OCCASIONNÉES PAR CES PARASITES. ÉPIZOONOSES
Poux, pediculi.
Les poux Torment la première famille (Pediculida) du premier sousordre [Parasites) du premier ordre [Rhynchota) des insectes sans métamorphoses (Schmarda). Ce sont des insectes aptères, parasites, sans métamorphoses, avec deux petits yeux simples et une bouche pouvant mordre et sucer. D’après les recherches de Schmarda, de Wedl, mais surtout d’Erichsohn, de G. Simon et de Landois, on doit admettre que les poux mordent d’abord la peau avec leurs mandibules, et enfoncent ensuite dans la plaie leur rostre pour sucer. La famille des poux comprend trois espèces qui infestent le corps de l’homme :
a. Le pou de tête, pediculus capiiis.
b. Le pou de corps, pediculus humani corporis, ou P. vestinienti.
c. Le pou du pubis, phthirius inguinalis, ou P. pubis.
Une quatrième espèce de ponx, pediculus admise par
Alt (1824), n’existe pas.
Depuis Swammerdam, on sait que les poux sont de sexe distinct, et qu’ils pondent des œufs, ce qui constitue leur mode de développement. D’après cela, il est superfin de revenir sur cette opinion, qui avait pu se maintenir du moins en partie depuis Aristote jusqu’à nos jours, et d’après laquelle les poux survenant sur l’homme proviennent des humeurs corrompues du corps, s’échappent de tumeurs fermées, constituant par leur développement considérable la phthiriase, qui devait être considérée comme une dyscrasie, à laquelle plusieurs hommes illustres, Sylla, Hérode, Philippe II, etc., auraient, disait-on, succombé misérablement. Il est incontestable que dans les faits « historiques » de
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phthiriase, il ne s’agit pas de larves de mouches provenant des plaies, mais en réalité de poux ; seulement ceux-ci ne pouvaient venir que de l’extérieur : aussi doit-on dire que, dans le sens traditionnel, il n’y a pas de phthiriase.
11 n’existe pas davantage de maladie pédiculaire prurigineuse spéciale que l’on puisse désigner sous le nom de acariasis knesmus (Fuchs) ou de prurigo pédiculaire des auteurs. L'action des poux sur la peau est absolument la même que celle de tous les autres épizoaires : d’abord blessures au point de la piqûre, hémorrhagie locale etsécrétion séreuse, formation consécutive de croûtes, et comme conséquence de la succion du pou, hémorrhagie ou élevure analogue à une plaque d’urticaire autour de la morsure. 11 se produit .ensuite du prurit et du grattage à la suite desquels il survient, non seulement sur les points piqués, mais encore sur d’autres régions du corps, dés excoriations, des phénomènes eczémateux sous forme depapules, d’urticaire, de vésicules, de pustules, de croûtes, de furoncles, d’abcès, et enfin de pigmentations, de telle sorte que l’ensemble des symptômes consécutifs à la présence des poux, et que l’on pourrait désigner sous le nom de pédiculose, se manifeste essentiellement par des excoriations ou de l’eczéma provoqué par des poux (de tête, des vêtements ou du pubis).
Ce n’est que sous le rapport des formes extérieures, c’est-à-dire quant à la localisation, à l’intensité et au nombre, que s’observent, sous des aspects différents, des modifications qui constituent un tableau morbide spécial, suivant chaque espèce de poux, suivant leur nombre et la durée de leur séjour. Sous ce rapport, il est important de se rappeler que les trois variétés de poux que j’ai nommées restent chacune dans des régions absolument distinctes. Car les poux de tête ne dépassent jamais le cuir chevelu (1); les poux de vêtements n’habitent dans aucun cas sur la peau, mais toujours dans les plis des habillements et dans les parties les plus rapprochées du tégument, principalement dans les points où les vêtements sont très étroitement appliqués au corps, à la nuque et aux reins. Quant aux poux du pubis, ils séjournent particulièrement dans les poils des parties génitales. Par consé(iuent aussi les excoriations et les phénomènes eczémateux occasionnés par ces animaux sont limités à la région occupée par chaque espèce de poux. En outre, la plus grosse variété de poux, le pou des vêtements, provoque
(1) Cela n’est pas tout à fait absolu : cliez les vieillards à longue chevelure et à longue barbe, les poux de tête émigrent très manifestement dans la barbe, et y élisent domicile comme dans la chevelure. Cependant cela est exceptionnel et n’infirme pas la régie.
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également la plus forte lésion locale, par conséquent des excoriations profondes.
