‹ Pastorale de Noël; mistère [par] Arnoul GrébanChapitre 9 sur 33 · LES ANGES · texte numérisé non relu

LES ANGES

Jérusalem, cite louée, à haute gloire déronee, fille de Dieu très précieuse^ fais Joie et chère plantureuse :

celui on ton espoir se fonde, le Rédempteur descend au mondes Hosannah ! il nait en ce lieu, réjouis-toi., fille de Dieu!

Icy entre Saiiict Joseph porlant quelques provisions et viandes dans un panier et seschiiranl d'une lanterne pour ce qu'il fait nuit. Et il dict :

SAINCT JOSEPH

Jai iait bonnes provisions:

il est temps que retourner dois, de crainte que si je tardois, Marie eût moult anxiété.

Icy les anges coinniencent à harper et chanter derechef dans le ciel, et Sainct .loscph ayant aperçu en l'establc nostre divin Saulvcur s'esmerveille de ce qu'il voit dedans icelle et parle comme va suivre. Et notez que les harpes et violes doibvent accompagner son dict :

SAINCT JOSEPH

O glorieuse Trinité,

qu'est-ce que je vois à cette heure ?

j'aperçois un enfant qui pleure

tout nu sur la terre gisant,

et sa mère à genoux devant.

l'adorant, par grand révérence,

comme la divine puissance

devant qui tout genou s'incline;

et moi. pauvre pécheur indigne,

voyant mystère tant hautain,

et mon Créateur sou\erain

couvert de notre humanité,

gisant en tel fragilité,

moi, pauvre et chétif, qu'ai-jc a faire,

si non de me ruer à terre.

et adorer le noLueau-nc

qui être et \ ie m"a donné.

Icy il se prosterne.

l'uissance devant qui tout plie, o Fils de Dieu, trop s'humilie

la iKUitessc pour cette fois!

l'iiuvremcnt logé je te vois, Roi di\in, pure Majesté !

quand il faut que par pauvreté en une crèche je te couche, ton indigence au cœur me touche, et ne puis cesser de pleurer par pitié de le regarder.

NUSTRK DAME

O mon cher Fils, quand près de moi

si tendre et si beau je te vois,

le cœur me sautelle de joie,

et jamais ne me lasseroie

de ta tendre bouche baiser.

Pour l'heure, ne te puis aiser,

Le lieu nous est trop mal propice,

dont il me pèse; or le suffise

le tendre lait de ma mamelle.

car, tant qu'il y ait goutte en elle,

refusée ne te sera

ni mon amour ne tarira.

Enfant issu d'un Dieu tant glorieux,

humilité t'amène des haults Cieux

pour être frère à créature humaine.

Fin lieu piteux ta naissance est hautaine,

fils de hault prix, né de petite mère!

Mais mon respect te proclame à voix pleine

non doulx enfant, mon vray Dieu et mon père

Le son des harpes s'éteint, cependant qu'un entend dcrcchcf dans l'e lointain le çham dçs bergers comme çi-dessus,

LES BERGERS chantent

Allons tous vers F es table où repose l'Enfant

doiilcement, l'ers ce Saulreiir aimable au son des iitstriiinens

chantant, marchons pieusement.

Puis entrent les dits bergers et Aloris parle comme s'ensuit :

ALORIS

Or beaucoup avons devisé sans avoir encore advisé quels présents, de quelle façon nous ferons à cet enfançon.

PELLION

Je pense à un qui serait digne.

Quel je te prie?

PELLION

Or adcvine, et tu sauras bonne sornette.

RIFFLART

Lui veux-tu donner la houleUc.

ou bien ton beau chapeau troué ?

PELLION

Encore n'as-tu pas trouvé:

ma houlette m'est tnip propice,

sans elle il n'est rien que je fisse; et pourtant, s'il la désiroit, je me doute bien qu'il l'auroit, tant il est mon petit cousin!

RIFFLART Donneras-tu ton chien ?

PELLION

Nennin !

Et qui garderait mes brebis?

RIFFLART

Tu donneras donc du pain bis, et des châtaignes un grand mont ?

PELLION

Nenni !

RIFFLART

Que donneras-tu donc ?

Est-ce un don aussi fignoUet ?

PELLION

•Te donnerai mon flageollet tout neuf. Voilà un don exquis!

