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CHANCRE SYPHILITIQUE

spéciaux de l’ulcère chancreux; cela nécessiterait l’étude complète de la syphilis et nous écarterait de notre sujet. Je dirai seulement que, d’après la théorie des unicistes (1), le chancre peut provenir de produits syphilitiques de toutes sortes et appartient dans toutes ses formes au contage syphilitique ; les dualistes français, au contraire, admettent que le chancre mou (2) est produit par un contage spécial, le contage chancreux, tandis que le chancre induré reconnaît pour cause le virus syphilitique; enfin, les dualistes allemands pensent que le chancre (3) ne provient que du virus chancreux et n’a rien de commun avec la syphilis, par conséquent qu’il serait préférable de l’appeler ulcère vénérien contagieux (Sigmund).

Le chancre mou, simple, non infectant, est celui qui se montre le plus souvent (4); c’est une perte de substance cratériforme, taillée à l’emporte-pièce, dont les bords et le fond sont lardacés, enflammés.

simple, chancre mixte. Ne pas s’astreindre à ces règles strictes, c’est perpétuer la confusion dans le langage dermatologique.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Ceci est du domaine de l’histoire; il n’y a plus d’unicistes, il n’y a plus de « chancre », il n'y a que des chancres, deux au moins : le chancre simple et le chancre syphilitique, et il est de justice élémentaire de rappeler que cette distinclion est due au médecin français Basse- REAU — 1832; il y faut ajouter le chancre mixte — chancre de Rollet.

(2) La 'qualification de « mou » n’est plus employée que par licence; il est préférable de dire « chancre simple », ou, avec Diday, chancrelle.

(3) Nous avons dit, tout à l’heure, que le terme de « chancre » sans

qualificatif n’avait aucune signification; le temps n’est-il pas venu de ne pas se servir de termes qui prêtent à l’ambiguïté et qui ne comportent pas la discussion scientifique? E. B. — A. D.

(4) Nous avons cependant déjà rectifié cette erreur il y a dix ans : Le chancre mou, le chancre simple, non infectant, nest pas celui qui se montre le plus souvent; en dehors de quelques circonstances temporaires, très rares, il est toujours en minorité, et souvent il disparaît complètement, ce qui n’arrive malheureusement jamais pour le chancre infectant.

Le chancre simple augmente, diminue, disparaît selon certaines conditions de police médicale ou d’état social; le chancre syphilitique est plus immuable, sa fréquence augmente certainement (nous parlons pour Paris et pour Lyon) — Voir, sur ce sujet, les beaux travaux de Charles Mauriac, et, particulièrement : Rareté actuelle du chancre simple. Paris, 1876. A peu près complètement disparu avant l’Exposition universelle de 1878, le chancre simple y a été (on l’avait prévu et annoncé — Clerc et d’autres syphiligraphes) réimporté à nouveau, et s’est développé

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rouges, tuméfiés, qui suppure beaucoup et est absolument contagieux (1). Il dure de six à sept semaines et présente un stade de destruction et en même temps de contagion, et un stade de réparation, où il prend le caractère d’une plaie ordinaire et n’est plus contagieux.

Puis vient^ comme forme typique d’ulcère, le chancre induré, infectant; celui-ci peut provenir d’un chancre mou (2) ou d’une petite nodosité qui apparait sur le point où s’est faite l’infection, après une incubation de plusieurs jours à deux ou trois semaines (3). Le chancre induré se présente en forme de dépression superficielle, comme creusée à l’évidoir (4); sa sécrétion est peu abondante, et il présente une dureté •caractéristique, bien limitée, presque cartilagineuse de ses bords et de son fond. Il guérit au bout de quelques jours (o), n’est inoculable, en

dans les couches ouvrières, en raison de conditions particulières d’imperfection de police médicale.

