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LA MÉLANCOLIE

Les historiens et les critiques d’art, qui ont étudié la peinture flamande primitive, ont tous fait ressortir la personnalité puissante et originale d’un des maîtres de cette école, Hugo van der Goes, connu sous le nom de Schilder van Brugghe, élève de Van Eyck, qui florissait à Gand de 1468 à 1478.

Tous ont également signalé les lacunes, les incertitudes de la biographie et de l’œuvre de cet artiste, dont on ignore le véritable lieu de naissance (Gand, Leyde, Zélande), les origines, la formation, et dont la liste des travaux authentiques n’est pas possible à établir avec exactitude.

C’est aux recherches d’Alphonse Wauters (2) que l’histoire de l’art doit les documents les plus intéressants sur la personnalité d’Hugo van der Goes. Dans son livre sur les primitifs flamands, Fierens Gevaent (3) cite et confirme les études de Wauters et les illustre de nombreuses reproductions des peintures originales et des copies du maître.

Au milieu des incertitudes et des obscurités de la biographie d’Hugo van der Goes, une notion se dégage avec pré-

(i) Article publié en collaboration avec Devaux, Nouvelle Zconogra^ fhie de la Sàl-pêtrière, n* 5, igio.

{2) Alphonse Waüters. L’histoire de notre première école de peinture cherchée dans les meilleures sources. Bulletin de V Académie Royale de Belgique, 2® Série, T. XV, n” 5 (1S63); Hugues Van der Goes, Bruxelles, 1872.

{3) Fierens Gevaeet. Les Primitifs flamands, Bruxelles 190g.

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cision et clarté de l’étude des documents : c’est l’existence de troubles mentaux, dont l’apparition eut lieu à une époque bien déterminée de sa vie, et dont la forme, les caractères et la durée permettent à l’aliéniste de se prononcer sur la nature de la maladie et d’en formuler le diagnostic. En général, lorsqu’un personnage historique à présenté des signes de folie, le psychiatre, malgré la richesse et la précision des documents relatifs à l’histoire de ce personnage, est souvent fort embarrassé pour déterminer la nature exacte des troubles psychiques en cause, et pour formuler un diagnostic rétrospectif indiscutahle. Dans le cas présent, au contraire, ce sont les documents relatifs à la folie d’Hugo van der Goes qui sont peut-être, de sa biographie, les plus précis et les plus explicites. Aussi bien les conclusions les plus fermes qu’on puisse tirer de rhistoire du peintre -sont d’ordre psychiâtrique et permettent d’affirmer la nature de l’ affection dont il a souffert. «

Tirer de documents anciens, dus à des témoins incompétents, les éléments d’un diagnostic certain, est une occasion rare dans la Médecine de l’Histoire. Elle valait la peine d’être signalée.

Les éléments de ce- diagnostic sont contenus dans une vieille chronique de la fin du quinzième siècle^ intitulée : Originale Nobu RubeevalUs in Zonia prope Bruxellam in Brabantia, due à Gaspar Ofhuys; de Tournai. Alp. Wauters, qui tenait cette chronique du chevalier Camberlyn d’Amouges, eut le mérite de mettre au jour ce précieux document, qu’on trouve reproduit dans l’ouvrage de pietens Gevaert.

Voici, avec les commentaires psychiâtriques qu’il suggère, le texte de la chronique :

« Eu l’an du Seignenr 1482 moiurût le frère convers Hugues,, qui avait fait ici profession. Il était si célèbre dans Fart de la peinture, qu’en deçà des monts, (ou des Alpes) comme on disait, on ne trouvait en ce temps-là personne qui fût son égal. Nous avons été novices ensemble, lui et moi, qui écris ces cfioses. Lorsqu’il prit Thabît, et pendant son noviciat, parce qu’il avait été bon plutôt que puissant parmi les séculiers, le père