Quand en Bethléem je l'acquis chez un de ces petits merciers, il me coûta deux bons deniers, et jamais, non, sans rien rabattre, je ne le donnerois pour quatre; néanmoins, et fùt-il plus riche, il l'aura !

RIFFI.AHT

Le don n'est pas chiche, mais est digne de grand guerdon.

YSAMBERT

J"ai ad visé un autre don

d'une autre chose bien doulcette :

je donnerai une hochette

si très bien faicte que merveille

qui dira : clic-clac à l'oreille.

Au moins quand l'enfant pleurera,

la hochette l'apaisera,

il se taira pour une pause.

ALOUIS

Je donnerai bien autre chose; un beau kalendrier de bois, pour savoir les jours et les mois, les quartiers de la lune, et même le Xou^•eau-Temps et le Carême.

YSAMBERT C'est là un don digne d'un comte!

RIFFLART

Moy je fais à part moy mon compte de luy donner une sonnette qui est pendue à ma cornette depuis le temps Robin Fouet ; et puis un très beau pirouet lO que voilà dans ma gibecière.

(, 1 I Toupie.

Il n'y a berger ni bergère au monde qui puisse donner plus beaux présents pour l'étrenner, ni de plus grande nouveauté!

Icy Aloris se mcl en quC-te du lieu où est ne reniant et dict ;

ALORIS

Or nous sommes en la cité de Bethléem, la mercy Dieu, il n'y a qu'à quérir le lieu où l'enfant et la mère sont.

PELLION

Au départ les anges nous ont baillé un signe sûr et bon pour savoir si c'est lui ou non, car nous devons trouver l'enfant sur povre paille reposant.

YSAMBERT

Est-ce dans cette hostellerie ?

ALORIS

Plutôt dans cette bergerie :

regardez, voicy bien l'Enfant sur povre paille reposant I

Icy s'approchent les bergers de l'estable et continue Aloris, parlant à Sainct Joseph :

A vous très haute bienvenue, • Seigneur. Un ange de la nue nous vint annoncer qu'en ce lieu est né le propre Fils de Dieu,

SAINCT JOSEPH

C'est vérité ! Dieu vous envoie, entrez, pasteurs.

ALORIS

O quelle joie !

PELLION Voici l'objet de notre attente.

ALORIS

Vierge sur toutes excellente je vous salu très humblement.

YSAMBERT Prosternons-nous pieusement.

C'est le très doux Emmanuel.

PELLION Le Dieu, le Sauveur d'Israël 1

ALORIS

Noble et pieux enfançonnet.

daigne avoir en gré pur et net

les humbles dons que nous t'offrons.

RIFFLART De plus riches nous n'en avons.

Icy s'advanccnt les bergers vers l'Enfanl et l'ont chacun leur présent en nrilonnance.

PELLION

Moi je donne mon llageollet tout nenf.

RIFFLART

Moi, ce beau pi rouet avec une belle sonnette qui est pendue à ma cornette depuis le temps Robin Fouet.

YSAMBERT

Et moi c'est bien mieux qu'un jouet :

une très-plaisante hochette

si très bien faite que merveille,

qui dira clic clac à l'oreille,

pour sécher tes pleurs quelquefois,

ALORIS Moi ce kalendrier de bois pour savoir les jours et les mois, les quartiers de la lune et même le Nouveau-Temps et le Carême.

Icy prend Nostre Dame l'enfant sur son genoil et les bergers se prosternent pour l'adorer et premier chante Aloris en cette sorte :

ALORIS

O Fils de Majcstc diriiic qui. par ta volonté bénigne t'es vcstti de l'habit humain et gis icy sur pauvre foin, devant ton berceau je m'incline.

PELLION chante Et moi, ton scri'iteur indigne.

je te clame mon Souverain, o Fils de Majesté ciirine.

qui, par ta l'olonté bénii;ne t'es resta de l'habit humain.

RIFFLART chante

O gage d'une amour insigne !

Celui qui l'Unii'ers domine reut quitter son logis hautain, et git icy sur pauvre foin :

jusqu'à nous, bergers, il s'incline .'

YSAMBERT chante

O Fils de Majesté divine qui. par ta volonté bénigne t'es vestu de l'habit humain et gis icy sur pauvre foin, devant ton berceau je m'incline.

Cependant qu'arrive toute la troupe des autres bergers qui, après avoir adore l"Ei;fant. clK'iitcnt en s'csbattaiit joycuscmem en manière de chœur final :

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