OFFICIERS TROUPES
j Européens
Indigènes
Européens
Indigènes
M. Paul Bert préféra le bataillon mixte à la compagnie mixte telle qu’elle avait fonctionné en Tunisie. Voici les raisons qu’il en donnait.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
.... « Ce mélange, admissible, lorsqu’il s’agit de Français et d’Arabes ayant conscience de leur dignité personnelle, ne le serait absolument pas en Annam et au Tonkin : il aurait pour conséquence certaine et rapide de faire des Annamites les « boys » des Européens.
» En outre, l’expérience a démontré d’une façon péremptoire que, pour retenir le tirailleur annamite à la caserne et le préserver de la nostalgie qui ne tarde pas à l’envahir sitôt qu’il a abandonné son village, il est nécessaire de lui donner l’autorisation d’avoir sa famille à côté de lui. C’est par la famille qu’en Annam on tient le fonctionnaire petit ou grand, civil ou militaire. Nous serons obligés de faire, comme en Cochincliine, des camps de troupes indigènes disposés pour recevoir les familles des soldats ; et il est inadmissible de supposer que des soldats européens puissent être logés dans des camps de cette nature.
» Ni les Anglais du reste, ni les Hollandais, qui pouvaient nous servir, sinon de modèle à copier exactement, au moins de guides en cette matière, n’ont admis cette vie, en contact intime, des Européens et des troupes indigènes, dans leur armée coloniale. {Suit la composition de ces armées).
... » Dans ces deux armées, les éléments européens et les éléments indigènes, quel que soit leur groupement au point de vue militaire, vivent à part de leur vie habituelle et ne sont réunis que pour les besoins du service.
... » C’est pour cette raison surtout que j’ai pris pour unité tactique de l’armée du Protectorat le bataillon à 3 compagnies de 250 hommes, 1 compagnie européenne et 2 compagnies indigènes.
» Ce bataillon forme, au point de vue administratif, et au point de vue militaire un groupe assez fort et cependant suffisamment mobile. Au Tonkin et en Annam où il n’y a pas de grandes opérations à faire, il n’y a aucun intérêt à avoir des régiments et des brigades organisés.
» Dans le cas d’une guerre avec la Chine seulement, il
rAUL BERT AU TONKIN
y aurait lieu d’agir différemment ; mais alors toutes les forces mobiles seraient concentrées sur la frontière et formeraient une division d’opérations.
... > La formation du bataillon à une compagnie européenne et deux compagnies indigènes, présente enfin les mêmes avantages qu’aurait présentés la compagnie mixte, telle qu’elle est employée en Tunisie, au point de vue du véritable service militaire, en ce sens qu’elle permet de donner les travaux les plus fatigants et les corvées les plus rudes aux soldats indigènes en ménageant ainsi les soldats européens. Mais elle évite les inconvénients que j’ai plus haut signalés et que présenteraient forcément en Indo-Chine les compagnies mixtes. »