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Le pou de ièie, pediculus capitis, est de couleur grise, de 2 mill. de longueur, la tête et les pattes sont plus épaisses, le thorax plus large que chez le pou des vêtements. Sur le bord, de chaque côté, il y a six stigmates des trachées liées les unes aux autres à. la partie postérieure du corps par un arc. Le thorax est étroit, la partie postérieure du corps plus large, avec sept segments entaillés sur le bord et noirâtres, six pattes avec un crochet au dernier article tarsal, vers la partie interne deux pointes courtes et une soie. Les mâles sont moins nombreux que les femelles, le dernier cercle abdominal est prédominant; on voit sur le dos des aspérités et une ouverture qu’on peut considérer comme l’anus et le pore génital, avec un pénis conoïde et deux paires de testicules. Les femelles sont plus nombreuses, elles présentent au dernier anneau abdominal une dépression profonde dans laquelle s’ouvrent l’orifice anal, deux ovaires, et dont les oviductes débouchent dans un vagin. L’ouverture vaginale est sur l’abdomen. L’accouplement ne peut avoir lieu que si la femelle est accroupie sur le mâle.
Les œufs (lentes) sont réunis, quelquefois ils sont placés par séries continues et collés sur une charpente de chitine qui entoure le cheveu comme une gaine (fig. 80 aa) ; comme le pou rampe de bas en haut le long du cheveu, il en résulte que l’œuf situé à la partie inférieure de la série est le plus ancien et se développe le premier (fig. 80 ‘). Les jeunes éclosent au bout de trois à huit jours, et ont pris toute leur croissance après dix-huit à vingt et un jours. Une femelle mère peut, dans l’espace de six jours, pondre 50 œufs et avoir, en huit semaines, 5,000 rejetons.
Les phénomènes morbides occasionnés par les poux de tête, — pédiculose du cuir chevelu, — sont les mêmes que ceux de l’eczéma artificiel, avec ses suites et avec ses complications locales.
Les symptômes sont plus développés chez les femmes, dans la chevelure desquelles les poux trouvent un abri bien approprié pour leur existence et leur multiplication illimitée. La pédiculose se révèle par la présence de nombreuses pustules discrètes, de bulles et d’excoriations à la nuque, à partir de la limite des cheveux jusque sur les épaules, et par des pustules isolées, parfois par des bulles analogues à dupemphigus (impétigo de la face), par des croûtes semblables à de la gomme et par des taches pigmentaires correspondant à ces bulles, ou enfin par un eczéma humide diffus de la face. Si l’on soulève les cheveux au niveau de la nuque, on voit alors les poux s’agiter et les che-
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veux garnis de nombreuses lentes. Comme les poux déposent les lentes toujours près du cuir chevelu, la présence de ces lentes près de l’extrémité des cheveux indique que lapédiculose existe depuis longtemps, car c’est par la croissance des cheveux que les lentes se trouvent ainsi portées vers leur sommet.
Si l’on sépare les cheveux enchevêtrés les uns avec les autres (plique)
Pou de tête mâle , avec le système de trachées et les stigmates de respiration , d’après Küchenmeister.
Fig. 80.
Cheveu avec des lentes de pou de tête.
et agglutinés par la matière sébacée et les sécrétions visqueuses de la peau enflammée, on découvre, principalement limitées au cuir chevelu, surtout dans des foyers circonscrits recouverts de croûtes, des portions de peau, humides, baignées de pus ou saignantes, c’est-à-dire de l’eczéma à tous les degrés. Parfois on trouve des plaques de la dimension d’une pièce de 50 centimes ou d’une pièce de 5 francs en argent, recouvertes de proliférations rouges, mamelonnées, humides et saignantes, — acho7' granulatus, pori'igo, teigne granulée. L’engorgement plus ou moins considérable des ganglions correspondants, la pâleur et l’aspect languissant des sujets atteints complètent le tableau morbide.
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Dans cet état, les troubles subjectifs sont ; une grande sensibilité et une vive démangeaison au niveau des parties atteintes, de l’agitation nocturne et de l’insomnie .
On peut suivre le développement de la maladie dans beaucoup de cas, depuis les débuts les plus faibles jusqu’aux degrés intenses que j’ai décrits. Ainsi un enfant prend quelques poux de tête. Leur morsure et leur succion donnent lieu à de la démangeaison et à du grattage, il se produit localement un écoulement de sang et de sérum, c’est-à-dire une plaie, des croûtes, de la suppuration et une certaine sensibilité. Dans la crainte de provoquer de la douleur, on évite d’atteindre la croûte « grind », avec le peigne. 11 en résulte que les poux ont là un petit terrain assuré pour s’établir, et alors leur propagation se fait de ce point, et en quelque sorte par étapes, dans les conditions les plus favorables sous tous les rapports. Tous les phénomènes eczémateux que j’ai décrits, outre la plique, sont la conséquence ultérieure, soit de ^la lésion directe du cuir chevelu par le parasite qui cherche sa nourriture, soit du grattage. La tuméfaction des ganglions lymphatiques est le résultat des processus inflammatoires qui ont leur siège sur le cuir chevelu, tandis que l’aspect languissant des malades tient à l’insomnie, peut-être aussi à une leucocythose provenant des ganglions hyperplasiés.
