PATIN EAU
PATINEAi;.
Comment! que je me modère...
IIORTENSE.
Cette gaîté...
PATINEAU, oubliant M"* Rafflé.
De la gaîté ! mais c'est de la folie, du délire! Ah ça ! lu voudrais donc que je fusse un fourbe, un hypocrite, un ingrat? oui, un ingrat!.. Un homme qui vous laisse une pareille somme, ce ne peut être que pour vous faire plaisir, et... ça me fait plaisir... (U rit.) Telle est évidemment la volonté du testateur.
HOUTENSE.
Songez que votre bienfaiteur est mort.
PATINEAV.
Justement! s'il n'était pas mort, je ne serais pas son héritier... c'est encore évident ça... et, chose horrible à penser, jo le traiterais comme un étranger, comme le premier venu ! je ne le saluerais peut-être pas!..
M'"' nAFFLÉ.
Ah ça! on ne peut donc pas savoir?
noRTENSE, à Patineau.
Vous avez à sortir... je me charge de mettre Victorine au courant. PATINEAU, arrangeant sa cravate devant une glace.
C'est ça.
nORTENSE.
D'abord, tu l'as connu, ce bon M. Dubreuil.
M"' RAFFLÉ.
Qui? Ce petit vieux qui habitait une mansarde dans la maison de M"' Amélie?
nORTENSE.
Justement.
M°" RAFFLÉ.
Le plus affreux avare !
PATINEAU, à lui-inême.
Vieillard vertueux, tu avais bien raison d'être économe.
M""^ RAFFLÉ.
u n'avait pas seulement de quoi payer une garde-malade. Il resta une fois près d'un mois dans son lit, et je lui montais de ta part tantôt un bouillon , tantôt une petite soupe. C'était meublé! un vrai grabat!.. Seulement, je me rappelle qu'il avait là sur un vieux meuble vermoulu un joli petit coffret on ivoire... charmant... Ça m'étonna. ]\Toi, pour lobligor, j'offris de le lui acheter... Ah! le vieux grigou ! ne m'en dcmanda-t-il pas son pesant d'or!
noRTE^s^:.
Il contenait donc?..
M""' RAFFLI-;.
Une mèche de ses cheveux !
PATINEAr.
Si c'était la seule qui lui restât.
M""' RAFFLL.
Des cheveux blonds... du temps de sa jeunesse... Il paraît qu'autrefois... Lit il était riche?..
PATINEAU, survenant entre elles.
Un million ! rien que ça.
M"' RAFFLÉ.
Excusez ! Mais c'est qu'il n'était pas trop vieux encore,,, il (Jtajt vert.
Il était jaune... je me le rappelle maintenant, et cependant je ne l'ai vu qu'une fois, dans le temps où j'allais faire ma cour à Hortense. Je le trouvai chez elle... en tète-à-tête.
HORTENSE
C'est bien, mon ami, vous êtes pressé.
Très pressé!.. (Continuant.) Depuis mon mariage, je n'avais plus entendu parler de lui... lorsqu'hier je reçus la lettre d'un notaire, et il n'est pas décoré! le notaire... qui m'annonçait que M. Dubreuil , décédé la veille,' m'avait couché... avait couché ma femme... sur son testament, pour la somme... susdite... 0 douleur et joie!.. (A sa femme.) 0 douleur! (A part.) Et joie!..
M™* RAFFLÉ.
C'est à n'y pas croire !
Je me transporte de suite chez le tabellion (vieux style), Coquenard street (style anglais). Mon cœur battait... J'allais me trouver avec les héritiers naturels... et ils pouvaient avoir quelques droits de m'en vouloir... à moi qui les frustrais... Eh bien! non... On a bien raison de dire que la douleur... (A sa femme.) la douleur! rapproche tous les cœurs. Ce furent eux qui, les premiers, vinrent .1 moi. Ils me tendirent la main silencieusement. Ce fut une belle scène... d'un caractère dramatique et solennel. J'étais vivement impressionné, l'émotion les gagna... mes yeux se mouillèrent... Je ne sais pourquoi je pleurais... (En regardant sa femme.) nous pleurions tous... nous ne pûmes parler... mais nous nous étions parfaitement compris... tous les neuf!
M""^ RAFFLÉ.
Quoi!
Ils étaient huit qui m'avaient serré la main...~ et moi, neuf... juste!
HORTENSE
Mais, mou ami, tu as à sortir.
Oui.
M"''' RAFFLÉ
Tiens, v'ià mon homme.