‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 32 sur 37 · MŒURS ET USAGES · texte numérisé non relu

MŒURS ET USAGES

Par M. BUGfiNB VAN BBMMBL,

Ce dernier chapitre de la Patria Belgica ne devait être, dans la pensée qui a présidé au plan de Touvrage, qu'une sorte de complètement. Nos collaborateurs ont rendu cette tâche presque surabondante. Les coutumes populaires, les jeux, les fêtes publiques* comme les principaux traits de la vie intime, ont trouvé leur place au milieu d autres sujets. M. Vanderkindere, dans son Ethnologie, a parlé de la physionomie et du caractère des Wallons et des Flamands ; les mœurs des populations préhistoriques ont été décrites par M. Dupont; M. Le Roy, dans son Histoire des religions^ s*est occupé de quelques superstitions anciennes, et M. de Bonne, dans son Droit canon, des usages religieux; M. Nypels, dans son Droit pénal, a rapporté bien des faits curieux, particulièrement sur la sorcellerie. D'autre part, M. Faider, dans ses Institutions politiques, a montré rinviolable attachement des Belges à leurs libertés et à leurs franchises; M. Vandenpeereboom, tout en insistant sur ce même point, a signalé la propension vers les associations de tout genre, qui a tait du droit de réunion Tune des bases de notre état politique. M. Goblet d*AlvielIa a eu Toccasion de constater le peu d*ardeur des Belges pour les voyages, les découvertes et les émigrations, mais l'expatriation provoquée par Thorreur de la tyrannie n*en est que plus

i^einarquable, comme on le voit surtout dans Tétude de M. Ernest Rousseau sur les Sciences physiques, mathématiques et naturelles. La résjstance à Tarbitraire s accuse parfaitement dans les travaux de M. Ruelens sur l'Imprimerie et to livres, de M. Potvin sur YHistoire (le la littérature française, et de M. Stecher sur YHistoire de la littérature flamande, tandis que Tesprit local et lamour des traditions se révèlent avec force dans la Littérature flamande contemporaine, de M. Stecher, dans les Patois de M. Le Roy, dans Y Art héraldique de M. Gens. La vie des populations rurales a été dépeinte par M. de Laveleye, dans son Économie rurale, et par MM. Leyder et Houzeau de Lehaye, Tun à propos de YÉlève des bestiaux, Tautre à propos de la Culture maraîchère; la vie urbaine se retrouve dans les détails sur Fart en général, spécialement dans les études de MM. Romberg, Dognée et Pinchart sur Y Art industriel, et dans celle de M. Hymans sur les Costumes. M. Fétis a fait remarquer, dans son Histoire du théâtre, combien le goût pour les spectacles, dans les fêtes publiques, les processions, les cavalcades, a toujours été vif en Flandre et dans la Belgique moyenne. Enfin, le sentiment des beaux-arts, qui a été la source d'une de nos gloires, peut être apprécié par les travaux de M. Leclercq sur la Peinture, de M. Dodd sur la Sculpture, de M. Buis sur Y Architecture , de M. Hymans sur la Gravure et de M. Picqué sur la Numismatique.

Si Ion entreprend de juger ces divers faits dans leur ensemble, ce qui frappe tout d'abord, c'est la pei'sistance du caractère primitif et la permanence des usages. Dès que nos populations apparaissent dans l'histoire, elles se font reconnaître à certains traits distinctifs, quelles conserveront d'une manière indélébile. César parle de fédérations de tribus et d'assemblées nationales; Tacite fait même allusion à des ce banquets politiques ». Les communes du moyen âge ont perdu leur autonomie et les corporations ont été supprimées, mais lesprit communal et l'esprit d'association sont aussi vivaces que jamais.

11 y a plus. Une foule de pratiques plus ou moins religieuses, antérieures même à la conquête romaine, se sont perpétuées malgré les efforts du christianisme, qui a dû se résoudre à les tolérer et parfois à les adopter en y substituant d'autres intentions. Nous avons à cet égard un document des plus curieux : c'est YIndiculus superstitionum et paganiarum, l'index des superstitions condamnées par le synode de Leptines (les Estinnes, près de Binche), en 743.

