LE MARECHAL DE CAMP BARON DE VAUTRÉ
Malgré la ferveur avec laquelle il accueillit la révolution de juillet et la dynastie nouvelle, M. le baron de Vautré ne fut pas, en 1831, porté sur le tableau d'activité des maréchaux de camp.
M. de Vautré réclama vivement contre cet oubli volontaire soit auprès du ministre de la guerre, le maréchal Soult, soit auprès du président du conseil, Casimir Périer (mars-avril 1831).
Les lettres de M. de Vautré étaient empreintes d'une énergie et d'une rudesse de langage beaucoup plus militaire que diplomatique.
Il avait été dit au baron de Vautré que les causes de sa disgrâce étaient tout entières dans le rôle qu'il avait joué à Grenoble en 1816 : les réclamations et les lettres du général roulaient donc en partie sur cette affaire. Mais le maréchal Soult ne répondait pas, ou se bornait à faire adresser de simples accusés de réception des lettres du baron (Je Vautré.
Impatienté, exaspéré contre le ministre de la guerre, le baron de Vautré s'adressa alors au président du cabinet, Casimir ferier. Il demanda un rapport au conseil sur son affaire, et renouvela les menaces qu'il avait faites au ministre de la guerre, de publier sa correspondance avec lui. « Vous savez, sans doute, écrivait le baron de Vautré à Casimir Périer, ce qu'était ce Didier, né pour être le fléau de son pays, et dont la mémoire sera entachée de tout le sang qui a coulé à cette malheureuse époque. »
Sait-on quel personnage Casimir Périer chargea de répondre à cette lettre, et d'avoir avec je baron de Vautréjl'entrevue et les explications que celui-ci demandait? Louis Didier.
S'il y avait de la part de Louis Didier indélicatesse grande à se charger d'une mission pareille; il y avait aussi, chez Casimir Périer, haute inconvenance à mettre ainsi en présence le colonel de la légion de l'Isère, le président du conseil de guerre de Grenoble, avec le ûls de la victime de 1816. Aussi le baron de Vautré devint-il muet de stupéfaction lorsque, avec une politesse froide et ironique,
Louis Didier, ayant en main les lettres du baron de Vautré, se fut fait connaître à lui.
Rebuté par le ministre de la guerre, par le président du Conseil, le baron de Vautré s'adressa à Louis -Philippe lui-même. — Deux mois après, il reçut avis de sa mise à la retraite. Alors il pria le maréchal Soult de lui renvoyer sa correspondance, et le remercia ainsi :
Ne flattant point les partis, je m'attends bien à ne pas plaire à tout le monde, aux traîtres et aux lâches surtout, mais je commanderai l'estime de tous, et c'est ce qui me distinguera de plusieurs grands personnages qui jouent les premiers rôles de notre drame politique avec la réputation la plus tarée.
La correspondance du baron deVauiré fut effectivement publiée; mais par amour pour le maréchal Soult, Casimir Perier et Louis- Philippe, aucun journal ne mentionna cet écrit (1).
(i) Lettres adressées à M. le maréchal Soult, et à M. Casimir Perier, par le général Vatttré. Paris, Alph. Levasseur. Septembre i83i.