ACTE TROISIÈME
Rysoor. Cette blessure, d’où te vient-elle?..
KarLoo (balbutiant). D'une arme prise maladroitement.
Rysoor. A un soldat espagnol, n’est-ce pas?…
KARLOOo. Pourquoi?
Rysoor. La nuit? chez moi?
KARLOO (épouvanté). Ah!
Rysoon (éclatant). Ah! misérable! c’est toi!
KaRrLoo. Rysoor!….
Rysoor (levant l’épée). Ah! voleur d'amour! Assassin de mon honneur! je te tuerai!
KARLOO (désespéré et tombant à genoux). Ah! tue-moi donc! La mort, de ta main, me semblera plus douce que tous les tourments que j’endure! Tue-moi!... tu as raison! tue-moi! -
Rysoor. Infâme, qui crois m’attendrir…
KARLoo. Ah! par pitié, la mort; Rysoor! mais vite! Tout ce que tu me dis entre plus douloureusement dans mon cœur que le fer de ton épée! Oui, je suis un misérable, un lâche! Oui, je t’ai trompé... oui, c’est une infamie. je le sais, et je pleure du sang! La mort! Rysoor, la mort; je te la demande à genoux! la mort!
Rysoor (laissant retomber son épée et le regardant à |
ses pieds avec désespoir et larmes). Ah! malheureux que j'aimais tant! et pour cette femme! car ce n’était
pas assez d'elle! il faut encore que ce soit toi. toil
Karloo!. toi, à qui j'ai ouvert tout mon cœur! toi, que j'ai aimé comme un fils! Mais quel poison est-ce donc que l’amour de cette femme, pour faire d’une âme loyale et généreuse comme la tienne, un repaire de trahison et d’ingratitude?.… Je n’avais que trois croyances: la Patrie, elle et toi! Tu vois maintenant ce qu’il
men reste, et par ta faute! Et dis-moi pourtant, dismoi quel mal je t’ai fait, pour qu’une telle douleur me vienne de toi...
Karzoo. Mais c’est horrible, ce que tu fais là! Finis donc! sans me torturer ainsi de tes reproches!
Rysoor. Et quand je t’aurai tué! misérable! ta mort me rendra-t-elle ma paix détruite et mon bonheur perdu? et fermera-t-elle la blessure par où s'écoule toute ma vie?….
KaArLoo. Ah! mon Dieu! encore!
Rysoor. Ta mort! Et à quoi sera-t-elle bonne, ta mort? à servir ma vengeance! Mais la cause sacrée que nous défendons tous deux, la servira-t-elle?..
KarLoo. Tu veux?
Rysoor. Est-ce ton cadavre qui mènera ces hommes au combat?
KarLoo. Ah! je n’en suis plus digne!
Rysoor. Eh! digne ou non! est-ce que ton sang m'appartient. Quand cette ville tout entière n’en a pas assez dans les veines pour le combat de cette nuit! que je l’appauvrisse, moi, d’un seul bras pour la défendre.. et d’un bras comme le tien! ah! grand Dieu! non! je serais aussi coupable envers elle que tu l’es envers moi... et je n’ai pas plus le droit de lui voler ton courage, que tu n’avais le droit de me voler mon bonheur!
KARLoo. Alors, tu ne veux pas?
Rysoor. Relève-toi, et prends cette épée!
KarLoo. Moi?
Rysoor. Prends cette épée, te dis-je! et marche au combat! cours où ton devoir t’appelle, où le mien t'envoie! Et si tu dois mourir... ne meurs pas en criminel. meurs en martyr. meurs en soldat! Du moins, ta mort sera bonne à quelque chose!