‹ Pasteur et les PastoriensChapitre 6 sur 15 · M. LE PROFESSEUR GRANCHER · texte numérisé non relu

M. LE PROFESSEUR GRANCHER

Il est maigre, 1l est long, avec des yeux graves, un visage pensif, osseux et macéré d'ascète, une barbe pauvre, clairsemée, de grandes jambes lasses, à faire croire qu'il n’a pas mangé depuis huit Jours.

Ajoutons vite, pour rassurer les bonnes âmes tentées de s'apitoyer sur son sort, qu'on dine confortablement chez lui, qu'il n’est pas sans quelque fortune et ne vit pas ( que de privations », voire même que son aspect un peu chétif et sans gaité ne l’a pas empêché d’être un des meilleurs esprits scientifiques, un des hommes les plus accueillants, les plus aimables de la Faculté.

Il y enseigne les maladies de l'enfance, et son

service de clinique à l'Enfant-Jésus de la rue de Sèvres passe, à bon droit, pour un modèle du genre.

Chaque lit d'enfant y est isolé par un paravent en toile métallique, qu'aucun élève, qu'auéune infirniere ne franchit sans avoir changé de blouse, sans s'être désinfecté les mains. On n'y fait Jamais de poussière; on n'y balaie pas : tout s'y lave. Une fois le déjeuner fait, on stérilise l'assiette et le couvert dont le marmot malade s’est servi; en sorte que, dans une salle où quarante enfants réunis respirent le même air, on n'a pas vu, depuis quatre ans que le service est réorganisé, un seul cas de contagion de diphtérie, de scarlatine, de rougeole ou de coqueluche.

Voilà de la belle hygiène : elle dénote une entente profonde, un maniement habile du microbe.

Mais le D'Grancher a d'autres droits au titre de Pastorien qui lui est cher.

Il était déjà renommé pour des travaux de premier ordre, et notamment sur l'unité de la phtsie.

be.

on allait le nommer, très jeune encore, professeur à la Faculté, quand il eut la pensée modeste d’entrer aux laboratoires de la rue d'Ülm, pour y combler, comme il a dit, une lacune de son éducation scientifique.

Il y travailla sans tapage jusqu’au Jour où M. Pasteur, fort de ses expériences personnelles et de l'appui moral de Vulpian, osa inoculer à l'homme son vaccin de la rage.

Convaineu, en son âme et conscience, de la légitimité de l'essai, M. Grancher accepta le rôle ingrat d'opérateur et de médecin responsable. Il y fit preuve d'une grande prudence pour les autres, et pour lui-méme de la plus belle abnégation.

C'était le temps où Peter, à chaque mardi de l'Académie, demandait qu'on envoyât le commissaire fermer le laboratoire de la rue d’Ulm, où, pensait-il, bien loin de guérir la rage, on la donnait. À ce jeu-là M. Grancher jouait sa chaire à la Faculté, ses légitimes ambitions académiques, son renom professionnel dont il a grand souci. Mais le devoir parlait, il demeura solide au poste.

Aujourd’hui que la cause est amplement gagnée, il peut s’enorgueillir d’avoir inoculé, presque toujours pour leur salut inespéré, le petit Joseph Meister, le berger Jupille, les dix-neuf Russes de Smolensk, et les centaines d’enragés qui, depuis lors, ont défilé dans les laboratoires agrandis de la rue Dutot.

Il a contribué pour sa part à perfectionner Ja méthode, à proportionner l'intensité du vaccin et l'importance de la dose à la gravité du cas et au degré de résistance individuelle du malade.

On peut bien dire qu'il rendit alors des services inoubliables, et que, dans cette histoire des vaccinations antirabiques, son nom demeure inséparable de celui de son maitre et ami M, Pasteur.

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