ACTE TROISIÈME
sonnent l’heure. Je cherche. je tourne... car enfin je veux savoir, je veux voir! Il y va de plus que ma vie! Je trouve, au milieu des décombres, un ruisseau profond qui verse aux fossés l’eau des pluies d'orage. Je tâte du pied... c’est glacé... j'y descends.. C’est une voûte. je m'y hasarde.. et je vais droit où j’aperçois une lumière bleuâtre, et d’où me vient un bruit confus... J'arrive, c’est une grille! mais enfin, je respire! enfin, je vois! enfin j'entends!
ALBE. Et quoi donc?
DozorÈs. Dans le fossé que je domine, une dizaine d’hommes sont réunis à l’abri de la contrescarpe. Le son de leurs voix m'arrive par bouffées. quand elles s'élèvent... car des sentinelles du rempart, ou des gardiens de la poterne, nul souci! Gardiens et sentinelles sont leurs complices. (Mouvement du Duc.) Ouilouil.. cela se passe comme ça, sur vos remparts!—J’écoutel!.…. et, dès les premiers mots, je devine. Ce ne sont pas des hérétiques qui prient Dieu à leur façon... ce sont des rebelles qui délibèrent!.. ce n’est plus un prêche.. c’est un complot! L’homme qu’ils entourent, chapeau bas, et qui commande, ce n’est pas un pasteur évan-
gélique… c’est leur chef! le Libérateur, comme ils
l’appellent!.. le plus implacable de vos ennemis! c’est le prince d'Orange!
ALBE (bondissant, debout). Le Prince? Allons done, Madame, impossible!
Dozorès. Impossible! je l’ai vu comme je vous vois!
ALBE. Chimères!—A mes dernières nouvelles, il était à cinquante lieues, aux portes de Strasbourg!
Docorès. Oui! Eh bien, à mes dernières nouvelles à moi, il est à cinquante pas, aux portes de Bruxelles!...
ALBE. Juste Dieu! Sic’est vrai! Je ne puis plus vous écouter seul! (JL va à la porte de gauche qu’il ouvre. Appelant.) Vargas! Noircarmes!... tant pis pour vous, Madame, j'appelle!
DoLorès (descendant). Eh! appelez! peu m'importe, à présent! C’est fait!