ARTICLE I''. — LARYNGITES AIGUËS CATARRHALES- I. —SOLIPÈDES
Éticlogie et pathogénie. — Les microbes non spécifiques qui habitent l'arrière-gorge ou qui s'y implantent accidentellement sont peu connus. Ils appartiennent sûrement aux espèces qu'on rencontre dans les fosses nasales et \e pharynx. Inofîensifs tant que ki muqueuse laryngienne possède sa vitalité et sa résistance normales, ils deviennent pathogènes quand sa nutrition est troublée. Les causes capables de rendre cette région vulnérable comprennent toutes les influences prédisposantes.
Les PHÉDisposiTioNs INDIVIDUELLES résultent de troubles nerveux locaux (paresie ou paralysie du larynx), d'endocardites chroniques qui produisent des stases et diminuent la vitalité de toutes les muqueuses, de néphrilcs, du jeune âge, de la débilité ou du défaut cT entraînement des animaux.
Les affections catarrhales chroniques des cavités nasales, du pharynx, des poches gutturales, des sinus se communiquent fréquemment au larynx et jouent ainsi le rôle d'influences prédisposantes dans le développement des laryngites; du reste, la laryngite résulte plus souvent d'une infection propagée que d'une infection primitive.
Les PRÉDISPOSITIONS GÉNÉRALES Comprennent le refroidissement détei-miné par les courants d'air, l'ingestion de boissons froides, les pluies, les changements brusques de température, si communs au printemps et à l'automne.
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Les poussières des routes (Bugniet). les fumées acres, les vapeurs de chlore, d'acide sulfureux, la fumée d'incendie, les breuvages irritants administrés de force {ammoniaque, essence de térébenthine) ont la même influence; mais ces dernières causes déterminent plus souvent des inflammation croupales du larynx que des affections catarrhales.
Il convient de citer encore les matières alimentaires qui parviennent dans le larynx à la suite d'un spasme, dune paralysie pharyngienne. d"un sondage maladroit et irritent la muqueuse lax-yngienne. Malgré la multiplicité de ces causes, la laryngite est rare ; les germes phlogogènes sont arrêtés par les fosses nasales et l'action irritante des gaz inspirés sépuise en traversant les premières voies aériennes.
Le larynx est beaucoup moins protégé contre les infections qui procèdent de l'expulsion des produits bronchiques ou pulmonaires.
C'est par ce mécanisme que sont engendrées les laryngites et les pharyngites qui apparaissent dans le coui*s des bronchites, des pneumonies, des broncho-pneumonies purulentes. Krebs a constaté une laryngite consécutive à l'arrivée du pus de l'oreille moyenne dans le larynx en passant par la trompe d'Eustache (4 '.
Les influences traumatiques : compresion du larynx par le collier antitiqueur. froissements déterminés par des efforts réitérés dans le but de provoquer la toux, sont rarement des causes de laryngites. On observe souvent, dans les régiments, les dépôts de remonte, de véritables épidémies de laryngites et de trachéites. Ces épizooties grippales ont fréquemment une allure bénigne. On les considère à juste titre comme contagieuses, mais l'isolement ne donne pas de bons résultats : il ne fait que ralentir la contagion i .
Ânatomie pathologique. — Les lésions de la laryngite catarrhale simple n'ont guère été étudiées, parce que cette
(1) Krebs, Berliner Thierarztl. ^Vochenschr., n° 5 1895.
(2) Dieckerhoff, Traité de pathologie, 1888.
affection ne détermine pas la mort des malades. Dans les cas graves, la muqueuse devient le siège d'une sécrétion muco-purulente abondante : les glandes muqueuses sont hypertrophiées et. en les pressant, on en fait sortir du muco-pus infect; quelquefois, il existe une infiUration séreuse le long des pneumogastriques, qui explique le cornage.
Enfin la muqueuse peut se couvrir d'ecchymoses et présenter, dans sa partie supérieure, des ulcérations superficielles de l'épiglotte et une destruction purulente des glandes muqueuses.