Ainsi, les repas de funérailles, qui se sont conservés jusqu'au-

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jourd'hui dans les Flandres, étaient, chez les premiers Belges, un festin fait sur la tombe même du défunt. Le carnaval tire probablement son origine des déguisements par lesquels on célébrait le mois de février. Les statuettes de saints que Ton rencontre si fréquemment dans nos campagnes, suspendues à quelque arbre isolé ou remarquable par ses dimensions, faisaient prendre le change aux anciens adorateurs des arbres. L'usage de donner des pains d'épice aux enfants le jour du nouvel an provient de ce que Ion offrait, en guise d*étrennes, des simulacres de divinités païennes composés de £arine pétrie avec du miel. Les Rogations sont une transformation chrétienne des processions dans lesquelles on promenait des idoles pour avoir de belles moissons. Enfin, les ex-voto rappellent exactement certaines représentations grossières de pieds, de mains, de têtes, que Ton exposait dans des lieux consacrés, soit pour obtenir la guérison du membre malade, soit en actions de grâce.

Dans la vie de famille, quelques fêtes traditionnelles remontent également à une haute antiquité, et il est difficile de préciser la véritable signification de plusieurs d entre elles. La Saint-Nicolas, les Innocents, la Saint-Thomas, les chansons de Noël, les Rois, la Mi-Carême, les œufs de Pâques ne sont plus guère, d'ailleurs, que les fêtes de Tenfance, et subsistent à l'état de curiosités, comme certains costumes conservés dans les campagnes ou les spécimens d'architecture des premiers temps du moyen âge. . La vie publique, la vie « communale » a surtout gardé son caractère dans les kermesses flamandes et les ducasses du pays wallon. « La Belgique, dit M. de Reinsberg-Dûringsfeld, est pour ainsi dire le pays des festivités. Nulle part, les nombreuses solennités religieuses et mondaines des âges passés ne se sont mieux conservées. » C'est particulièrement à l'occasion des fêtes patronales que s'organisent les pèlerinages, dont plusieurs sont célèbres, comme ceux de Montaigu, près de Diest, de Dieghem et d'Anderlecht, près de Bruxelles, de Chèvremont, près de Liège ; d'autres fois, ce sont des processions symboliques rappelant les mystères du moyen âge, comme à Courtrai et à Furnes, ou des marches, cortèges moitié religieux, moitié militaires, comme à Walcourt, à Chûtelet et à Gerpinnes. De Heigne à Thiméon, près de Gosselies, se fait une procession dansante, un peu dans le genre de celle d'Echternach. Enfin les grandes « cavalcades », avec chars allégoriques, défilés de corporations, géants, animaux fabuleux, etc., devenues des solennités presque nationales à Mons, à Ath, à Tournai, à Malines, à

m^ BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.

Anvers, h Gand, sont les spectacles ambulants des anciennes chambres de rhétorique.

Cet attachement des Belges à leurs usages, à leurs coutumes, explique la persistance du caractère national sous les diverses dominations qui se sont succédé depuis trois siècles. L*esprit local et la tradition ont triomphé de toutes les influences hostiles, de toutes les persécutions. Parfois la résistance à l'arbitraire a pu être confondue avec l'opposition au progrès, mais c'était au progrès imposé, et Ton conçoit qu'un peuple soumis depuis si longtemps à toutes les oppressions se soit montré méfiant à l'égard des dons du despotisme. Ce peuple ne demandait qu'à pouvoir se développer librement, par lui-même, et il l'a suffisamment prouvé depuis 1830.

BiBUOGRAPmE. — A.-G.-B. Schayes, Essai historique sur Us usages, les croffamxs, la traditions, les cérémonies et pratiques religieuses et civiles des Belges anciens et modernes, in-ii, Louvain, 1834; Moke, Mœurs, usages, fêtes et solennités des Belges, 3 ?ol. in-18 (Bibliothèque nationale); le baron de Reinsberg-DQringsfeld, Calendrier belge, fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et pratiques populaires des Belges anciens et modernes, 3 ?oI. in-^, Bruxelles, i86i ; Des Roches, Mémoire sur la religion des peuples de l'ancienne Belgique (Mémoires de rAcadémie de Bruxelles, t. I ) ; Huyttens, Êlmdes sur les mœurs, superstitions, etc., de nos ancêtres (Messager des sciences historiques, 4S60, pages 400, ii3, 3QS et 413). VIndiculus superstitionum et paganiarum a été analysé dans VHiUoire des Carolngieiu, de Wamkœnig et Gérard, 1. 1, p. i32.

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