IV. — CARNIVORES
Les péritonites des carnivores sont essentiellement des péritonites septiques ou purulentes presque entièrement dépourvues de lésions défensives : elles offrent peu de fausses membranes et sont accompagnées d'une intoxication prompte.
Étiologie et pathogénie. — L'infection du péritoine
reconnaît, chez le chien comme chez les autres espèces, des causes multiples.
Les affections générales {pyohémie, septicémie, tuberculose) sont fréquemment suivies d'une localisation péritonéale secondaire (fig. 99); les néoplasies malignes (épithéliomes, carcinomes) évoluent quelquefois à la surface de cette séreuse et déterminent une péritonite.
Les maladies du tube digestif (gastro-entérites toxiques, entérites vermineuses, les corps étrangers, les invaginations) engendrent quelquefois la perforation du tube digestif et ime péritonite putride rapidement mortelle (1).
La métrite, la paramétrite et toutes les infections de la cavité utérine se propagent souvent au péritoine ; on a alors des péritonites puerpérales.
La rupture accidentelle de lutérus gravide est suivie de la chute des fœtus dans la cavité abdominaleoù ils peuvent se comporter comme des corps étrangers aseptiques. On sait que les bandes de gaze aseptiques introduites à plat au milieu des anses intestinales s'enroulent en boule, s'enveloppent de néomembranes qui les fixent à l'intestin dans la cavité duquel elles ne tardent pas à faire une saillie de plus en plus marquée pour s'éliminer entièrement par cette voie. Cette élimination peut également s'effectuer par la matrice (Jalaguier et Mauclaire). Quand il s"agit de corps étrangers susceptibles d'être résorbés comme les fœtus, on peut voir s'opérer une véritable digestion de tous les tissus mous; il ne reste d'eux que les os, les dents, les poils feutrés en petites pelotes macérées, les ongles et un liquide, sorte d'extrait de cette peptonisation des parties molles. Les produits toxiques résultant de cette digestion peuvent provoquer une péritonite légère suivie d'auto-intoxication, de cachexie et de mort (2).
(1) Tabusso, Entéro-péritonite vermiQeuse provoquée par l'ascaris mystex chez un chien (Arckiv. scient, délia reale Soc. vet. ital., 1905).
(2) Blanc, Chute et résorption de deux fœtus dans la cavité abdominale d'une chienne, un mois après la parturition {Joiirn. de Lyon, 1900).
PÉRIT ONTTE PCRCLE>TE LOCALISÉE. 321
La paroi abdomii^ale, intéressée par des instruments contondants, piquants ou tranchants, livre passage à des germes septiques et pvogènes {péritonite traumatique). On
Hg. yy. — Estomac et épiploon d un chien attecté de péritonite aiguë déterminée par une tuberculose miliaire (Photographie Cadéac) .
peut la voir évoluer à la suite dun violent coup de pied produisant une effraction intestinale suivie de Tinfection du péritoine.
La rupture de la vessie, consécutivement à l'arrêt de calculs dans l'urètre, est une cause de péritonite suraiguë avec un épanchement abondant.
La rupture de l'intestin, l'extirpation de tumeurs abdominales ou de corps étrangers, est suivie de péritonite quand on a négligé de pratiquer l'antisepsie. Cette péritonite chirurgicale résulte, en effet, de l'envahissement du péritoine par les microbes pyogènes ou septiques introduits par les doigts ou les instruments de l'opéi'ateur. Selon les diverses recherches que l'on a faites pour vérifier l'asepticité du péritoine dans cette opération, il y a toujours des microbes qui tombent dans cette séreuse; de sorte qu'opérer antiseptiquement ne veut pas dire opérer à l'abri de tout microbe. Quand les germes sont peu nombreux, ils sont détruits avant qu'ils aient le temps d'évoluer.
La péritonite ne se développe que lorsque l'infection du péritoine est très prononcée, ou quand cette séreuse a été modifiée par une longue exposition à l'air, ou par une influence traumatique qui a détruit sa résistance à l'infection; dans ces cas, les microbes infectent le sang et les liquides épanchés dans la séreuse ; il se produit alors une ^évMomiQ purulente et scptique.
On peut donc dire que les altérations du péritoine ont une importance presque aussi grande que les microbes qui y sont introduits.
» Dans toute laparotomie, on évite le développement de la péritonite en restreignant, autant que possible, la pénétration des germes dans le péritoine et en respectant l'intégrité histologique et physiologique de cette séreuse, c'est-à-dire en évitant tout traumatisme mécanique ou chimique. « Il ne faut pas abuser des antiseptiques (acide phénique, sublimé), coagulants énergiques de l'albumine, fixateurs cellulaires puissants, (jui amènent un traumatisme chimique considérable, et, en détruisant l'endothélium séreux, suppriment le secours qu'on en pouvait
PERITONITE PURULENTE LOCALISÉE. 323
attendre pour la destruction des microbes » (Courtois- Suffit) (1).
