ACTE DEUXIÈME
DoLorès. Sans en avoir l’air!
KarLoo. .… Je ne puis pas!
DoLorÈès. Oh! ces hommes!—Je vais le faire, moi! (Haut et avec affectation.) Ce feu ne flambe donc pas, Karloo?—On est glacé, ici!
KARLoo (à la cheminée). Oui, Madame, en effet!
DocorÈs (tranquillement). C’est la porte ouverte! (Appelant.) Gudule!.… Gudule!…
Gupuze. Madame.
DoLorès. Fermez donc la porte!
Gupuze. Oui, Madame.
(Elle disparaît en fermant la porte.)
Dozorès. (C’est fait. Et, maintenant, la vérité, Karloo! C’est que je ne veux plus de cette vie-là! Et si vous en étiez aussi las que moi!
(Elle s’assied sur la chaise à droite de la table.)
KarLoo. Si j'en suis las! Ah! bonté divine! je puis parler enfin! Ah! vous croyez que ce n’est pas une torture égale à la vôtre que ce mensonge de tous les instants auquel je me condamne? que ces yeux qui mentent, cette bouche qui ment, cette main qui ment? Mais cela est indigne! mais cela est infâme!.…. Et si c’est là ce que vous voulez me faire dire! Eh bien, oui, j'en suis las! horriblement las! effroyablement las!
(Il gagne la gauche derrière Dolorès.)
Dozorès (inquiète). Tant que cela?
KARrLoo. Oui, oui! tant que cela!
Docorès. Et pourquoi? Après tout, qu'est-ce que vous souffrez, vous? Pour votre amour, je me torture dans ce monde et je me damne dans l’autre! Mais | qu'est-ce que vous me sacrifiez, vous, en échange? KarLoo (descendant à gauche de la table). Ce que je
vous sacrifie?.... Ce que j'ai de meilleur et de plus sacré! … mon honneur et ma loyauté! la paix de ma conscience. la fierté de moi-même! cette joie. cette joie sans égale! de se dire: (Je suis un honnête homme et je fais mon devoir!» Ah! vous vous damnez pour l’autre vie! Eh bien, moi, je suis damné dans celle-ci!
. car je la porte avec moi, ma damnation!... car J'ai là mon enfer! qui me suit partout! le mépris que j'ai conçu pour moi...
(IT remonte.)
Dozoràs (le regardant avec inquiétude). Karloo!
KARLoO (redescendant vers elle, au-dessus de la table). Mais voyons! pensez-y donc! Mais il est odieux, le rôle que je joue dans cette maison! Cet homme qui m'appelle son ami, qui m’ouvre ses bras, son cœur!.… cet homme généreux, dévoué! je le trompe indignement.… Et l’amitié qu’il me tend est le poignard dont je l’égorge.…. Et ce n’est pas tout! Il faut qu'il ait toutes les vertus, cet homme! et que je les admire! Oui! cela est horrible à dire, et ressemble à de la folie! J’étranglerais, par amitié pour lui, celui qui le tromperait, comme je le trompe! Et je suis votre amant! et je n’ai pas le courage de ne plus l'être! Ah! si je le détestais comme vous... par Dieu! ce serait bientôt fait de mes remords! Vous êtes bien heureuse, vous, de le haïr!.…. Moi, je l'aime oui, je l’aime!… Et voilà ce qui est plus infâme que tout le reste! je l’aime et je lui mens! et je le trompel... et je le vole!
Doors (effrayée). Ah! tu ne m'aimes plus?
KARLOO (avec un geste de désespoir). Ah!
DoLorÈs (vivement). Non! tu n'avais pas de ces scrupules autrefois!
KARLOO. Ah! dites done des remords! Et vous m'avez reproché tout à l’heure de n’en pas avoir!