III. - RÉTENTION D'URINE
Le nom de la maladie contient sa définition ; le malade est dans l'impossibilité de chasser l'urine de sa vessie.
Ce n'est pas une maladie , c'est un accident , et , le plus souvent , un symptôme de quelque affection des voies urinaires.
Nous ne dirons que quelques mots des lésions anatomiques^ qui ne sont pas celles de la rétention, mais plutôt de la maladie qui la détermine. Les parois de la vessie sont amincies ou hypertrophiées; le premier cas se rencontre quand la vessie est restée longtemps dilatée, quand elle a été le siège d'une accumulation de liquide de longue durée, d'une paralysie progressive. Mais quand elle a essayé de lutter pendant un certain temps contre l'obstacle qui s'opposait à la miction, elle peut offrir alors une épaisseur dépassant celle qu'elle présente à l'état normal. Quant à la mu-
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queusa, elle sera d'autant plus altérée qu'elle aura été en contact avec un corps irritant, comme un calcul, ou qu'elle sera atteinte d'inflammation. L'urine est foncée, souvent mêlée de mucus ; elle exhale une forte odeur ammoniacale. Sa quantité est variable, et peut être telle que la vessie remonte au-dessus de l'ombilic, et occupe presque tout l'abdomen, refoulant les viscères qui y] sont contenus. Enfin, si une rupture a eu lieu, on observera tous les caractères anatomiques d'une péritonite par perforation ou d'une infiltration d'urine.
€ft«0es. — Elles sont de deux espèces :
1® Le corps de la vessie a perdu sa contraetilité ; il ne peut chasser l'urine. A cette espèce se rattachent toutes les paralysies du corps de la vessie dont nous avons indiqué les causes en traitant de cette paralysie.
i9 II y a un obstacle à la sortie de f urine : a, tumeur de la vessie, caillot sanguin ou calcul appliqué sur le col ; b. contracture du col vésical, ou du sphincter uréthral ; tuméfaction inflammatoire du col ou des tissus qui entourent l'urèthre; valvules du col vésical ; tumeurs de la prostate ; c. rétrécissement de l'urèthre ; compression de l'urèthre par une cause quelconque ; tumeur, corps étranger, etc. Chez les femmes, les déviations de l'utérus et la grossesse sont des causes fréquentes de rétention d'urine.
0jvi|^téBies. — Selon la cause qui la produit, la rétention d'urine débute lentement ou brusquement; elle est quelquefois intermittente au début, mais à peine sensible , comme dans la paralysie incomplète, puis elle devient permanente.
Lorsque la rétention est complète, voici ses caractères : le malade éprouve une douleur dans la région de la vessie, avec des envies d'uriner qu'il ne peut satisfaire; cette douleur s'irradie dans leâ aines, dans les reins, et le long de la verge ; elle s'accompagne de pesanteur dans la région du périnée. Tous les mouvements, les efibrts surtout, l'inspiration même, exaspèrent cette douleur ; le malade ne peut supporter la moindre pression au niveau de la région hypogastrique. Il a de la constipation, ce qu'explique la compression du rectum.
Si alors on examine l'hypogastre, on voit qu'il est dur, tendu , élastique; par le palper, on sent une tumeur qui s'élève plus ou moins haut, et dont on reconnaît assez facilement la limite supérieure, surtout si Ton s*aide de la percussion. Celle-ci est douloureuse ; elle donne partout une matité complète, excepté en haut et sur les parties latérales, points occupés par la masse intestinale. On perçoit aussi quelquefois un mouvement de fluctuation assez manifeste.
TerMlnals^B. iTariéiés. — Lorsqu'à ce moment on n'intervient pas pour vider la vessie, tous les symptômes s'aggravent. La tumeur fait de nouveaux progrès, l'urine dilate les uretères, s'accumule dans les bassinets et dans les calices; longtemps prolongée, cette accumulation peut donner lieu à Fhydronéphrose. En même temps des troubles généraux
apparaissent : la fièvre survient, la face est anxieuse, grippée; on peut observer du délire ; il y a des nausées, des vomissements bilieux; en un mot, on voit se dérouler tout le cortège des accidents qui caractérisent la fièvre urineuse, c'est-à-dire l'intoxication consécutive à la rétention et à l'accumulation de l'urée dans le sang. Souvent la vessie se rompt dans le péritoine, et une péritonite suraiguë emporte rapidement la malade ; d'autres fois l'urine s'épanche dans le tissu cellulaire et donne lieu k tous les phénomènes de l'infiltration urineuse.
La rétention d'urine n'oifre pas les mêmes symptômes chez tous les malades; il en est qui ne souffrent pas : cela s'obserA^e dans certains cas de paralysie, et surtout chez les hystériques, qui ont de l'anesthésie.
Lorsque la rétention tient à une paralysie de la vessie, ou bien si l'obstacle peut être vaincu, la vessie se distend; mais il arrive un moment où ses parois résistent. Alors l'urine s'écoule goutte à goutte, par regorgement^ et l'on n'observe pas de symptômes généraux graves.
uîtignoutîe. — Une rétention d'urine complète est toujours reconnue. Mais il est des cas où une erreur est facile. Supposons, par exemple, un malade dont la vessie soit insensible, on pourra croire à une ascite. Voici un fait dont nous avons été témoin dans le service de M. Baillarger. Une jeune fille, F., était entrée affectée de mélancolie; son ventre était trèsgros ; elle fut inscrite comme mélancolie puerpérale, avec grossesse de cinq à six mois. Ce ne fut qu'au bout d'un mois qu'on soupçonna une rétention d'urine; la grossesse s'écoula par la sonde. Voici la cause de l'erreur : la malade urinait par regorgement, non goutte à goutte, mais par petites portions, de sorte que les infirmières affirmaient que cette fonction était régulière.
Il suffit de se rappeler, pour éviter toute erreur, que, dans la rétention d'urine, la tumeur est fixe, immobile, limitée à la partie antérieure de Tabdomen, et qu'il est impossible de faire changer de place la matité et la sonorité en faisant coucher le malade sur le côté, comme cela se pratique dans l'ascite.
On comprend la gravité du pronostic, beaucoup plus sérieux dans le cas d'obstacle infranchissable. Si l'on fait la ponction, l'infiltration urineuse peut en être la conséquence.
Traitement. — Il faut d'abord vider la vessie : !<> on pratique le catliétérisme; si la sonde ordinaire ne pénètre pas, il faut prendre une sonde eu gomme, munie ou non d'un mandrin, une sonde de caoutchouc vulcanisé, dont M. Maisonneuve se sert journellement; il faut faire ^'arier la position du malade; enfin, on doit faire tous ses efforts pour arriver dans la vessie, mais toujours avec douceur et ménagement.
ip S'il est absolument impossible de pénétrer dans la vessie, si le malade n'urine pas par regorgement, si les symptômes paraissent sérieux, il faut, sans plus tarder, faire la ponction de la vessie. On peut pénétrer par lurèthre^ le rectum^ le périnée ou Vhypogastre.