pri^r TIioma!& lui peisoRt consQlajtioR n^ndaiiie, de

natùre à le ramener aux pompes du siècle plutôt qui’à Iq conduire à l’humilité et à la péiïiteiice. Ceïa 'plaisait thés’ peu à quelques-uns. : On ne doit pas, disaient- ils, exalter les novices, mais, les humilicé., » Et conmie Hugues excellait .à .pein'dEe , le pôrtrait des grands, ceux-ci, même; le très illustire archiduc Maximiliep^. se pimsaient à le visite,r, car ils désiraiejht arden^.^ ment voir ses, . peinture^:. Pour recevoir les.. étrhngerg qui lui venaient, d^s ce but, . le père prieur; Thomas aut q ri W Hugues, â monter à la chambre des hôtes et à y banqueter avçc eux-: a pater Thomas prior eum permiitebai hospituni. cameram àscendere et ibidem cum ilUs conv.mari y).\ ■ . ...

■ ‘Ces prémières* lignes du . docuteent montreiit que le chroniqueur Qaspar dfhuy s fut témoin bculaire,, et Gonstamment présent, des faits qu’il raconte, A cet égard, le fémoignàge du frère conyers prend ‘ unè. valeur de premier ordre. De plus, on peut induire de . ce récit qu’Hugo van dér Go es prit Thabit monacâl sous rihfluencé.' d’un changement de tendances et de sentiments . qui, précédant dé queîqués années seùlément la inélancorie confirmée qui allait l’atteindre, appartient aux prodromes de la maladie en voie de développement. Cependant, nous voyons que la dépression psychique n’était pas assez marquée pour entraver l’activité professiônnene du maître, puisque celuici recevait, par permission spéciale, ses modèles et ses admirateurs.

« Quelques années après sa profession, au bout de cinq à six ans, notre frère convers, si j’ai bonne mémoire, se rendit à Cologne, en compagnie de son frère utérin Nicolas., qui était entré comme oblat à .Rouge-Cloître et y avait fait professien, du frère Pierre, chanoine régulier du trône et qui demeurait alors au couvent de Jéricho, à Bruxelles, et de quelques autres personnes. Comme je l’appris alors du frère Nicolas, pendant que Hugues revenait de voyage, il fut frappé d’une ^ladiè mentale. Il ne cêssait de se dire damné, et voué à la damnation éterneHe, et aurait voulu se nuire corporellement et cruellement s’il n’en avait , été empêché de force:, grâce à 1 assistance des personnes présentes.. Cette infirmité étonnante leta une grande tristesse sur la fin du voyage ». ,

Ce passage révèle l’éclosion assez brusque de l’afection mélancolique dont fût frappé Hugo au retour de Cologne. Il ne peut exister aucun doute, après une description si concise et si nette, sur la nature mélancolique de

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l’accès morbide : idées de culpabilité, de damnation, d’au^ tomutilation, monotonie du délire.

« On parvint toutefois à atteindre Bruxelles, où le prieur fut immédiatement appelé. Celui-ci soupçonna Hugues d’être frappé de l’affection qui avait tourmenté le roi Saûl, et, se rappelant comment il s’apaisait lorsque David jouait de la cithare, il permit de faire de la musique en présence du frère Hugues, et d’y joindre d’autres récréations de nature à dominer le trouble mental du peintre (1).

« Malgré tout ce que l’on put faire, le frère Hugues ne sp porta mieux, mais persista à se proclamer un enfant de perdition. Ce fut dans cet état de souffrance qu’il entra au couvent,

• L’aide et l’assistance que les frères choraux lui procurèrent, l’esprit de charité et de compassion dont ils lui donnèrent dea preuves nuit et jour en s’efforçant de tout prévoir, ne s’effacera jamais de la mémoire. Et cependant, plus d’un et les grands exprimaient une toute autre opinion. »

On voit que le malheureux Hugues, dès sa rentrée au couvent, eut à subir, comme presque tous les mélancoliques, les excès de zèle d’un entourage empressé et incompétent, notamment la tentative de mélothérapie que le prieur, au nom de ses souvenirs bibliques, crut devoir instituer auprès de son malade : tentative inutile, car l’affection mélancolique persista, en dépit d’une sollicitude aussi active.

