I. — SOLIPÈDES
Définition. — Les nodules calcifiés du foie du cheval sont le reliquat de toutes les infestations parasitaires qu'il a subies. Chaque parasite, échoué dans le parenchyme hépatique, se calcifié et constitue un nodule. Ce nodule indépendant du système du cholédoque et des gros canaux biliaires se différencie, ainsi d'emblée, des concrétions qui sont l'expression de la lithiase biliaire (fig. 90).
Étiologie et pathogénie. — S'il est vrai que ces nodules ont une origine multiple, il est certain que la plupart d'entre eux procèdent, chez le cheval, de l'invasion du foie par le distome lancéolé et le distome hépatique (Riitz).
On trouve, en effet, au centre de chaque nodule, une masse caséeuse plus foncée à son centre, renfermant, presque toujours, des corpuscules ayant les caractères tantôt des œufs du distome lancéolé, tantôt de ceux du distome hépatique.
NODULES CALCIFIÉS. 263
Les rapports du nodule avec le tissu conjonctif intercellulaii'e et avec l'ensemble de la capsule de Glisson, la présence des amas nucléaires, et de la cavité remplie d'œufs de distomes montrent que ces nodules se forment sur le trajet de petits canaux biliaires.
D'autres parasites peuvent présider à l'évolution de ces néoformations fibro-calcaires. Citons les embryons de nématodes indéterminés (Mazzanti), ou doxym'es (Villach), les débris d'échinocoques (Oit, Ostertag Gripp, Casella) les larves de linguatules.
Mais on est souvent dans l'impossibilité de les rattacher à leur cause véritable ; on ne trouve rien qui permette d'affirmer l'existence récente ou éloignée de ces cestodes : la substance nécrosée ou coagulée ne renferme ni scolex, ni crochets, ni membrane chitineuse.
L'aspect seul de la plupart de ces nodules et des lésions avoisinantes, correspond à une pathogénie parasitaire : on peut constater, sous la capsule de Glisson, des conduits nécrosés, entourés d'une couche de cellules granuleuses et formant ainsi, d'étroites galeries analogues à celles que l'on observe lors de l'invasion des cœnures dans le cerveau.
Anatomie pathologique. — Ces nodules sont blanchâtres ou jaunâtres, calcifiés, irrégulièrement sphériques ; leur volume varie beaucoup; il en est qui sont à peine visibles ; la plupart ont les dimensions d'une graine de millet et ne dépassent pas celles d'une fève.
Ordinairement disséminés, granuleux, proéminents sous la séreuse, ils pénètrent dans le tissu hépatique et s'en distinguent par leur coloration jaunâtre ou à peine bru" nâtre. Généralement, ces nodules sont agglomérés et les masses qu'ils forment sous la séreuse ont le toucher granuleux du gravier. Ils sont difficiles à couper: la section est blanchâtre ou blanc jaunâtre, présentant quelquefois un liséré grisâtre. Ce sont alors des foyers nécrotiques, nettement détachés, constitués par une masse de cellules rondes, atrophiées (cellules fusiformes et cellules du foie)
dont le centre est parfois calcifié. On constate souvent une capsule conjonctive autour de ces foyers. Le tissu hépatique voisin est normal ou atrophié, sclérosé et souvent pigmenté.
Les nodules fibro-calcaires sont quelquefois tellement nombreux qu'il ne reste presque plus de parenchyme, ni de vaisseaux intacts : le foie en est criblé dans toute son épaisseur et en est entièrement recouvert. Sous l'influence de ce processus qui aboutit à une sorte dHncnistatioyi
totale [Csokor, Trolldenier (1)], le foie s'hypertrophie, il pèse 16 à 22 kilogr. ; sa surface est rugueuse, sillonnée par les vaisseaux calcifiés dont les divisions semblent parsemées de nodules du volume d'un grain de millet ou d'un pois, blanc jaunâtre, blanc grisâtre, parfois transparents, durs, pierreux, et si serrés que tout vestige de tissu hépatique peut avoir disparu. Au microscope, les tubercules brillants et calcifiés donnent à la coupe un aspect tigré (2).
Diagnostic. — Les nodules calcifiés du foie, isolés ou confluents, se différencient histologiquement de ceux de la morve par l'absence d'infiltration cellulaire périphérique
Fig. 90. — Nodules calcaires remplaçant entièrement le tissu hépatique.
(1) TroUdenier, Cholelithiasisbei einemPferd. {Monalshefte fur prakiische Tier/ieilkumle, 1903, p. 197).
(2) Casella, Contribution à l'étude des nodules calcifiés du foie des solipèdes, Giornale délia Reale Sociela del Accademia Veterinaria italiana, 1907).
NODULES CALCIFIÉS. 265
qui, dans cette dernière maladie, annonce la pi'opagation de l'inflammation.
Traitement. — On ne constate aucun symptôme et on ne peut instituer aucun traitement curatif. Il faut seulement s'efforcer de prévenir les infestations parasitaires en assainissant les pâturages marécageux et en les desséchant.