Les laryngites siiraigués ou striduleuses sont caractérisées par des altérations congestionnelles et inflammatoires intenses, le vestibule laryngien est fortement hyperhémié; la muqueuse est tuméfiée, œdématiée (Benjamin) (1), couverte de points hémorragiques, d'éi'osions ou d'ulcérations superficielles, et parfois d'exsudats muco-purulents renfermant un peu de fibrine et beaucoup de globules purulents. L'infiltration se poursuit quelquefois le long de la trachée, des vaisseaux, du pneumogastrique, du trisplanehnique.
Symptômes. — Au point de vue symptomatique, il convient de distinguer deux formes de laryngites :
1° Une forme aiguë, vulgaire, sans accès de suffocation; 2? une forme suraiguë a\)\)e\êe stridulcuse, caractérisée par un cornage intense devenant le phénomène essentiel, dominant. Cette forme se distingue encore delà précédente par des lésions plus profondes, de nature œdémateuse, hémorragique, ulcéreuse ou phlegmoneuse, et [)ar son origine spécifique, souvent indéterminée.
La forme aiguë vulgaire procède de causes banales connues; la forme striduleuse est une laryngite gourmeuse, morveuse, charbonneuse, ou se rattachant à une infection de nature inconnue. Cette forme syndromique embrasse toutesles laryngites compliquées de cornage dont fétiologie
{l) Benjamin, Rec. de méd. vét., 1880 p. 148. Bourges, Epizootie j^rippale. Journal des vétérinaires militaires, 1902, p. 303.
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est très obscure ou dont la nature n'a pas été éclaircie.
Forme aiguë vulgaire. — a. Signes physiques. — La toux est le premier symptôme ; elle est souvent spontanée.
L'animal tousse eu se levant, en mangeant, en buvant froid, en sortant de l'écurie; la toux est facilement provoquée ; la pression du larynx, quelquefois même Xd^palpalion de cette région, la déterminent. Sèche, forte, quinteuse, sans ébrouement, douloureuse, la toux est caractéristique. Ce symptôme s'accompagne de la sensibilité anormale de la région laryngienne, de la tension et de l'immobilité de la tète sur l'encolure.
Au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, on observe l'expulsion d'un jetage séro-muqueux, rendu mousseux par le battage dû au passage de l'air. Cette sécrétion, rare au début, augmente rapidement et devient blanche, floconneuse, muco-purulente: elle n'adhère pas aux naseaux.
La main, appliquée sur le larynx, ressent une sorte de frémissement déterminé par la vibration des produits exsudés sous l'impulsion de l'air inspiré et expii'é.
La muqueuse, tuméfiée et œdématiée, rétrécit le passage de l'air et provoque des bruits plaintifs, siftlants. ronflants ou stridents, des bruits muqueux qu'on peut quelquefois percevoir à distance et qu'on perçoit toujours facilement par l'auscultation du larynx : les animaux sont affectés d'un cornage qui devient manifeste dès qu'on exerce une légère pression sur le larynx.
b. Signes rationnels. — Les symptômes fébriles manquent souvent; ils acquièrent une réelle intensité dans certaines épidémies de laryngites. La température dépasse fréquemment 39° ; l'appétit est diminué ; la déglutition des aliments et des boissons est pénible ; la tète et l'encolure sont immobilisées par la douleur; la respiration devient insuflisante quand la région laryngienne, tuméfiée extérieurement, est œdématiée intérieurement; ladyspnée et le cornage sont quelquefois intenses. — On constate
alors (le Tanxiété. de la tristesse, de l'abattement.
Marche. Durée. Terminaison. — La laryngite cntanhale aiguë est une alTection bénigne dont l'évolution s'achève en douze à quinze jours. Elle ne présente pas de complication plilegmoneuse quand elle est indépendante de la gourme. Les symptômes caractéristiques s'atténuent progressivement. La toux devient plus grasse et moins douloureuse; elle est suivie d'expectoration; le jetage devient ensuite moins abondant et plus clair avant de disparaître complètement.
Complications. — La laryngite peut se compliquer de trachéite, de bronchite, de pneumonie, depleurésie, de pleurapneumonie contagieuse.
Diagnostic. — La douleur limitée à la région laryngienne, la tous sèche, quinteuse, spasmodique qui se produit dix ou quinze fois de suite, l'absence du jetage alimentaire par les cavités nasales et de liquide spumeux par les commissures des lèvres, chaque fois que l'animal tousse, sont les meilleurs indices des laryngites.