Dans une ville où cette police serait rigoureusement applicable, le chancre mou disparaîtrait sûrement; le chancre syphilitique est impérissable, et déjoue toutes les mesures de police. Le premier ne naît, en effet, que du chancre mou; le second naît, surtout, de toute une série de lésions syphilitiques de la période secondaire, qui échappent à toute surveillance — Voyez pour complément, Charles Mauriac, Leçons sur les maladies vénériennes professées à l'hôpital du Midi, Paris, 1883, 3® et 4“ Leçons, De la contagion des maladies vénériennes au point de vue démographique, pp. 94 à 172.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Il est indispensable d’ajouter... et indéfiniment inoculable au

malade lui-même — auto-inoculable. E. B. — A. D.

(2) Le chancre induré, infectant, ne peut provenir que d’une inoculation syphilitique; il peut simplement «Mccédcr, sur place, à un chancre simple, soit que les deux virus aient été inoculés, en même temps {chancre mixte de Rollet), soit que le chancre simple ait été la plaie sur laquelle a été inoculé ultérieurement le virus syphilitique.

(3) Lorsque l'inoculation parait plus courte, il faudrait, pour affirmer

cette brièveté, avoir prouvé par l’inoculation expérimentale qu’il ne s’agit pas d’un chancre E. B. — A. D.

(4) L’accident celui qui se développe au lieu d’inoculation,

^ porte le nom de chancre, parce qu’il s’ulcère dans l’immense majorité

des cas; mais l’accident primitif n’est pas d'abord une ulcération.

La lésion initiale se produit autour des vaisseaux du point inoculé sous forme d’un petit infiltrat assez souvent constatable (chancre maculeux, papuleux, tubercule chancreux) ; l’extension des lésions vasculaires (sanguines ou lymphatiques), leur mode biotique, déterminent ultérieurement la forme, l’étendue et les phases des phénomènes de régression, et de phlegmasie secondaire, qui fixent la forme, l’étendue et l’évolution du chancre proprement dit. E. B. — A. D.

(3) Nous ne pouvons laisser passer sans la rectifier celte assertion

CHANCRE SYPHIF.ITIQUE. RÉINOCULABILITÉ. RÉINFECTION.715

général (1), que sardes individus non syphilitiques, mais persiste sous forme d’induration plusieurs mois après sa guérison.

Suite de la note des Traducteurs.

que « le chancre induré guérit au bout de quelques jours ». Laissé à sa marche naturelle, l’accident primitif peut, dans quelques cas assez rares de chancres frustes, abortifs, nains, etc. (nous ne disons pas guérir), mais se cicatriser au bout de quelques jours ; le plus habituellement cette cicatrisation réclame quelques semaines, elle peut se faire attendre quelques mois. E. Bi — A. D.

(1) La réinoculatwn du chancre syphilitique, et la réinfection ou récidive sont deux questions distinctes sur lesquelles il est nécessaire de s’expliquer en quelques mots, mais en termes clairs.

1“ RÉINOCULABILITÉ DU CUANCRE SYPUItlTIQUE.

I. La réglé, la loi, de la non-réinoculabilité du chancre syphilique chez le sujet syphilitique n’est pas suffisamment exprimée par le terme de « en général » employé par l’auteur. Cependant, les exceptions à celte règle, à cette loi, quelque rares (ju’elles demeurent, quelque contestables que soient plusieurs des faits sur lesquels elles reposent, lai.ssent supposer que chez certains sujets, à titre exceptionnel, la syphilisation complète du tégument est retardée plus ou moins longtemps après le développement de l’accident primitif local. Voilà tout, et c’est déjà quelque chose de considérable, comme on le pressent.

On se gardera bien de considérer comme des réinoculations positives les lésions diverses, purement irritatives, que peut déterminer l’insertion d’une matière septique quelco'nque. On se gardera surtout d’oublier qu’un chancre induré, d’aspect vulgaire, peut être un chancre mixte (chancre de Rollet), et que la lésion produite par la réinoculation peut n’être qu’un chancre vénérien simple. Enfin, la connaissance du chancre mixte permet de comprendre comment la syphilis générale éclate parfois chez un individu dont l’accident primitif avait Y aspect d’un chancre simple.

