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Pathologie et traitement des maladies de la peau

Celte troisième édition offre, comparativement aux précédentes, de notables changements, relatifs surtout au plus complet développement des matières qu’elle renferme. Aux lecteurs amis, avant tout, à nos collègues en spécialité, d’apprécier jusqu’à quel point ces additions et modifications sont fondées au point de vue du progrès et des nouvelles conquêtes de notre science. Quant aux praticiens et aux étudiants, auxquels cet ouvrage s’adresse principalement, ils jugeront s’il correspond, ainsi refondu, à son but originel qui est de servir, à titre de manuel de dermatologie, à la fois comme guide pratique et comme traité scolaire.

L’Auteur.

PRÉFACE DES TRADUCTEURS

Avril 1891.

Nous avons exposé, il y a dix ans, dans V Introduction que nous réimprimons intégralement à la suite de cette préface, les motifs qui nous avaient déterminés à publier une édition française des Leçons du professeur Kaposi sur la pathologie et le traitement des maladies de la peau. Non seulement ces motifs n’ont pas cessé d’exister, mais encore, aux circonstances actuelles, à l’agitation qui commence à s’élever en France pour la réforme de l’enseignement médical, ils empruntent une force renouvelée, une opportunité plus grande.

Aujourd’hui, comme il y a dix ans, c’est l’École fondée par Hebra, et dont le professeur Kaposi est le représentant actuel le plus direct et le plus élevé, l’École de Vienne, qui a le monopole de l’enseignement dermatologique international; et c’est toujours dans cette École qu’affluent de presque tous les pays, même de quelques pays de langue française, les élèves qui veulent apprendre la pathologie cutanée, ou les médecins qui cherchent à se perfectionner dans son étude. Les uns et les autres savent que l’on trouve au grand Hôpital de Vienne une organisation universitaire coordonnée et forte, ainsi que des professeurs nombreux, tout entiers à leur tâche, et prêts à

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dispenser, à tous les degrés, une inslruction dermatologique complète, dans des délais réguliers (1).

De ce foyer puissant partent, depuis plus de trente ans, des séries de disciples, imbus de la doctrine de Hebra, et qui rapportent dans leurs pays d’origine, et y propagent, l’enseignement qu'ils ont reçu, l’esprit scientifique dont ils ont été %

imprégnés, les habitudes cliniques, les principes de traitement. Ce sont eux qui ont créé, ou qui dirigent, les écoles dermatologiques qui existent aujourd’hui dans toute l’Allemagne, en Russie, en Suisse, dans les pays Scandinaves, en Belgique, en Italie, et dans presque tous les pays de langue anglaise.

Quelques-uns de ces disciples ont plus ou moins secoué le joug du maître, et ne sont pas restés astreints à ses errements systématiques, ou n’ont pas conservé le dédain ou l’oubli de la tradition française ; mais, tous, ils n’en demeurent pas moins toujours les représentants réels de l’École de Vienne, dont ils conservent l’esprit et les principes. Un certain nombre d’entre eux, parmi les plus éminents, veulent bien dans leur enseignement, ou dans leurs travaux, rendre aux dermatologistes de notre pays la part qui leur appartient; il en est davantage qui la méconnaissent, l’oublient, la dédaignent, ou l’ignorent.

Cependant, durant ces dix années, l’École dermatologique française, nul ne le conteste, a marqué sa place au premier

(1) A l’Hôpital Général de Vienne, les cours de dermatologie, au nombre de dix ou de douze, chaque jour, se succèdent à des heures différentes de la journée, sans préjudice des cours de la Policlinique, dont les bâtiments ne sont séparés que par une rue de ceux de l’hôpital. Ces cours sont faits par les professeurs, les assistants, et les anciens assistants; ils traitent les parties diverses de la pathologie cutanée, de manière à être complémentaires les uns des autres.

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rang de la science; sur tous les points, nosologie ou nosographie, clinique, thérapeutique appliquée, histologie, microbiologie, elle occupe les positions avancées. ,

A Paris, l’hôpital Saint-Louis, berceau de cette école, avec son Musée incomparable, ses nombreux services de clinique d’une richesse sans égale, ses policliniques débordant de malades, reste le terrain le plus merveilleusement préparé pour la constitution d’une École dermatologique normale, nationale et internationale! Pendant ces dix années, son activité scientifique n’a pas cessé de s’accroître : grâce à la libéralité de l’Administration de la Ville de Paris, et à la sollicitude éclairée de l’Administration de l’Assistance publique, il a y été construit un musée nouveau, des salles de conférences et de travail, une bibliothèque, et de vastes salles de consultation appropriées à la profusion de malades qui s’y présentent; chaque service a été pourvu de laboratoires de clinique^ d’histologie, de bactériologie, selon la direction particulière dans laquelle la dermatologie y est cultivée. Enfin, les Réunions cliniques des médecins de l’hôpital Saint-Louis, auxquelles ont succédé les séances de la Société française de dermatologie et de syphiligraphie, témoignent hautement de ce mouvement scientifique, et de cette marche en avant.

