‹ Pathologie interneChapitre 57 sur 183 · I. —SOLIPÈDES · texte numérisé non relu

I. —SOLIPÈDES

Étiologie. — La cirrhose hypertrophique biliaire est essentiellement une maladie des jeunes chevaux; on la rencontre principalement chez les animaux de trois à cinq ans.

On ignore encore la cause qui préside à son évolution. Les cirrhoses liypertrophiques qui se développent à un âge avancé sont généralement des cirrhoses mixtes sans ictère [Lagrilîoul (1)] et parfois liées à une insuffisance valvulaire, ce qui explique la dilatation des veinules sushépatiques et des capillaires qui y aboutissent [Nocard (2)] ; il s'agit là d'une cirrhose mixte se rattachant au foie cardiaque et à la cirrhose hypei'trophique biliaire.

Anatomie pathologique. — Le foie est hypertrophié ; il a quelquefois plus de trois fois son volume normal ; son épaisseur a doublé ; ses bords sont épais, arrondis, son poids spécifique est augmenté ; sa surface n'offre pas trace

(l)Lagriffoul, Cirrhose hypertrophique du foiesans iclùre, ni ascite, caractérisée exclusivement par la diarrhée. Recueil de Mém. et Observ. sur la méd. vétér., 1890.

(2) Nocard, Un cas de cirrhose hypertrophique chez le cheval. ^Irc/i. l'e7(?/' , i877, p. 857.

CIRRHOSES BILIAIRES.

de périhépatite ; sa coloration est régulièrement ou ii'régulièrement verdâtre. Dans ce cas, on constate des foyers de 2 à 4 millimètres, ou davantage, correspondant à un lobule hépatique] dont la teinte est jaunâtre ou vert-olive, tandis que le stroma, qui entoure chaque lobule, est fibreux, gris rosé.

La consistance de l'organe est considérablement accrue : à l'examen microscopique, on observe une hypertrophie de tous les lobules ; ils ont un diamètre variable, qui est, en moyenne, de 2 millimètres à „. „ ^ , ' ,

^, rig. 3/ . — Coupe à travers le foie, vue à un faible

0™™.0, alors que grossissemem (L. Blauc).

la dimension normale chez le cheval varie de 1 millimètre à 1™™,5.

Ces lobules

sont tous enchâssés dans un anneau de tissu conjonctif complet, qui varie beaucoup de dimensions entre deux lobules, et qui s'épaissit beaucoup aux points de convergence de trois ou quatre lobules : il 3' a là des étoiles conjonctives au milieu desquelles on distingue les grosses veinules portes, ainsi que les artères et les ramifications du canal cholédoque [L. Blanc (1)], et de nombreux néo-canalicules biliaires dont on reconnaît l'épithélium de revêtement constitué par cinq ou six cellules polygonales à protoplasmaclair(fig. 37).

A, tissu conjonctif périlobulaire ; B, veinules portes ; G, zone périphérique des lobules, avec canalicules biliaires ; D, zone moyenne des lobules ; £, zone centrale, avec la veine sus-hépatique entourée du conjonctif.

(1) L. Blanc, Journ. de l'École vél. de Lyon, 1895, p. 276. Cadéac. — Pathologie interne. III.

Au niveau des espaces porto-biliaires, le tissu conjonctif l'orme des plaques roses, iri-égulières, des îlots insérés sur des pédicules plus ou moins allongés, qui dissocient les tra-

bécules hépatiques dont les lobules sont plus ou moins échancrés {cirrhose intralohulaire) . Le lobule peut être lui-même subdivisé par une multitude de cloisons anastomosées {cirrhose monoccllulaire). Au centre de chaque lobule, on trouve la veine sus-hépatique, presque toujours enveloppée d'une gaine conjonctive épaisse.

Ce tissu conjonctif centrolobulaire est relié au tissu périlobulaire par des travées (fig.38) qui doublent le réseau veineux intralohulaire, de telle sorte que les travées hépatiques sont plus écartées qu'à l'état normal ou entièrement isolées (L. Blanc).

Le tissu de nouvelle formation est fibroïde, peu dense, rose pâle, peu l'étractile; il est parsemé d'une multitude de petits canaux sinueux, anastomosés, qui tranchent par leur couleur rose vif, sur le tissu environnant (fig. 39). Ce

Fig. 38. — Rapports des travées hépatiques avec les néocanalicules biliaires {L. Blanc).

A, travées hépatiques ; B, capillaire sanguin intralohulaire ; G, tissu conjonctif ; D, noyau des cellules migratrices ; E, noyaux de cellules conjonctives ; F, cellule hépatique isolée ; G, cellules ; hépatiques chargées de pigment H, néocanalicule coupé en travers ; I, néocanalicule ; K, continuité du canalicule biliaire avec une travée hépatique.

CIRRHOSES BILIAIRES. 133

sont des pseudo-canalicules biliaires, qui se dilatent quand la cirrhose est très ancienne. Les cellules hépatiques diminuent de volume, deviennent granuleuses, se chargent de pigment, principalement au centre et à la périphérie, et se réduisent à une mince couche transparente qui enveloppe le novau ; elles reviennent ainsi à l'état de petites

Fig. 39. — Coupe d'un lobule du foie (d'après L. Blanc).

A, réseau conjonctif pénétrant entre les cellules du lobule : B, veinule, porte ; C, néocanalicules biliaires ; D, travées de cellules hépatiques ; E, veine sus-hépatique entourée de tissu conjonctif.

cellules cubiques inditTérentes. Ces faits indiquent que laltération essentielle siège dans les voies biliaires et que le processus consiste dans une angiocholite et une périangiocholite des canaux biliaires moyens ou de petit calibre.

En résumé, il y a congestion et inflammation du foie, tuméfaction et suractivité fonctionnelle des cellules hépatiques, polycholie, hypertrophie des lobules, tuméfaction trouble des cellules hépatiques, formation de tissu conjonctif dans les espaces interlobulaires et centrolobu-

laires (fig. 40), envahissement des lobules et destruction de leur zone périphérique par ce conjonctif, développement de nombreux canalicules biliaires sur les bords. Les travées hépatiques se ti'ansforment en canalicules biliaires par dilatation des lacunes intercellulaires et leurs éléments

constitutifs retournent au type épithélial simple. La majorité des cellules hépatiques demeurent saines, ce qui différencie la cirrhose biliaire de la cirrhose veineuse où elles éprouvent la transformation granulo-graisseuse.

« Puis, il y a compression des fines voies biliaires par le tissu conjonctif de nouvelle formation, augmentation de la pression biliaire dans les lobules; résorption de la bile par les lymphatiques, introduction de la bile dans le sang, altération des hématies, exagération de la fabrication du pigment biliaire (fig. 41) par la présence, dans le sang, d'hématies en voie de destruction (L. Blanc). »

Symptômes. — La cirrhose hypertrophique ne s'accuse par aucun symptôme appréciable tant que l'ictère n'a pas fait son apparition. On peut, tout au plus, observer des signes de gastro-entéi'ite dépourvus de toute signification. C'est que l'hypertrophie du foie dépend autant de la formation de canalicules biliaires et de l'augmentation de volume des cellules hépatiques que de l'abondance du tissu conjonctif, moins scléreux et moins rétractile que dans les cirrhoses biveineuses. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer un foie énorme chez des animaux qui n'ont

Fig.

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