ACTE DEUXIÈME
DOLORÉS, le regardant en face.
Karloo, n'avais-tu pas gardé le même espoir?
KARLOO.
Dieu m'écrase si j'ai rêvé cette infamie !
DOLORÈS
Moi, j'accuse le ciel qui le fit mon époux!
KARLOO.
Ah ! vous blasphémez ! Taisez-vous
DOLORÈS
Non! je ne serai plus victime Non ! meure à jamais le passé !
Que je puisse t'aimer sans crime, Fière de l'aveu prononcé!
Viens ! je brise toute chaîne, Et je brave toute loi, Viens où le destin nous mène, Viens, je ne suis plus qu'à toi !
KARLOO.
Cet amour fatal m'épouvante, Et je maudis ma trahison !
Hélas ! sa parole brûlante Trouble mes sens et ma raison.
Toujours je veux briser ma chaîne.
Projets vainement résolus !
Elle me prend, elle m'entraîne; Mon âme ne m'appartient plus.
36 PATIUE!
DOLORÈS
Ah! tu vois bien qu'il faut qu'on en finisse !
Gomme moi, las de ce supplice, Las des soupçons du jour, des périls de la nuit, Ton cœur appelle en vain ce repos qui nous fuit.
KARLOO.
Tu dis vrai. Je suis las de honte et de mensonge
Et, misérable, quand je songe A l'amitié trahie, aux serments oubliés. Je maudis cet amour dont nous sommes liés!
Un remords affreux me dévore.
Hélas ! je l'aime, je l'honore
Celui que j'outrage aujourd'hui !
Je voudrais me jeter à genoux devant lui :
Ma lâcheté me désespère ;
Ma bouche ment, mon regard ment.
Contre cet infernal tourment
Chaque jour grandit ma colère!
C'est trop ! oui, c'est trop d'impudeur
Et je veux arracher cet amour de mon cœur !...
DOLORÈS, doucement, avec séduction.
Enfant, laisse en ton sein la flamme qui l'embrase. Et ne la maudis pas Cette divine extase Qui te ravissait dans mes bras !
Cependant, si ta faiblesse Ne peut porter cette ivresse.
J'aurai pitié de loi... Nous nous dirons adieu.