Les bruits respiratoires laryngiens et le bruit de cornage permettent de dépister cette maladie.
La pharyngite s'en difTérencie par une toux grasse, accompagnée d'expectoration par les commissures des lèvres avec jetage alimentaire quand l'animal mange, ou du rejet des boissons jiar les cavités nasales quand l'animal boit.
La parotidite est caractérisée par une tuméfaction saillante, chaude, douloureuse qui comble le creux parotidien.
La bronchite est dénoncée par une respiration accélérée, dyspnéique accompagnée d'une toux quinteuse, profonde qui ébranle tout le corps et de rAles muqueux faciles <à percevoir par l'auscultation de l;i poitrine.
Forme striduleuse.— Son début est toujours celui d'une maladie infectieuse : la fièvre, la tristesse, l'abattement, la somnolence, l'inappétence, en sont les phénomènes pré-
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curseurs ; ils sont plus ou moins marqués suivant la gravité et la nature de l'infection.
Les observations de laryngites, accompagnées de râle suffocant, publiées par les divers auteurs (1), font ressortir Timportance des symptômes généraux prémonitoires et la diversité des maladies infectieuses qui se sont affirmées pardes /fl7'(/?igites asphyxiantes. Il s'agit ordinairement de jeunes chevaux, probablement frappés de gourme, qui manifestent, plus ou moins rapidement, une difficulté de la respiration se traduisant par un bruit de carnage et une accélération des mouvements respiratoires.
La PRESSION, la palpatiox du larynx et de la tracbée révèlent la chaleur eU'hypereslhésie de cette région ; la gorge est assez souvent le siège d'un engorgement pâteux ; la main, appliquée sur le larynx, perçoit un frémissement laryngien très manifeste.
A Iauscultation du larynx, on entend un bruit très fort qui a
quelque analogie avec celui de la lime qui mord l'acier. Ce bruit se propage, en diminuant d'intensité, le long de la trachée et retentit parfois jusque dans la cavité thoracique. La toux, souvent nulle au début, devient forte, et quinteuse. douloureuse, convulsive, dyspnéique, revenant par accès qui font craindre l'asphyxie (fig. 145).
(I) Vatel, Journal pratique de méd. vH., 1826, t. 1, p. 180, et Rec. de méd. vêt., 1829, p. 93. — Dandrieu, Journ. méd. vét. comparée et Recueil, 1S26, p. 371. — Lacoste, Recueil. 1826, p. 451. — Caillieux, Recueil. 1831, p. 639. — .Morel, Journ. des vét. du .\/idi, 1835, p. 118. — Pernaud, Jour?!, de méd. vét. de Lyon. 1845, 540. — Sainf-Cyr, Journ. de l'Ecole vét. de Lyon, 1852, p. 49. — Vidal, Journ de l'École vét. de Lyon, 1859. p. 375. — Bugniet, Journ. des vét. du Midi, 161, p. 55.
pig. 145. — Dilatation des naseaux d'un cheval atteint de laryngite striduleuse.
La respiration est difficile, précipitée, bruyante; le cornage est tellement intense qu'on peutl'entendre à dix mètres de distance ; les naseaux sont fortement dilatés ; la tête est portée au vent ; la bouche demeure entrouverte et laisse échapper une bave abondante et mousseuse quand l'insuffisance de la respiration n'est plus compensée par l'accélération des mouvements respiratoires. Alors la face se grippe, les yeux sont brillants, proéminents, et les muqueuses prennent une coloration foncée ; « la respiration devient saccadée, les ffancs se creusent, se cordent, s'élèvent avec effort ; la maladie approche de sa terminaison avec une rapidité foudroyante » (Saint-Cyr).
Marche. Durée. Terminaison. — Son évolution n'a rien de cyclique ; elle est subordonnée à la cause provocatrice.
La durée varie de vingt-quatre heures à huit jours ; ses terminaisons sont la mort par asphyxie ou septicémie, la résolution, l'abcédation.
1" L'asphyxie menace de se produire le premier, le deuxième ou le troisième jour de la maladie, quand on ne la prévient pas par la trachéotomie.
