‹ patrie!Chapitre 5 sur 116 · ACTE PREMIER t · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER t

LA TRÉMOÏLLE (le toisant). Pardon, vous êtes?

MiGuez. Lieutenant...

La TRÉMoïLLE. Et moi, je suis le marquis de la Trémoiïlle, fidèle sujet et ami de Sa Majesté Charles, roi de France; et, tout prisonnier que je suis, je ne permets pas à un manant de porter la main sur moi! Ceci dit pour votre gouverne... Où s’assied-on, chez vous? :

MiGuEL (qui s’est découvert ainsi que Navarra et l’en- seigne au nom de la Trémoïille, très poliment). Monsieur le Marquis... c’est différent! Voici des sièges contre ce pilier.

La TRéMmoïLLe. Sont-ils propres, au moins, ces sièges? … (Ii se dirige vers la droite et voit Rysoor prêt à s'asseoir sur un des deux escabeaux.) Ah! Monsieur, pardon!

Rysoor (saluant). Monsieur, après vous!

La TRéMoïLLE (de même). Monsieur, je n’en ferai rien!

(Les officiers vont se chauffer à gauche.)

Rysoor. Vous êtes Français, Monsieur, et moi, je suis habitant de cette ville, par conséquent chez moi!

LA TréMoïzze. Ah! Monsieur, je ne demande pas si vous êtes gentilhomme!

Rysoonr (saluant). Le comte de Rysoor, Monsieurl!.…. tout à votre service.

La TrÉMoïLLE (de même). Et le marquis de la Trémoïlle, Monsieur! tout au vôtre. (Ils se couvrent.) Puisque Votre Seigneurie est de cette ville, elle serait bien gracieuse de me dire où nous sommes?

Rysoor. Monsieur le Marquis, nous sommes dans le bâtiment de l’ancienne Boucherie, converti par les Espagnols en campement, comme vous voyez...

La TréMoïLzze (regardant au fond). Quel campement!

Po)

Rysoor. Et quels soldats! l'écume des nations! Napolitains, Suisses, Portugais! tous aventuriers, bandits, gens de sac et de corde, accourus, avec leurs filles de joie et leurs bâtards, sous ce drapeau qui leur assure l'impunité du erime! Et c’est cela qui nous opprime, nous vilipende et nous tue: cette engeance armée, qui s'appelle les troupes espagnoles!

La Trémoïzze. Alors, Monsieur, c’est ici qu’on parque les personnes arrêtées, comme vous et moi?

Rysoor. Et qu’on les exécute au besoin...

La TRÉMoïLLE. Toujours la boucherie?

Rysoor. Toujours!

La Trémoïzze. Très bien! Je vous demande pardon, monsieur le Comte, mais j'arrive, et c’est la première fois que je viens à Bruxelles.

Rysoor. Vilain début, monsieur le Marquis!

La Trémoïzze, Surtout pour un voyage d'agrément.

Rysoor. D'agrément?

La Trémoïzze, Voici le fait! Je ne vous ennuie pas, au moins?

Rysoor. Au contraire! Nous ne saurions mieux faire que de causer, en attendant que M. le Grand Prévôt vienne décider de notre sort.

LA TrémoïLzze (prêt à s'asseoir). Jasons done! Mais, pardon, il faut que je vous dise que je suis calviniste,

Rysoor. J'en suis ravi, Monsieur.

La Trémoïzze. Vous seriez aussi de la religion?.…

Rysoor. Et je m'en fais gloire!

LA Trémoïzze (lui tendant la main). Parbleu! monsieur le Comte, permettez-moi de vous serrer la main de tout mon cœur!

Rysoor (de même). Monsieur!

(Détonations lointaines.)

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