‹ Pathologie interneChapitre 95 sur 183 · V. — CHIEN · texte numérisé non relu

V. — CHIEN

La cysticercose hépatique du chien est déterminée par le Cysticercus cellidosse.

Son histoii'e se résume dans quelques observations (Roloff, Leisering, Ugo Caparini). On aperçoit sous la capsule de Glisson, de petits nodules blanchâtres qui se détachent nettement du parenchj'me brunâtre du foie.

ARTICLE III. — ÉCHINOCOCCOSE.

Définition. — Cette affection est caractérisée par le développement de kystes hydatiques du ténia échinocoque dans le foie de nos animaux domestiques. Beaucoup d'embryons ou de larves de parasites ne font que traverser le foie en y déterminant des tunnels ou des galeries, c'est-àdire des lésions traumatiques réparables, d'autres s'arrêtent, meurent en chemin, et forment des nodules crétifiés :

(1) Piana, La Ve/erinaria, 1881.

les larves ouhvdalides (réchinocoques ontleursiège favori dans le parenchyme hépatique, lîien d'autres organes tels que le poumon, le rein, la rate, le péritoine, les os et les muscles peuvent leur servir d'habitat, aucun n'est envahi aussi souvent et d'une manière aussi intense que le

L'échinococcose hépatique est une affection redoutable de lapliipartde nos animaux domestiques, mais principalement du bœuf, du mouton, de la chèvre et An pave. On l'observe également chez V homme, le singe, le chameau, le dromadaire, \e chamois, le chevreuil, Vélan, V antilope, le cheval, le zèbre, le lapin, le chien, le chat, le dindon.

Cette invasion hépatique est assurément facilitée par la proximité de l'intestin, doù les larves, ingérées accidentellement, ont peu d'espace à parcourir pour atteindre le foie.

Étiologie. — Biologie duparasite. — L'étiologie de cette affection, c'est l'histoire du parasite lui-même.

Le ténia échinocoquc vit à l'état adulte dans la première partie de l'intestin grêle du chien où on en trouve un nombre considérable réunis dans un petit espace. Parvenu à maturité, le segment postérieur se détache et la destruction de sa paroi dans l'intestin ou dans les milieux ambiants met en liberté les œufs doués d'une grande résistance. L'embrjon, contenu dans l'œuf, doit rencontrer un hôte intermédiaire (herbivores ou omnivore), pour continuer son développement.

Cependant le Carnivore lui-même {chien, chat), peut abriter l'hydatide et lui faire acquérir un grand développement, mais les vésicules sont à l'état (ïaccphalocystc.

Si donc, les œufs ou le proglottis sont ingérés par des animaux vivant en compagnie du chien infesté d'échinocoques, la coque de ces (rufs est ramollie, dissoute ; la larve munie de ses crochets est libre : a' csiV embryon hexacanthc.

Cet embryon parvient dans le foie, soit en cliominant à

ECHmOCOCCOSE. 217

travers les tissus, soit en suivant les radicules de la veine porte, soit enfin par l'intermédiaire de la grande circulation.

Arrivés à leur siège définitif, ces parasites évoluent lentement sur place. « En elTet, au bout d'un mois, le jeune animal, renfermé dans un kyste conjonctif, sorte de sphérule creuse, dépourvue de crochets et remplie de liquide clair, n'a guère plus de 350 ;x de diamètre; c'est seulement à deux mois, alors qu'il a doublé de volume, que la cavité centrale est bien marquée; à cinq mois, l'hydatide a un diamètre moyen de 15 à 20 millimètres et commence à présenter, à son intérieur, des têtes de ténias » (Moniez) (fig. 75).

C'est l'hydatide, la vésicule mère, le kyste d'échinocoque.

Ces kystes, isolés ou réunis, forment, à la surface du foie, de petites saillies blanchâtres qui soulèvent la séreuse, et dont le volume s'accroît de plus en plus. Ce volume est très variable ; au maximum, il peut atteindre les dimensians de la tête d'un enfant.

Dans tous les cas, l'hydatide est une sorte de sphère creuse et tremblotante dont la paroi est formée de deux membranes ; l'externe ou membrane hydatique est épaisse de 2 dixièmes de millimètre, formée par une cuticule épaisse, réfringente et stratifiée en lames concentriques qui s'exfolient facilement et augmentent sans cesse d'épaisseur; l'interne, dite membrane germinale ou fertile est plus mince (12 centièmes de millimètre) : c'est elle qui forme la couche cuticulaire périphérique. La vésicule sphéroïdale. limitée par cette membrane, est remplie d'un liquide incolore, à réaction neutre ou légèrement acide.

Si l'évolution s'arrête, l'échinocoque est alors xinacéphalocyste. Mais, le plus généralement, quand la vésicule a atteint un volume suffisant, la face interne de sa membrane germinale bourgeonne et forme des vésicules secondaires dites prolig ères ; celles-ci, par un bourgeonnement Cadéac. — Pathologie interne. III. 13

de leur face interne, donnent, à leur tour, des scolex en nombre variable (5 à 20 et même plus). Ces scolex, plus ou moins avancés dans leur évolution, forment de petits corps arrondis qui mesurent, en moyenne, 0™'",19 sur Qmm /jg. ils gont rattachés à la membrane germinale par un pédicule, à l'opposé duquel, on observe une dépression montrant, dans le fond, une double couronne de crochets et, sur les côtés, les ventouses : c'est la tête invaginée. L'évolution se terminant, les vésicules éclatent et les scolex se répandent dans le liquide de la vésicule hydatique pour y vivre assez longtemps.