« On était rarement d’accord sur l’origine de la maladie de notre frère convers. D’après les uns, c’était une espèce de frénésie. A en croire les, autres, il était possédé du démon. Il se révélait, chez lui, des symptômes de l’une et de l’autre de ces affections; toutefois, comme on me l’a fréquemment répété, il ne voulut nuire à personne qu’à lui-même pendant tout le cours de sa maladie. Ce n’est pas là ce que l’on dit des frénétiques ni des possédés; mais, à mon avis. Dieu seul sait ce qui en était ; « Credo Deus solus novit. »

« Nous pouvons envisager de deux manières la maladie de notre convers,. Disons d’abord que ce fut sans doute une frénésie naturelle et d’une espèce particulière. Il y a, en effet, plusieurs variétés de cette maladie, qui sont provoquées, les unes par des aliments portant à la mélancolie, les autres par l’absorption de vins capiteux, qui brûlent et incinèrent les humeurs ;

(i) E. Wauters, neveu de A. WauAers, s’est inspiré dé ce passage pour TCiprésenter dans un tableau cet essai de traitement par la musique sacrée dé la mélancolie du peintre. Le tableau est au musée de Bruxelles. Dans une étude sur: Les Fous dans l’Art, parue en 1907, G. Portigliotti a reproduit cette peinture, avec quelques commentaires sur le rôle thérapeutique de la musique chez les aliénés.

^ encore, par l’ardeur des passions, telles que l’inquié¬

tude, la tristesse, la trop grande application du travail et la crainte; les dernières,' enfin par Faction d’une humeur corrompue, agissant sur le corps d’un homme déjà disposé à une miirmité de ce genre. Pour ce qui est des passions de l’âme, je sais, de source certaine, que notre frère convers y était fortement livré. Il était préoccupé à l’excès de la question de savoir comment il terminerait les œuvres qu’il avait à peindre, et qu il aurait à peine pu finir, comme on le disait, en neuf années. Il étudiait très souvent un livre flamand. Pour ce qui est du vin, il buvait avec ses hôtes, et l’on peut croire que cela aggrava son état. Ces circonstances purent amener les causes qui, avec le temps, produisirent la grave infiirmité dont Hugues fut atteint.

« P autre part, on peut dire que cette maladie arriva par la très juste providence de Dieu, qui comme on le dit est patient, mais agit avec douceur à notre égard, voulant que nul ne sucoombe, mais que tous puissent revenir à résipiscence. Le frère èonvers dont il est question ici, avait acquis une grande réputation dans notre ordre; grâce à son talent, il était devenu plus célèbre que s il était resté dans le monde. Et, comme il était homme de la même nature que les autres, par suite des honneurs qui lui étaient rendus, des visites, des hommages qu’il recevait, son orgueil se sera exalté; et; Dieu, qui ne voulait pas le laisser S:UcconAer, lui aura envoyé cette infirmité dégradante, qui 1 humilia réellement d’une manière extrême. Lui-même aussitôt qu’il se porta mieux, le comprit; s’abaissant à l’excès! H abandonna de ^n gré notre réfectoire et prit modestement ses repas avec les frères lais.

« J’ai eu- soin de donner tous ces détails. Dieu ayant permis ce qui précède, comme je le pense, non seulement pour la punition du peche, oui la correction et l’amendement du pécheur, mais aussi pour notre édification. Cette infirmité survit à la suite d un accident naturel. Apprenons par là à réfréner nos passions, a ne^plus leur permettre de nous dominer; sinon, nous pouyons être frappés d une manière irrémédiable. Ce frère en qualité d excellent peintre, comme on le qualifiait alors, était ^^gi’^ation, aux rêveries et aux préoccupations , il a été par là atteint dans une veine près du cerveau. Il y a, en effet, à ce que 1 on dit, dans le voisinage de ce dernier

