I.— SOLIPÈDES
Placé généralement au bas de l'échelle de la bénignité, lictère par rétention des solipèdes ne prend qu'exceptionnellement la physionomie d'une maladie infectieuse grave.
Ètiologie et pathogénie. — L'infection du système biliaire est la principale cause de la rétention et de la résorption de la bile dans l'ictère catarrhal. Une matière muco-épithéliale obstrue l'ampoule de Vater (Benjamin), les conduits biliaires gros, moyens ou petits. Les agents infectieux susceptibles de provoquer ce trouble de la circulation biliaire sont le bacillus coli, les staphylocoques, les streptocoques; mais aucun d'eux ne peut revendiquer une action spécifique ; il peuvent infecter les voies biliaires ou
ICTÈRE CATAHRHAL. 27
même le sang de la veine porte, modifier les fonctions de ia cellule hépatique, l'hypertrophier, altérer larchitecture du lobule hépatique et entraver la circulation biliaire intra-lobulaire quand le tube digestif offre des conditions spéciales de réceptivité favorables à ces invasions microi)iennes. Ce sont particulièrement les inflammations gastro-intestinales qui permettent aux microbes accumulés à l'embouchure du cholédoque de remonter ce canal et d'engendrer une angiocholite avec rétention biliaire. L'infection hépatique peut même devenir sanguine quand le microbe acclimaté est un streptocoque à virulence exaltée: il fait une entérite infectieuse chez un premier cheval, un ictère infectieux chez un second (Bidault).
L'obstruction du duodénum par une espèce de pelote «ilimentaire peut être suivie, par le même mécanisme, d'ictère grave (Wolff).
Le refroidissement et les variations météorolo^ques du printemps et de l'automne expliquent l'apparition de l'ictère après la tonte ou après un bain ; on a plus de peine à comprendre le mécanisme de l'ictère qui succède à une •chute (Lebeau). L'ictère est souvent un événement secondaire, chronique, consécutif à une obstruction permanente du cholédoque. La lithiase biliaire est une des principales ■causes de rétention de la bile.
Les ^wmewî's développées dans le pancréas et obstruant le •canal cholédoque, ou des compressions déterminées par l'inflammation et l'obstruction du canal pancréatique au niveau de l'orifice duodénal ont une action pathogénique •certaine (Mégnin et Nocard).
La torsion du lobe gauche du foie peut produire l'ictère ^Schmidt) : c'est là un accident extrêmement rare.
L'obstruction du cholédoque par un ascaride est rarement la cause d'un ictère persistant (Pfefferkorn) (1).
(l)Pfefferkorn, Ictère chez un cheval à la suitede l'obstruction du cholédoque par un ascaris engagé partiellement dans le lobe moyen et gauche (Revue générale, 1904, p. 233, tome II).
Les stases veineuses, à la suite des maladies du cœur ou du po?m2on sontquelqiiefois suivies de destruction des globules rouges et d'ictère. C'est que les causes principales, sinon uniques, de la propagation de la bile sont la vis à tergo et les mouvements du diaphragme qui, pendant l'inspiration, déterminent une diminution de la cavité abdominale et exercent ainsi une pression sur la totalité du foie. Les physiologistes ont constaté qu'une contre-pression, même très modérée, est capable non seulement d'arrêter la sécrétion, mais encore de déterminer un reflux de la bile dans le courant sanguin.
Symptômes. — Ils débutent ordinairement par des troubles gastro-intostinaux qui n'offrent rien de particulier : anorexie, faiblesse, raideur des reins, constipation ; on soupçonne une entérite, mais bientôt le syndrome ictère fait son apparition. Il n'est pas très prononcé. Les muqueuses (conjonctive, pituitaire, etc.) sont jaunes, mais le rein reste perméable et l'élimination des pigments biliaires prévient l'intoxication. L'urine, très odorante, est visqueuse, de couleur d'infusion de feuilles de noyer ; on y rencontre un peu d'albumine mais aucune trace de sucre. On a signalé une douleur de Y hypocondre droit. En outre, le sujet est triste, somnolent, immobile, faible, paresseux. La bouche est chaude, sèche, la circulation, la respiration, la température sont normales.
Ces troubles persistent pendant huit à quinze jours, sans se modifier notablement, puis la teinte jaunâtre des muqueuses s'atténue graduellement ; la gucrison est généralement complète le vingtième jour.
Telle^st la marche habituelle de l'ictère bénin.
L'affection revêt quelquefois une forme plus grave : l'infection ascendante des voies biliaires peut léser profondément la cellule hépatique, retentir sur le rein et les principaux appareils. L'ictère s'accompagne de troubles cardiaques, de toux, d'oligurie, d'albuminurie avec apparition de pigments anormaux dans les urines, accroissement
ÏCTÈRE CATARRHAL. 29
des globules polynucléaires dans le sang aux dépens des mononucléaires dont le nombre revient graduellement au chiffre normal, et finalement d'une crise caractérisée par de rhvpolhormie avec diarrhée profuse et sécrétion urinaire plus abondante qui précède la guérison (Bidault). Pendant l'évolution de cette maladie, cm a observé des complications (épistaxis) et même de la conjonctivite avec perte do la vue [Loriot (1\ Perrin (2)].
Anatomie pathologique. — Quand la mort est consécutive à l'ictère par rétention, on observe une épaisseur anormale du repli muqueux qui entoure l'ouverture commune du canal cholédoque et du principal canal pancréatique.
Le FOIE est volumineux; le parenchyme, entièrement sain dans l'ictère bénin, est plus au moins altéré dans les ictères graves. Le tissu est mou, friable, il se laisse facilement traverser par le doigt. La canalisation biliaire intrahépatique est obstruée.
Nous avons observé une jument affectée de néphrite et d'ictère gva\e chronique, dont les cellules hépatiques étaient hypertrophiées, désagrégées, dégénérées à tel point qu'il était impossible d'y distinguer un lobule. Dans beaucoup de cellules mortifiées, le noyau ne se laissait pas imprégner par le carmin. Dans ces cas, la bile formée par les cellules saines est entravée dans son cours habituel par la dislocation de la canalisation intra-lobulaire. Sa marche est intervertie : elle passe dans le sang, imprègne et teint la peau et les muqueuses.
Les RELvs ont augmenté de volume et sont d'une teinte jaunâtre très accusée. On observe, près du bassin, une infiltration jaunâtre très marquée et la couche corticale a une teinte brune se rapprochant beaucoup de celle du foie (Benjamin).
On peut observer, en même temps, les lésions de la gastro-duodénite.
(l) Loriot, Recueil de médecine vélérinaire, 1897.
(i) Perrin, Un cas d'ictère essentiel chez le cheval (Journal des vétérinaires mililaires. 1900, p. 520).