II. Le délai pendant lequel la syphilis est réinoculable au sujet déjà inoculé est très court; l’infection première continuant son cours, et stérilisant de plus en plus les tissus, arrête bientôt le cours des accidents locaux d’inoculation, dont l’incubation propre se trouve d’ailleurs ellemême un peu prolongée, de sorte que les lésions de seconde inoculation n’ont jamais l’intensité de la première. C’est ce qui se passe exactement pour les revaccinations jennériennes pratiquées coup sur coup, dont le processus propre diminue progressivement, et cesse rapidement après la cicatrisation de la première revaccination.

Le lecteur qui voudra approfondir ce sujet, lira avec grand profit le travail de Erik Pontüppidan : A quel moment la syphilis devient-elle constitutionnelle? — Ann. de Dermat. et de Sypk., série, T. VI, 1838, p. 193; — et, au point de vue pratique, il méditera la note additionnelle de T. Barthélémy sur les auto-inoculations du chancre syphili-

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Suite de la note des Traducteurs.

tique, à propos du travail de Pontoppidan, — eod. loc., p. 200, — dans laquelle l’auteur se demande si ces réinoculations ne sont pas dangereuses pour l’individu à qui on les fait subir, et [si elles ne produisent pas une surinfection.

2° Réinfection syphilitique ou seconde infection.

I. Lorsqu’un sujet, ayant déjà eu, à une époque plus ou moins reculée, un chancre typique et des accidents secondaires irrécusables, contracte un nouveau chancre, suivi lui-même d’accidents secondaires également incontestables, force est de reconnaître qu’il a contracté une seconde fois la syphilis, qu’il a, non pas une rechute, mais une récidive syphilis; que sa syphilis première est suivie d’une seconde; qu’elle est doublée — Syphilis récidivée, doublée.

Ces faits sont extrêmement rares; un grand nombre de ceux qui sont considérés comme authentiques ne sont que des cas dans lesquels une syphilide tuberculogommeuse , apparaissant au lieu d’élection du chancre, souvent au lieu et au voisinage du chancre initial vrai, prend Vaspect d’un chancre induré, généralement ulcéreux — syphilide tertiaire chancriforme. Quelques caractères particuliers de ce pseudo-chancre et surtout l’absence ultérieure d’accidents secondaires, mettent aisément les choses au clair.

II. Toutefois, dans les cas où la syphilis antérieure — ce qui est commun en pratique, — chez le sujet que l’on observe, est douteuse, soit parce qu’elle n’a pas été dûment constatée, soit parce qu’elle a été spontanément fruste, ou atténuée par un traitement, l'ambiguïté est intense pendant la durée du temps qu’il faut accorder à l'incubation, et cela d’autant qu’il existe souvent en même temps une adénopathie de voisinage, aussi torpide que celle du chancre syphilitique.

Cette ambiguïté atteint son degré maximum quand la syphilide chancriforme se montre à une époque assez peu éloignée du début de la première in fection syphilitique, pour que des accidents superficiels, des plaques syphilitiques puissent être observés à la suite, après la constatation de ce <1 chancre » — chancre de retour. La solution ne peut être, dans ces cas, donnée que pour chaque fait particulier, après une enquête complète et compétente.

Dans ces cas divers, le médecin est d’autant plus porté à croire à une réinfection que le malade reconnaît s'être exposé à un contact suspect, et que l'on peut s'être assuré que ce contact avait été syphilitique. On avait autrefois supposé que, dans ces cas non suivis d’accidents secondaires) la syphilis avait « mordu )>,mais qu’elle n’avait pu infecter un organisme n réfractaire Les notions plus précises que l’on possède aujourd’hui sur la vaccination en général, permettent de repousser cette idée. Si le sujet en expérience, ou qui s’expose à une contamination est vraiment un syphiliti(|ue, et si l’inoculation ou la contamination produisent quelque chose chez lui, ce sera une autre chose, un ecthyma, un herpès, un chancre mou, etc., si ce n’est une irritation simple qui aura

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