et de reverie. Quand, chez nous, l’imagination est trop active que les rêves sont fréquents, cette veine est tourmentée et" SI elle est tellement troublée et blessée qu’elle vient à se rompre, la frenesie et la démence se produisent. Afin de ne pas

d<Sc‘’OTêteî remède nous devons

reves, nos imaginations, nos soupçons, et les autres pensees vaines et inutiles, qui peuvent troubler notre sommes des hommes, et ce qui est arrivé à ce convers par suite de ses rêveries et de ses hallucinations, ne peuLil pas non plus nous sur\'enir ?»

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I>ans les lignes précédentes se manifeste, avec abondance et ingénuité, la fureur de théories pathologiques qui caractérise toutes les médecines primitives. On peut reconnaître deux grands modes d’explication de la folie, du peintre, parmi son entourage. Pour les uns, Hugo van der Gops est atteint d’une affection mentale d’origine organique et d’étiologie, pour ainsi dire, humaine, de irénésie- Pour les autres, le peintre souffre d’un mal d’origine diabolique et d’étiologie divine : il est possédé du démon; Les partisans de la frénésie invoquent les vices de l’alimientation, les excès alcooliques, le surmenage moral, l’intoxication des humeurs. G. Ofhuys penche pour le désordre de la circulation cérébrale, causé par la lésion d’une certaine veine, dont les rapports anatomiques ne sont d’ailleurs indiqués qu’avec « la puissance créatrice et de rêverie ».

Ceux qui croient à l’intervention diviné, invoquent la punition que Dieu inflige à rorgueil du maître, les voies de sa, pénitence et de son amendement, et enfin l’édifîcar tion ide l’entourage du malheureux pécheur. -

Toute cette pathogénîe du moyen âge est caractérisée par l’ignorance des faits nàturels^ normaux et pathologiques ; par la haidîesse et l’inanité des hypothèses ; enfin, par rinteryentiph constante de théories mystiques dans l’explication des maladies.

Quatre cènts ans après G. Oîhüys, un éminent critique d’art, Alphonse Wauters, dans le livre que nous avons déjà cité, reprenait l’étude de la biographie et de l’oeuvre de Hugo van der Goès et émettait un jugement, intéressant 8 reproduire ici, sur les causes de l’éclosion et de la persistance des troubles psychiques chez le grand artiste.

Après avoir rappelé la mort de cette jeune femme, originaire de Gand, que le peintre avait aimée et représentée sous les traits d’Abigail s’avançant à la rencontre de David, dans un de ses tableaux les plus çonuus ; puis la solitude, la tristesse, et la retraite au Prieuré, en 1476, de Hugo van der Goés, Alphonse Wauters .s’exprime ainsi :

« Dans le cadre poétique du cloître, le peintre aura senti se réveiller ses ardeurs d’autrefois... et sa raison aura succombé dans la lutte entre ses nouveaux devoirs et le souvenir d’affections mal éteintes, réveillées par ses bccùpalions mêmes.

« Autorisé dans le cloître à recevoir les laïques, les hôtes, etc., le . peintre y menait une existence mixte, tantôt pleine de calme et de mélancolie, tantôt bruyante et dissipée. Le chroniqueur van Opstal, cherche en vain dans les préoccupationisf de l’artiste, avide dé terminer ses travaux, dans ■ ses lectures constantes, dans la colère divine, dans des repas trop copieux, le secret de la folie de Hugues. Une autre passion en dut sans douite la Cause principale; mais, ôn le comprend, cette càuse resta lé secret du malheureux; ou, si elle se découvrit, ne put être proclamée. dans, un cloître, ni mentionnée dans une ^chronique monastique. »

Wauters exprimé donc l’opinion forpaelle que; Hugues devint mélancolique par suite, non pas précisément de la mort de sa femme, décédée au moins cinq à six ans avant l’éclosion de l’accès de Cologne, mais à cause de la hantise obsédante du souvenir de sa femme, provoqué et entretenu par la fréquentation des laïques, la culture de son art et la persistance, au moins dans une certaine mesure, de ses attaches avec le monde extérieur. ;

