‹ Paul CézanneChapitre 63 sur 65 · CEZANNE, HOMME DU XX: SIECLE · texte numérisé non relu

CEZANNE, HOMME DU XX: SIECLE

L’essentiel, l’'ame de cette lecon coincide avec le sens des efforts moraux qui ont caractérisé les premieres années de notre siécle, c’est-a-dire, de cette réaction contre le siécle précédent que nous avons qualifiée nous-mémes du nom italianisant de « Novecentisme ». Désignation, qui dans son allusion purement chronologique, suppose a la fois la modestie de ne pas croire possible pour le moment attribuer a notre siécle un caractere bien défini, que la postérité se chargera peut-étre de

trouver et l'assurance, cependant, que les traits de l’actuelle peinture sont suffisamment opposés a ceux de l'année précédente pour croire qu'une nouvelle étape commence. « Novecentisme », c’est la formule esthétique de Cézanne. La vibration qu'il donne a la peinture est exactement du méme genre que celle que d'autres ont apporté aux différents arts, a la poésie, a la science, a la religion, aux meeurs, a l’ensemble total de la vie et de la culture humaines.

CEZANNE, CLASSIQUE

Un dur combat pour tout ce qui est objectif, tel est le but de la vie de Cézanne, le but de son enseignement. Cette pensée justement nous a servi a distinguer l’esprit classique de l’esprit romantique, ou, suivant une terminologie qui nous est habituelle, le romantique du sophiste; ce qui sépare ici, c'est la valeur donnée aux choses, c’est le critérium d’objectivité.

Le classique croit a l’existence des choses; le sophiste croit seulement a leur représentation. A l’objectivisme parfait de l'un, s’oppose le subjectivisme déchainé de l'autre. C’est pourquoi, le premier se guide par les idées, le second par les impressions. On peut dire, pour employer le vocabulaire de Malebranche, que le premier préfere la raison a sa puissance, tandis que le second met la puissance avant la raison. Mais la puissance est la caractéristique individuelle et limitative de chacun; la raison, au contraire, représente ce qui est solidaire et social. D’ou il résulte que le sophiste est un anarchiste, alors que le classique est un homme de culture et de civilisation.

Cézanne n’est pas un sophiste. Cézanne n’est pas un anarchiste. I] est justement le contraire : il est le classique par définition.

Page 1