Dans cette vaste agglomération dermatologique — qu’ils soient étrangers ou nationaux — les médecins qui veulent s’instruire, ou se perfectionner, dans la connaissance des maladies cutanées, y ont partout, et à tout moment, l’accès entièrement libre, sans formalité, ni obligation d’aucune sorte. Tous les services leur sont ouverts sans la moindre restriction, et chacun des chefs de ces services met à leur disposition, sans compter, son temps, sa parole, et l’exemple de sa pratique. En permanence, ils sont assurés d’y trouver, et de pouvoir étudier personnellement, non seulement des sujets atteints des affections les plus rares, indigènes ou exotiques,

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mais encore ils y rencontrent les maladies vulgaires de tous les pays, sur une échelle numérique partout ailleurs inconnue, qui leur permet d’observer, dans le même temps, toutes leurs espèces, leurs formes, leurs variétés, et cela en telle abondance qu’il suffît d’un délai peu étendu pour acquérir, de ces maladies, une notion personnelle effective.

Ces conditions matérielles exceptionnellement magnifiques, cette matière dermatologique si abondante, que les représentants de l’École dermatologique française utilisent, sans cesse, pour le progrès de la science qu’ils cultivent, et pour le bien des malades de leurs services ou de ceux qui se pressent à leurs policliniques, ne servent malheureusement que d’une manière incomplète à l’enseignement proprement dit, parce que l’organisation du personnel hospitalier, et les conditions de la scolarité universitaire des élèves en médecine, instituées pour des époques sans aucune analogie avec la période actuelle, sont absolument défectueuses.

A Paris, en 1891, la Faculté de médecine qui, seule, dispense l’enseignement officiel et collationne les grades, n’a, pour ses quatre mille étudiants, et pour les médecins français ou étrangers qui suivent les cliniques spéciales à titre d’instruction complémentaire ou de perfectionnement, qu’une chaire, mixte, de dermato-syphiligraphie.

L’enseignement donné par les médecins de l’hôpital Saint- Louis — lesquels y sont attachés comme chefs de service et non comme professeurs — est entièrement libre ; il a toujours existé depuis Alibert, et il existait bien avant que la Faculté ait occupé une place dans cet hôpital, et dans l’enseignement de la dermatologie.

Il y a vingt ou trente ans, alors que la pathologie cutanée

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et la thérapeutique des maladies de la peau n’avaient pas l’étendue et la complexité qu’elles possèdent aujourd’hui, les médecins de l’hôpital Saint-Louis, d’ailleurs moins surchargés de-malades, pouvaient prendre sur leurs devoirs hospitaliers le temps nécessaire, et faire des cours et des cliniques suffisants en raison de l’état de la science à cette époque. Mais à présent, les choses ne sont pas aussi simples : Pour constituer un enseignement réel de la dermatologie, il faut un programme coordonné et gradué — enseignement élémentaire et enseignement supérieur; il faut des leçons disposées avec ordre, comprenant l’ensemble de la pathologie cutanée et de la thérapeutique appliquée, dispensées dans un temps mesuré; des leçons théoriques, et des leçons de choses. Il faut des laboratoires d’étude micrologique et expérimentale, et des laboratoires de clinique, où l’on traite réellement les dermatoses devant les élèves réunis en séries graduées, et où on leur apprenne, en acte, l’art de reconnaître, et de traiter, ce que la majorité des médecins ne sait encore que très imparfaitement reconnaître, et traiter, c’est-à-dire, la plupart des maladies cutanées vulgaires, les teignes, le lupus, les tumeurs de la peau, etc., etc., en un mot tout ce qu’on ne peut enseigner seulement par la parole, ni par le livre, et que l’on ne saurait apprendre dans un cours d’amphithéâtre. Il faudrait enfin, à côté de l’enseignement élémentaire, tel qu’il convient pour former la généralité des praticiens, un enseignement 'supérieur, et un laboratoire de hautes éludes dermatologiques, pour les médecins qui se destinent au traitement spécial des maladies de la peau dans les grandes villes, ou qui aspirent à enseigner, eux-mêmes, dans d’autres universités de la France ou de l’étranger.