« Le séjour de Rouge-Cloître ne fut pas sans influence sur la destinée de l’artiste. Le site est magnifiqué; lé couvent \dvaît sous une disciplme sévère : la nouvelle demeure de Hugues aurait dû exercer sur sa sànté et sa raison une. influence bienfaisante. Mais la' solitude n’est salûtaire qu’à ceux qûi ont. complètement rompu avec les plaisirs du monde, et qui n’y emportent pas, comme un ulcère rongeur, des souvenirs à la fois tendres et cruels. Les pratiques régulières de la Vie religieuse amortissent les passions; mais ces dernières né s’éteignent pas chez ceux qui reyiennent prendre plàée à des banquets savoureux, et qui revivent le souvenir des plaisirs de la jeunesse, en retraçant les traits d’une femme aimée, cette femme fût-elle pieuse et modeste, comme celle que Hugues sé' plaisait à peindre. » . ' ,

Dans d’autres passages de son mémoire, Wauters analyse les caractères de la folie du maître flamand. li rattache le désespoir et là craïnte de là justice divine, chez le malade, au sentiment de sa culpabilité, et aux remords que Hugues éprouvait de n’avoir pas lutté contre ses passions. Il attribue lés idées de suicide au déchirement intérieur du malheureux moine, engagé dans une voie sans issue

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entre la vie monastique à laquelle il ne pouvait se plier, et les sentiments profanes qu’il se reprochait.

De même, Wauters prétend que c’est sous l’influence du découragement que le peintre se décida à quitter le réfec> toire et à aller prendre ses repas avec les plus humbles frères de la communauté.

Nous ne nous attarderons pas ici à faire la critique facile des opinions de Wauters sur l’étiologie et la pathogénie des troubles psychiques présentés par Hugo van der Goes. S’il est naturel de retrouver, dans une chronique du quinzième siècle, sous la plume de G. Ofhuys, la naïve et complexe pathogénie de la Médecine du moyen âge, il est intéressant de constater que, dans un livre qui date de 1872, un auteur moderne s’efforce de rattacher au souvenir d’anciennes amours et à la fréquentation du monde laïque, l’éclosion d’une maladie aussi connue et aussi classique que la mélancolie. Le critique moderne n’invoque plus l’intervention de Dieu ni du diable ; il n’émet plus des hypothèses aussi compliquées et aussi extravagantes que le médecin du quinzième; siècle. Mais il ignore les progrès de la science médicale ; et, appliquant indûment les lois de la psychologie normale au fonctionnement du cer-r veau malade, il s’efforce d’expliquer l’apparition et la forme des accidents mélancoliques, par les causes banales qui engendrent chez l’homme normal la tristesse et le désespoir. C’est d’ailleurs là un vice de raisonnement commun non seulement à tous les gens du monde, mais aussi aux médecins qui n’ont pas l’expérience des maladies mentales. Si, en effet, les profanes reconnaissent leur ignorance de la médecine, lorsqu’il s’agit de médecine ordinaire, ils se réservent, par contre, le droit d’exprimer leur opinion et de prodiguer leurs conseils, lorsqu’il s’agit de médecine de l’esprit. Il ne faut voir dans cette; habitude de jugement qu’un vestige des doctrines spiritualistes et une conséquence des idées relatives à la distinction de l’âme et du corps.

Cette critique comparée de deux textes distants de quatre siècles, et tous deux consacrés à la folie du même person-

Rage historique, démontre qu’en dépit des progrès généraux de la science, tendent toujours à persister, dans la relation et le commentaire des maladies mentales, les mêmes vices et les mêmes erreurs de méthode : l’explication substitut à la description, l’interprétation des faits remplaçant leur exposition, enfin l’observation objective sacrifiée à l’appréciation subjective des choses.

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