L'hydatide peut encore se multiplier par un autre procédé.

Dans la membrane cuticulaire de la vésicule primitive [vésicule-mère) se forment de petites vésicules qui augmentent peu à peu de volume et font saillie en dehors ou en dedans de cette membrane; appelées vésicules secondaires ou vésicules-filles, elles sont externes ou exogènes dans le premier cas [Echinococcus scolecip ariens, d'api'ès Kûchenmeister, et E. simplex ou E. granulosus, d'après Leuckart), internes ou endogènes dans le second (E. altricipariens de Kûchenmeister et E. hydalidosus de Leuckart).

Celles-ci sont en général plus volumineuses que les premières.

Elles-mêmes peuvent donner, par bourgeonnement, dans l'épaisseur de leur membrane, des vésicules petites-filles ou tertiaires. Les formations exogènes, surtout observées chez les ruminants et le porc, sont rares chez l'homme, sauf dans l'épiploon et dans les os. Souvent dans le foie du bœuf, plus rarement dans celui de la brebis et du porc, le kyste d'échinocoque revêt la forme multiloculaire ou alvéolaire que l'on peut confondre avec une tumeur.

La vésicule hydatique a une longévité variable; elle peut persister sept ans chez le cheval; mais, à la longue, ses parois s'épaississent et subissent la dégénérescence

Fig. 75. — Divers modes de multiplication de l'échinocoque. a, b, développement de la vésicule proligère à la surface et aux dépens de la membrane germinale ; c, d, e, développement des têtes de tœnia, d'après Leuckart : f, g, h. i, k, développement des tètes de tania, d'après Moniez ; l, vésicule proligère complètement développée et remplie de têtes de tœnia ; m, vésicule proligère dont la paroi s'est rompue ; on n'en retrouve plus qu'un fragment sur lequel s'attachent trois têtes, à différents degrés d'invagination ; n, tète mise en liberté par la rupture de la vésicule proligère, invaginée en elle-même et parcourue par des vaisseaux ; o, p, q, r, mode de formation des vésicules secondaires exogènes ; s, vésicule exogène ; à l'intérieur se voit une vésicule proligère fertile ; t, vésicule exogène ayant produit deux vésicules petites-filles : l'une exogène, l'autre endogène ; u, r, x, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après Kuhn et Davaine ; j/, r, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après Naunyn et Leuckart; y, aux dépens d'une tête de taenia; r, aux dépens dune vésicule proligère (R. Blanchard).

calcaire. La proportion des vésicules fertiles aux vésicules stériles varie dans le rapport suivant :

Chez le bœuf de 24 à 76

Chez le cochon de 80 à 20

Chez la brebis de 92,5 à 7,5

Chez le cheval de 38,9 à 61,1

Anatomie pathologique. — Le développement de l'hjdatide au sein des organes provoque une réaction des tissus qui se défendent conti'e elle; le conjonctif prolifère ot finit par constituer une enveloppe isolatrice périkystique. Elle est toujours riche en vaisseaux. Le kyste peut se rupturer et le liquide se répandre dans le péritoiue avec les scolex. Les scolex peuvent se greffer sur le péritoine et se multiplier. Cette écliinococcose secondaire a été bien étudiée chez le chien (Pécard) et chez les grands ruminants (Martin, Bertolini, etc.) (fig. 76).

Elle résulte de la rupture traumatique ou spontanée d'un kyste superficiel. Cette auto-infestation du péritoine, rare chez les ruminants, est fréquente chez l'homme et chez le chien; elle entraîne, en même temps, chez l'homme, la production d'une éruption prurigineuse analogue à l'urticaire. Ces troubles attribués à l'action irritante et toxique du liquide hydatique paraissent résulter de l'action des toxines microbiennes développées dans les kystes infectés. Les recherches récentes de Joest, de Ghérardini (1906) tendent en effet à établir que le liquide des échinocoques polymorphes, ou multiloculaires des animaux, ne contient aucun principe toxique et n'exerce aucune action pathogène. D'ailleurs, le sérum sanguin des animaux atteints d'échinococcose n'exerce aucune action précipitante sur le liquide hydatique et l'immunisation systématique des animaux d'expérience, avec le liquide des échinocoques, ne produit aucun sérum précipitant spécifique.

Au voisinage du kyste hydatique, les cellules hépatiques sont atrophiées par compression; mais le reste du foie

ÉCHINOCOCCOSE.

présente une hypertrophie compensatrice caractérisée par l'augmentation des cellules hépatiques qui contiennent quelquefois plusieurs noyaux. Le kyste hydatique peut suppurer, se rompre, le parasite peut mourir: la masse kystique éprouve, dans ce cas. la dégénérescence caséeuse

Fig. 76. — Èchinococcose secondaire du péritoine (d'après Bertolini).

et linfiltration calcaire. Celte transformation peut être complète au centre tandis que la périphérie contient encore des vésicules filles, jeunes ou disposées en échinocoque multiloculaire.

Ces caractères généraux, étant connus, il convient d'examiner la physionomie clinique de cette affection chez les diverses espèces animales.

Page 1