Or, pour remplir le programme dont nous venons de donner un aperçu, le médecin de l’hôpital Saint-Louis, professeur

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libre de dermatologie, est non seulement dépourvu de toute mission et de tout secours matériel, mais il manque du personnel indispensable à tout enseignement; il est seul. Chaque année, il reçoit, à date fixe, cinq élèves — un interne, quatre externes — régulièrement novices en dermatologie ; à la fin du cycle scolaire, aussitôt que ces élèves ont acquis les connaissances nécessaires pour être utiles, et utilisables pour l’enseignement des autres, ils cèdent la place à un nombre égal de nouveaux, et ainsi de suite. Si encore les anciens élèves de rhôpital qui, leurs études finies, s’adonnent à la dermatologie, les jeunes dermatologistes qui y ont été formés, ou qui s’y sont élevés par leur travail, étaient rappelés, et appelés à assister le chef de service dans le traitement des malades, ou dans son enseignement, il serait possible d’instituer une série réglée et ininterrompue d’exercices dermatologiques, pouvant constituer un enseignement pratique excellent. Mais non. Alors même que ces jeunes dermatologistes auraient acquis par leur talent, par leurs travaux, une notoriété élevée, voire même la célébrité, dans cette branche de la pathologie, alors même qu’ils auraient reçu par le concours l’investiture de médecin des hôpitaux, un règlement immuable les rejette tous hors de rétablissement, hors de l’enseignement clinique de la dermatologie, et éloigne ces derniers jusqu’à ce que le sort des mutations hospitalières leur permette d’entrer à l’hôpital Saint-Louis, ce qui, pour tous, ne peut arriver qu’au bout d’un grand nombre d’années, et ce qui, pour plusieurs, n’arrive jamais.

Aussi longtemps que ces conditions existeront; aussi longtemps que l’on ne constituera pas, autour des chefs de service titulaires, un personnel médical élevé pour le traitement réel de tous les malades, et pour satisfaire aux besoins de l’enseignement, il sera impossible à l’Ecole- française de prendre dans l’enseignement général de la dermatologie la

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part qu’elle devrait avoir, en raison de sa position scientifique, et du matériel dermatologique qu’elle détient.

Ce n’est pas tout. Alors même que l’hôpital Saint-Louis posséderait un personnel enseignant, officiel ou libre, assez nombreux, et assez organisé, pour réaliser l’enseignement dermatologique normal, dont nous venons d’esquisser les éléments, il resterait encore — chose étrange à dire dans une université qui compte quatre mille étudiants en médecine! — à donner à ces professeurs, et à ces cours, des auditeurs et des élèves. En dehors des six internes, et des vingtquatre élèves externes qui constituent tout le personnel régulier d’un hôpital qui possède plus de six cents lits occupés par des malades atteints d’affections de la peau, des policliniques où les malades se comptent par centaines, des consultations publiques auxquelles se présentent, chaque jour, deux à trois cents patients, aucun étudiant en médecine n’est tenu de faire un stage, ni même une seule présence à l’hôpital dermatologique, et la majorité d’entre eux termine ses études, et reçoit le grade de docteur, non seulement sans y avoir étudié, mais sans y avoir jamais pénétré (1) !

De cette insuffisance numérique, et de ce manque d’organisation du personnel enseignant ; de cette exclusion des

(1) Le nombre des stagiaires de la Faculté qui font une présence d’un trimestre dans les services dermatologiques de l’hôpital Saint-Louis ne dépasse pas 20 par année moyenne. Il y en a eu, en 1888, 10 dans le premier trimestre; 11 dans le deuxième; 1 dans le troisième; 1 dans le quatrième. En 1889, 8 dans le premier trimestre; o dans le deuxième; 10 dans le troisième; 2 dans le quatrième. En 1890, 8 dans le premier trimestre; 3 dans le deuxième; 4 dans le troisième; 5 dans le quatrième.

Le personnel de la Clinique de la Faculté comprend, en outre, un chef de clinique médicale et un chef de laboratoire ; un interne provisoire est accordé pour le service du Pavillon Gabrielle.