C'est peut-être par ce mécanisme qu'agissent les chocs, les coups, portés sur la paroi abdominale: ils annihilent les résistances cellulaires, déterminent l'arrivée, dans le péritoine, des microbes qui circulent dans le sang, ébranlent préalablement aussi les viscères digestifs et assurent le passage, dans le péritoine, des microbes renfermés dans le tube digestif. Dans aucun cas, les refroidissements ne peuvent être considérés comme la cause exclusive de la péritonite.
Ânatomie pathologique. — Les lésions révèlent une infection purulente et septique. On ne trouve pas de fausses membranes en voie d'organisation.
Les exsudais fibrineux, qui se déposent à la surface des viscères abdominaux, sont peu nombreux et très faibles; l'épanchement péritonéal est blanchâtre, trouble, purulent: il forme, sur le péritoine, une mince couche crémeuse; il est quelquefois grisâtre, rougeâtre. sanguinolent, fétide et putride.
Les anses intestinales, infectées, n'offrent pas d'adhérences marquées, dans la péritonite généralisée. On rencontre quelquefois des corps étrangers (vertèbres, etc.) enclavés dans l'intestin et faisant saillie dans la cavité péritonéale. On constate quelquefois un œdème prononcé des membres postérieurs.
Symptômes. — La douleur est très intense : l'animal la manifeste par des gémissements, des cris: l'abdomen est chaud, tendu, dur, retroussé au début, très sensible à la pression. L'animal pousse parfois des hurlements ou cherche à mordre. Le sujet est couché, immobile ; il marche lentement, péniblement, le dos voussé, la tête basse, le train postérieur très raide; le chien n'a pas d'appétit ; il bâille fréquemment; il offre des nausées et
(1) Cadiot, Études de pathologie et de clinique, 1899. p. 446. — Alniy, Société anatomique, 1900. — G. Petit, Société centrale, 1903.
des vomissements bilieux; il est constipé et ne rejette quelques, excréments que si l'on comprime le ventre; il se météorise peu à peu par paralysie de l'intestin, qui se remplit -de gaz, et sous l'influence de l'exsudation séreuse ou purulente. Cette collection purulente peut déterminer l'inflammation œdémateuse de larégion ombilicale.
La fièvre est intense ; la température dépasse fréquemment 40" ; le pouls est très accéléré ; il est petit, presque insensible ; la respiration est écourtée; la physionomie du sujet est triste, hébétée ; les yeux sont enfoncés dans les orbites.
La MORT survient dans l'espace de deux à huit jours, dans le collapsus ; elle est rarement due à l'asphyxie ou à la paralysie cardiaque ; on n'observe pas la résolution, et le passage à l'état chronique est peu fréquent.
Traitement. — Il consiste dans l'administi'ation d'opiacés, de potion blanche de Sydenham, pour calmer le péristaltisme intestinal, atténuer les soufïrances et supprimer le vomissement.
La formule suivante remplit cette indication :
Opium 10 centigr.
Potion blanche de Sydenliam 40 grammes.
Salol 2 —
On soutient les forces en faisant ingérer du lait en petite quantité, de l'huile de foie de morue ; on combat la soif avec la tisane d'orge, de graine de lin, etc.; les diurétiques (sel de nitre, 1 gramme, poudre de digitale, 1 gramme; teintux'e de scille, 20 à 40 gouttes) conviennent pour restreindre l'exsudation et favoriser la résolution; les lavements d'eau tiède, d'eau de mauve ou de guimauve, sont indiqués contre la constipation.
Les révulsifs sont peu efficaces ; les plus actifs, comme la pommade mercurielle, le vésicatoire, sont les plus dangereux ; le premier détermine rapidement de Y intoxication,
PÉRITONITES CHRONIQUES. 325
le second de la néphrite, de la cystite: il ferme le rein et agit comme antidiurétique.
Si l'on a des raisons de soupçonner la perforation de l'intestin, il faut pratiquer immédiatement la laparotomie, suturer l'intestin, séreuse contre séreuse, faire la toilette du péritoine, mettre les organes en place et suturer la plaie extérieure dont il faut chercher à obtenir la guérison par première intention. Le drainage du péritoine, par une incision de trois centimètres des parois abdominales au niveau de l'appendice xiphoïde, favorise la guérison des péritonites (Baldoni) (i).