‹ patrie!Chapitre 17 sur 116 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

quitté son logis samedi matin à midi et qu’il n’est revenu qu'aujourd'hui mardi, après vêpres.…

Rysoor. Cet homme est un palefrenier chassé de chez moi pour vol! Pour faire son hideux métier, il reçoit de la capitainerie six sous par jour; et, si je veux lui faire jurer sur l'Évangile que je n’ai point quitté ma maison, il me suffira de lui en donner douze.

(Rires des soldats, qui accompagnent de leurs huées la sortie de l’espion.)

NorrcaARMESs. Silence! (L’espion disparaît.) Voici un autre témoignage! L’huissier du tribunal s’est présenté chez vous, hier lundi, dans l’après-midi: vous n’y étiez pas.

Rysoor. Je ne pouvais pas pressentir sa venue!

VARGASs. Soit. Mais votre femme, interrogée, a répondu, avec un embarras visible, que vous étiez sorti!

Rysoor. Et j'étais absent, en effet!

VarGAs. Soit. Mais il faudrait prouver que vous étiez rentré à l’heure du couvre-feu!

Rysoor. Que Vos $Seigneuries me mettent à même de le constater par un témoignage!

NorrRcARMESs. Facilement!. Comme bourgeois des plus riches, vous logez un officier espagnol!

Rysoor. Oui, le capitaine Rincon et trois soldats.

NorRcARMES (à Miguel). Faites venir le capitaine Rincon tout de suite. (Des soldats sortent en courant.) Votre Grâce peut s'asseoir: si le rapport du capitaine ne prouve pas jusqu’à l’évidence que vous étiez chez vous cette nuit même... votre absence est démontrée, et la question vous fera bien confesser le surplus!

(Pendant ce qui suit il signe des papiers, ainsi que Vargas et Delrio.)

Rysoor. Qu'il soit fait à la volonté de Dieu!

(Il revient à sa place.)

La TrÉMoïLLE (à mi-voix). Allons! c’est fini! bon espoir!

Rysoor (bas et rapidement). Monsieur le Marquis, je suis un homme mort!

LA TrémoïLze. Miséricorde! c’est vrai? vous avez quitté la ville?

Rysoor. Pendant quatre jours! Ce capitaine va certifier mon absence. et je n’ai pas un quart d’heure à vivre!

LA Trémoïzze. Ah! monsieur le Comte!

Rysoor. Monsieur, les minutes sont comptées, et je n'ai que vous à qui demander un cruel service!

LA TréMoïzze. Ah! de tout mon cœur!

Rysoor. Si vous sortez de cet enfer, comme j’en ai le ferme espoir... allez à la place du Grand-Marché, où est mon logis; voyez la comtesse de Rysoor.. et apprenezlui ce qu’ils auront fait de moi!

La TréMoïLLE. Sur mon honneur, Monsieur, je le ferai!

Rysoor. Doucement, n'est-ce pas. vous me comprenez? et avec mille ménagements.. Si ridicule, Monsieur, que cela semble avec des cheveux déjà blanchis par l’âge, j’aime ma femme d’un amour de vingt ans! Et, si je montre ici quelque faiblesse, ce n’est pas le soldat qui tremble: c’est le mari qui s’émeut de la séparation prochaine, et qui ne se croit pas un lâche, pour donner une larme à son bonheur perdu!..

La Trémoïzze. Comptez sur moi, Monsieur! Mais sans doute cette sortie de la ville avait un but... elle cachait un projet!.….

Rysoor. Oui!

La Trémoïzze. Eh bien, traitez-moi tout à fait eu ami! je vous en conjure, et, si mon aide...

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