‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 77 sur 183 · HUGUES CAPET · texte numérisé non relu

HUGUES CAPET

i^ 3. Mort. Pas d'autres renseignements sur la maladie terminale que la symptomaiologie assez obscure relatée par le contemporain du roi, le médecin Hicher (éd. Waitz, p. 180 : « Hugo rex papLilis lolo corpore confectiis^ in oppido Hugonis Judeis extinctus est »).

Bien que ce témoignage du moine de Saint-Ivémi soit le seul que nous possédions sur la nature de ralïeclion finale d'Hugues, on peut lui accorder créance. Dans sa sévère et presque toujours exacte appréciation de l'autorité historique de Riclier, Wattenbacli [Deiitschlands Gescliichlsfiaellen 1, 414) est allé trop loin en ne distinguant pas dans la Chronique entre la partie antérieure au règne d'Hugues Capet et celle consacrée à l'histoire de ce prince. Richer était le disciple de Gerbert l'ami et le protégé d'Hugues ; il avait pu voir plus d'une fois ce dernier à Reims. La critique, comme l'a très bien montré Monod (Revue Hist. 1885, XXVHI, *253), ne peut se dispenser de tenir le plus grand compte des renseignements de Richer sur ces dernières années du x" siècle. (Sur l'autorité de Richer pour toute cette période cf. aussi les fines remarques de Lot, Derniers Carolingiens, p. xvii.)

Au point de vue clinique, le diagnostic symptomatique résultant du texte de Richer indique bien une maladie éruptive, mais la seméiologie est trop rudimentaire pour permettre au diagnostic ditïérentiel d'affirmer chez le roi la présence de la variole à l'encontre d'autres affections exanthématiques. Sur la distinction des variolae et delà rougeole ou morbilli depuis l'époque de Grégoire de Tours jusqu'à celle de Richer, cf. outre le Traité classique de Rhazès, l'Hippocrate arabe du ix'' siècle [Variole et rougeole, trad. Leclerc 186G, p. 7), l'excellente dissertation de ïlaeser [Lehrbuch der Geschichte der Medicin, 1876, HI, 18, 59) ainsi que les remarques de Hirsch (Handbuch der Hislorisch-geographischen Pathologie, 1881, 1, 89) — et de Hecker [Die grossen Volkskrankheilcn des Mittelallers, Berlin, 1865, p. 1-2-19).

A l'appui du diagnostic variole on peut toutefois citer ce passage que je relève dans un traité du ix" siècle, le Liber therapeuticus découvert par Daremberg au British Muséum [Notices et extraits des manuscrits médicaux des Bibliothèques

d'Angleterre, 1853, p. 96) : « Papulae quas... vocant volalicaSy alii variolas, eo quod de homine in homincm transeunt. »

Quant à raffirmation qui termine la phrase de Richer («... in oppido Iliigonis Judeis exiinctiis est ») la critique doit renoncer provisoirement à l'interpréter. Pertz et Waitz (/. c, p. 180, note 2) prétendent qu'il faut ici sous-entendre [medicis], attribuant ainsi la mort du roi aux manœuvres criminelles ou à l'inintelligence des médecins juifs d'Hugues Capet.

Mais dans tous les passages de sa Chronique où il parle de médecins royaux, Richer leur donne invariablement leur titre [medicLis L. Il, cap. 59; ■ — plii/sicus L. 111, cap. 109; L. IV, cap. 5). Pourquoi Thistorien eût-il omis de le faire pour les médecins d'Hugues? La conjecture de Pertz et de Waitz est donc jusqu'à présent sans fondement.

Section 3. — État psychique.

Les difficultés que nous avons rencontrées en étudiant l'état psychique des trois premiers Robertiens, sont les mêmes pour Hugues Capet. Giry (Préface à Lot, les Derniers Carolingiens) dit qu'à son avis « il faut renoncer à voir clair dans l'âme des personnages de cette époque et à discerner jamais les mobiles de leur conduite : les témoignages sont trop rares et trop pauvres ».

La pathologie mentale peut-elle modifier cette excellente conclusion, et dispose-t-elle ici de ressources inconnues à l'historien? Non, mais elle peut compléter l'affirmative de Giry et dire pourquoi le problème est insoluble. C'est que l'insuffisance documentaire n'est pas seulement quantitative comme semble le croire Giry, mais qualitative.

Les documents sont rares et d'ordre uniforme, c'est-à-dire diplomatique. Or la question de l'état mental d'Hugues Capet relève non seulement de l'historien, mais du psychologue; dès lors la nature des documents que nous possédons sur Hugues Capet, fussent-ils même moins rares, ne nous permet pas de résoudre le problème de sa formule psychique.

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