‹ patrie!Chapitre 52 sur 116 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

n’est humiliant pour un soldat, comme d’être désarmé.

ALBE. Petite folle. Un soldat de la milice qui ne sait pas seulement s’en servir!

RAFAËLE. Oh! que si!

ALBE. Qu'en sais-tu?

RArAËLE. C’est que je l’ai vu à l’œuvre.

ALBE. Où donc?

RAFAËLE. Ce jour où je suis allée au couvent de Groenendaal, vous savez, mon père, où l’on m’a insultée, en me jetant des pierres?

ALBE. Oui, les bandits!

RarAËLE. Celui qui m’a si bien défendue...

ALBE. C’est lui?

RAFrAËLE. (C’est lui!

ALBE. Ah! vive-Dieu! que ne le disais-tu!… à la bonne heure! (Haut, très gracieusement.) Capitaine, approchez, je vous prie. (Karloo redescend.) Voici une dame qui, à ce que j'apprends, vous a quelque obligation.

KarLoo. Monsieur le Duc, je n’ai fait que mon devoir, qui est de protéger toute femme insultée.

RarAëLe. Et moi, seigneur Karloo, je fais mon devoir

de femme, qui est de m’en souvenir.

ALBE. Karloo!.. mais je connais ce nom-là... Capitaine, n’étiez-vous pas à Gravelines?

KarLoo. Oui, monsieur le Duc, et à Saint-Quentin, porte-étendard de M. le comte d’Egmont.

AzBE. Ah!..enfinsoit!. On ne prive pas un homme, seigneur Karloo, d’une épée dont il fait si bon usage! Vous pouvez la reprendre.

RAFAËLE (serrant la main de son père, joyeusement). Bien, cela!

KarLoo. Pardon, monsieur le Duc, la reprendre... à quel titre?

ALBE. À titre de lieutenant de mes gardes, dont Noircarmes vous expédiera demain le brevet.

RAFAËLE (joyeusement). Ah! bien, bien!

ALBE (à sa fille). Tu es contente?

RArAËLE (de même). Oh! oui.

KarLoo. Monsieur le Duc, je ne puis pas reprendre mon épée.

ALBE (surpris). Plaît-il, Monsieur?.…

KarLoo. Je suis Flamand; et, comme tel, je ne puis servir dans l’armée du Roi!

ALBE. Vous y avez bien servi sous les ordres de M. d’Egmont?

KarLoo. Contre les Français, Monseigneur; mais contre les miens, jamais!

ALBE. Par Dieu! voici de l’audace!.….

RAFrAËLE (l’apaisant et le contenant pendant tout ce qui suit). Mon père!

KARLOO (prenant son épée sur la table). Votre Excellence n’a pas bien regardé mon épée! C’est une arme rustique et simple! Pour veiller sur la ville endormie... pour défendre la patrie menacée... pour protéger les vieillards, les enfants et les femmes... elle s’élance elle-même du fourreau et fait joyeusement au soleil sa loyale besogne!.. Mais, s’il fallait rivaliser avec le glaive du bourreau, et, dans les villes en feu, donner le signal du massacre et du pillage... je la connais, monsieur le Duc; elle me percerait plutôt le cœur! Nous sommes trop bons Flamands, elle et moi! Nous n’entendons rien aux habitudes espagnoles!

(IT repose son épée sur la table. Mouvement de tous.)

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