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jeunes dermatologistes, ainsi que de cette scolarité défectueuse jusqu’à l’invraisemblance, quels que soient d’ailleurs le talent et le zèle du professeur titulaire (1), quelque multipliés que soient les efforts individuels des médecins de l’hôpital Saint-Louis qui, tous, enseignent la pathologie cutanée, et quelque grandes que soient les richesses dermatologiques de cet hôpital, il résulte que nos générations médicales, même les mieux instruites, se succèdent sans recevoir une connaissance suffisante des maladies de la peau, sans savoir reconnaître un grand nombre d’entre elles, et surtout sans savoir les traiter.

Pour surcroît, nos élèves, suivant en cela trop fidèlement la tradition de leurs aînés, demeurent très imparfaitement versés dans la connaissance des langues étrangères ; ils n’apprennent pas assez à regarder au delà des frontières avec l’acuité nécessaire, et dans la direction propice; beaucoup d’entre eux n’emportent pas de l’école, sur les choses de la médecine, la perception libre et étendue que réclament les temps où nous vivons.

On ne leur a pas dit assez qu’en médecine, ainsi qu’en toute question de science, d’art, de politique, ou d’affaires, rien n’était plus contraire au progrès, plus funeste et plus aveuglant, que de s’isoler dans son atmosphère immédiate.

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En réagissant contre ces tendances, et en signalant une situation fâcheuse pour les progrès de la médecine nationale, en mettanl, depuis de longues années, entre les mains de nos compatriotes des ouvrages et des publications qui puissent les éclairer sur la réalité des choses, et leur faciliter la con-

(1) Le professeur Alfred Fournier.

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naissance des travaux étrangers, nous avons cru faire ce qui pourrait être le plus utile à la science que nous cultivons, à nos confrères, et à nos élèves.

Dans quelle mesure notre labeur persévérant a-t-il servi à la dermatologie et aux élèves ou aux médecins de notre pays? Dans quelle mesure avons-nous pu, par nos publications, faire rendre justice plus exacte aux travaux de nos compatriotes? Il ne nous appartient pas de le dire.

Mais, ce dont nous avons la conscience très assurée, c’est que notre tâche n’est pas terminée ; c’est que nous n’avons pas encore entièrement accompli la mission que nous nous sommes donnée.

Non seulement il nous reste à vulgariser en France les travaux dermatologiques publiés à l’étranger depuis dix ans, et à faire connaître ce qui s’est fait en France pendant la même période, mais encore il est, sur plus d’un point, nécessaire de reprendre la critique du système de Hebra, et de poursuivre la discussion de quelques-unes des doctrines qui régnent encore dans l’École dermatologique dominante, ainsi que dans les Écoles qui en dérivent.

Voilà pourquoi nous nous sommes remis à celte œuvre laborieuse, et pourquoi il nous a paru, une seconde fois, que ce que nous pouvions faire de plus utile aux progrès de la pathologie cutanée, à l’instruction des élèves et aux besoins de la pratique générale, était de réunir dans un même livre, en même temps que l’enseignement de l’École nationale, l’enseignement donné par les Écoles étrangères.

Voilà pourquoi, au lieu de dérouler sur le mode banal un tableau méthodique, un exposé exclusivement personnel de la pathologie cutanée, comme en émettaient le désir des amis plus bienveillants que pénétrés des besoins réels de la dermatologie, nous livrons au public médical un livre ouvertement international, dans lequel le lecteur ne pourra

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se soustraire à l’évidence de choses dont il n’est pas dûment informé.

A côté de la traduction intégrale des Leçons du professeur Kaposi, qui constituent toujours, à elles seules, l’œuvre la plus importante, et la plus pratique, de la dermatologie actuelle, nous avons annexé ou juxtaposé des notes et des appendices, dont l’étendue égale celle de l’ouvrage traduit. 11 nous a été ainsi possible de faire, sans cesse, l’opposition des doctrines françaises, ou de notre enseignement, aux doctrines et à l’enseignement de l’auteur; de restituer à la dermatologie française la part que lui appartient, de développer les parties traitées incomplètement dans le texte courant, ou d’exposer les sujets entièrement nouveaux. Dans ces additions, et dans ces annexes, nous avons mis tout ce qui nous est personnel, et nous avons ajouté tout ce qu’il était utile d’emprunter aux auteurs de tous les pays, en indiquant toujours — nous considérons cela comme un devoir absolu — les sources bibliographiques avec la plus grande exactitude.

A tous les degrés, nous nous sommes efforcés de faire une œuvre de science et de pratique, persuadés que l’une et l’autre ne sauraient être dissociées sans préjudice ; nous serons amplement récompensés de nos efforts si le public médical accorde à cette édition l’accueil bienveillant qu’il a fait à la précédente.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

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