ACTE CINQUIÈME
DOLORÈSj écrasée sous le geste terrible de Karloo, avec égarements
Hélas !
Il avait tout appris !... une force fatale M'a poussée... Il allait te frapper... Comprends-tu?... Ah! j'ai tout oublié, devoir, honneur, vertu!
Oui, ma tendresse profonde
M'égarait et sans retour!...
J'allais, n'ayant plus au monde
D'autre foi que ton amour!...
Pitié!... Pardon!... J'étais folle... je le le jure!
KARLOO.
Ah! cet amour cruel Qui m'a fait faussaire et parjure!
Cet amour infernal, assassin et mortel, Je le maudis etje l'abhorre.
(Il porte la main à son poignard,) D 0 L 0 R E S, avec un cri d'épouvante.
Tu vas me tuer!...
KARLOO, résolu et sombre
Pas encore!
(Les chants religieux se rapprochent. A ces chants se môle celui de THymnc à la Patrie que chantent les condamne's).
Écoutez! — C'est le chant des martyrs ! Écoutez ! Sont-elles toutes là, vos victimes? Comptez!
LES CONDAMNÉS, au dehors, très hautement.
Nous succombons, ô Patrie!
Mais ton droit demeure fort ; Que ta liberté meurtrie Renaisse de notre mort!
Fais surgir de notre cendre
Tout un peuple de héros. •
Venge-nous, sans plus attendre,
Des traîtres et des bourreaux.
KARLOO.
C'est la voix de la Patrie !
J'ai déjà trop hésité, Que la tâche soit remplie Et le crime racheté.
(Gommo inspire; avec eux.)
Fais surgir de notre cendre Tout un peuple de héros!
Frappe-les, sans plus attendre.
Nos traîtres et nos bourreaux!
(Il saisit violemment Dolorès.)
Frappe-les, sans plus attendre !
DOLORÈS, épouvantée.
Ah!... mon Dieu!... Le pardon!...
KARLOO.
Je suis le châtiment!
(U la frappe. — Elle tombe).
(Gourant à la fenêtre toute iMuge des lueurs du bûcher.)
Place entre vous, martyrs; j'ai tenu mon serment!
(Il saute par la fenêtre dans la place.)