On observe la pédiculose du cuir chevelu principalement chez de jeunes sujets et chez les femmes dont la longue chevelure offre des conditions favorables pour le séjour des poux qui y sont arrivés accidentellement. Il est facile de comprendre que l’absence des soins de toilette, notamment en ce qui concerne la chevelure, favorise la pédiculose de la tête ; aussi l’observe-t-on non seulement chez les domestiques et chez les personnes qui se soignent mal, mais encore chez des enfants et des femmes appartenant aux classes les plus élevées, dans le cas où elles ont été obligées de garder le lit pendant longtemps, comme les femmes en couches, qui sont dans l’impossibité d’étre suffisamment peignées.
Le diagnostic de la pédiculose du cuir chevelu ne présente pas la moindre difficulté, car outre l’eczéma caractéristique et localisé, la présence des poux et des lentes indique assez clairement à quel état on a affaire. Et cependant, si incroyable que cela puisse paraître, beaucoup de médecins méconnaissent souvent cette maladie. On traite alors les malades pendant des mois et des années pour un eczéma, ou pour un engorgement ganglionnaire, et, eu égard à la pâleur que donne une « scrofulose », on prodigue les remèdes internes, tandis qu’il suffirait de soulever les cheveux pour porter à l’instant le diagnostic de pédiculose, et pour faire disparaître la maladie immédiatement en la traitant parles topiques appropriés.
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Le traitement de la pédiculose du cuir chevelu implique tout d’abord la destruction des poux et des lentes et ensuite la guérison de l’eczéma.
Pour remplir la première indication, on employait autrefois et on emploie encore aujourd’hui dans le peuple des pommades mercurielles, des infusions, des décoctions, des pommades de cévadille, de staphjfsaigre, des huiles éthérées et beaucoup d’autres substances analogues. Mais dans ces dernières années on a eu recours de préférence au pétrole, qui, pour prévenir le danger du feu, doit être employé sous la forme suivante ;
Péti’ole du commerce iOO grammes.
Huile d’olive bO —
Baume du Pérou 20 —
On verse ce mélange en grande quantité sur la chevelure, on frictionne, ou (dansle cas d’eczéma léger) avec de l’huile contenant 5 0/0 de naphtol, puis on enveloppe la tête avec de la flanelle. Au bout de vingt-quatre heures, tous les poux sont détruits et les œufs ne peuvent plus se déve lopper. On fait alors laver la tête avec de l’alcool de savon; les croûtes de l’eczéma étant ainsi ramollies, le cuir chevelu apparaît dans un état satisfaisant. On peut alors démêler et peigner les cheveux, opération qui détermine la chute de tous ceux qui avaient perdu leur adhérence (1). Chez les femmes, on serait inexcusable de couper les cheveux courts pour arriver à ce résultat; cette pratique n’est pas nécessaire, et elle pourrait être préjudiciable aux malades, à divers titres d’une autre nature (2).
(1) Nous repoussons l’usage du pétrole toujours dangereux, même dans les mélanges. Dans un bon nombre de cas, les poudres insecticides, projetées dans la chevelure par le procédé du soufflet, suffisent pour obtenir la destruction immédiate des poux de toute espèce. Voy. P. Aubert, Un point d’hygiène scolaire; les poux, les écoles — Lyon médical, 1879, T. XXVII, p. 318.
Les pulvérisations et les douches locales, 10 pour 1000 d’acide acétique, et 1 pour 1000 de bichlorure — constituent un excellent moyen; on peut, sous la douche, démêler et peigner au peigne fin, et en peu de séances, ou même en une seule, faire un nettoyage complet, lequel est très aisé à exécuter dans les policliniques.
(2) Les cheveux ne doivent être sacrifiés inutilement dans aucune circonstance, et il n’est pas douteux que l’on peut toujours arrivera guérir la pédiculose du cuir chevelu etleslésions qu’elle a déterminées, sans revenir à une mesure radicale. Mais, chez les enfants et les jeunes sujets ainsi que chez les hommes, quand les lésions produites sont considérables, il y a tout avantage à couper les cheveux; on obtient alors dans un délai fort court une délivrance complète et facile.