2° L'infection sepliquc est annoncée par la fétidité du jetage, la disparition do la doideur laryngienne et la prostration du sujet. Elle est révélée quelquefois par une infiltration froide et crépitante de la région laryngienne et trachéale.
3" La /-e.S'o/K^/on est annoncée parladisparitionducornage et la diminution do l'engorgomonl périlaryngien ; la toux devient grasse, facile et entraine des mucosités abondantes dans lesquelles on ne trouve pas de débris de fausses membranes.
A l'autopsie des animaux qui succombonl. on peut observer des lésions ulcéreuses, supertlciellos, sm* les bords de l'épiglotte et des cartilages aryténoïdes (Dieckerhoff) (1).
(!) Dieckerhoff, Lehrbiich dur speciellen Pathologie und Tera/)ie, 1888.
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■4° L'abcédation. considérée comme lun des modes fréquents de terminaison de celle maladie, indique généralement la gourme; les abcès qui se développent au niveau de la gorge ou de l'auge ne sont que des abcès gourmeux : la fréquence même de leur apparition dans le cours de la larvngile stridiileuse permet d'en inférer que cette forme n"est pas une entité morbide, mais la manifestation de plusieurs maladies contagieuses.
Parfois ces infections laryngiennes se compliquent dabcès proches, ou éloignés, ganglionnaires ou viscéraux. On voit plus souvent apparaître des pneumonies catamhales accompagnées d'abcès pulmonaires diffus et parfois de pleurésie. Après la disparition des signes inflammatoires, on peut constater la persistance d'un carnage modéré, ou une paralysie bilatérale du larynx qn'i nécessite l'application d'un tiilio à trachéotomie.
Diagnostic. — Les vieux chevaux. alTectés de morve latente, présentent, souvent, une dyspnée laryngienne intense caractérisée par une inspiration bruyante: il faut malléïner tous les animaux qui cornent fortement au repos sans i-aiise appréciable et inoculer leur jetage.
Pronostic. — Le pronostic de ces atîections est incertain; des laryngites à manifestations très graves guérissent d'une manière complète : des laryngites, légères en apparence, passent à l'état chronique, laissent l'animal corneur ou le conduisent à l'emphysème pulmonaire.
Traitement. — Le repos, une température douce, uniforme, un bandage sous la gorge, des boissons tièdes. des aliments de facile déglutition (farineux, carottes, etc.), des inhalations de vapeurs d'eau tiède, des fumigations émollientes (guimauve) ou aromatiques (graine de foin) en font les frais. Un augmente l'action calmante de ces inhalations par l'addition de télés de pavot; on utilise fréquemment les fumigations préparées avec un litre de son et des capsules de pavots.
Les granules d'aconitine peuvent être employés pour
diminuer la toux. L'iodure de potasssium. le kermès (10 à 15 grammes de chacun de ces agents) administrés en deux fois dans la journée, le sulfure d'antimoine (25 à 35 grammes), lesélectuaires, renfermant de l'essence de térébenthine, l'eau de goudron, produisent de bons elTets à toutes les périodes de la maladie (fig. 146).
Dès le début, il faut recourir à la médication dérivative
Fig. 146.
Application d'un bandage sous la gorge pour tenir cette région chaude.
locale : il n'est pas nécessaire qu'elle soit très énergique • les sinapismes, les applications réitérées de moutarde doivent toujours être préférés aux vésicants. Ceux-ci ne doivent être employés que pour combattre les laryngites spécifiques, ou faire mûrir rapidement les abcès qui surviennent dans le cours de la laryngite slriduleuse. La trachéotomie est alors pratiquée pour prévenir l'as-
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phyxie ; il faut y recourir dès le début du mal, avant l'aggravation du cornage.
On a préconisé un traitement local : la désinfection intralaryngienne à l'aide d'injections d'une solution iodée diluée .'
Iode 1 gramme.
lodiiie de potassium 5 grammes.
Eau dislillée 100 —
A la dose de 20 à 30 grammes une fois par jour. Cette méthode de traitement n'est pas entrée dans la pratique.
Quelques mesures prophylactiques préviennent l'extension de la maladie : on désinfecte les places occupées par les malades; on nettoie les auges; on aère convenablement les écuries; on sort et on promène les animaux sains.