d'estime pour sa rigueur scientifique, pour ce que ses moindres travaux ont d’accompli, de définitif.

Le mot ( vétérinaire » prend tout de suite une certaine allure quand il s'applique à des savants de cette qualité.

M. Nocard est le beau-frère du D' A. Josias, un des plus distingués parmi les jeunes médecins des hôpitaux de Paris.

Page 1