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LES PARTIS AU CANADA

Dans notre pays, on s'est toujours évertué à copier de près les partis politiques anglais. Bien souvent, on n'a pas tenu compte du fait que les problèmes de la Grande-Bretagne ne sont pas du tout les problèmes du Canada. C'est pourquoi il arrive que, quelquefois,

nos partis politiques ressemblent à de petits bonshommes qui, aux dépens du bon sens et de l'esthétique, portent prétentieusement les pantalons de leurs papas.

Les partis politiques, dans notre pays, ont commencé à exister sous l'Union. Avant 1840; il n'y avait pas de partis. D'abord pendant la période qui s'est écoulée depuis la conquête jusqu'à l'acte constitutionnel de 1791, il n'y avait pas de parlement et, sous le régime de l'acte constitutionnel, il n'y avait pas de gouvernement responsable.

Lors du premier parlement sous l'Union, nous trouvons tous les Canadiens français faisant bloc autour de Louis-Hippolyte La Fontaine. Baldwin était alors membre du cabinet. A la suite d'une sérieuse divergence d'opinion avec ses collègues sur une question de principe, à savoir, l'indépendance du ministère vis-à-vis le gouverneur, Baldwin offrit sa démission comme ministre et avec son groupe se joignit à La Fontaine et aux Canadiens français.

Le Canada aura désormais ses partis politiques : les libéraux et les tories. Tous les Canadiens français sont du parti libéral. Il n'y a pas de ligne de démarcation bien définie entre les deux groupes. Les libéraux favorisent le rétablissement de la langue française comme langue officielle au Parlement tandis que les tories s'y opposent de toutes leurs forces. Les libéraux consentent à indemniser sans distinctions ceux qui ont souffert des dommages matériels au cours des insurrections de 1837. Les tories les appellent des déloyaux et des traîtres. Le rétablissement de la langue française comme langue officielle en 1848 fut le grand succès de La Fontaine et de ses alliés.

En 1849, il se produisit une division chez les libéraux canadiens-français. Un groupe, à la tête duquel se trouvent Papineau et les deux Dorion, fonde le parti démocratique ou radical. Ils ont un journal : L'Avenir. Leurs idées sont très avancées et empreintes de radicalisme. Leur programme est plutôt révolutionnaire. On les appelle les « rouges ». Les « bleus )) sont les libéraux qui ne veulent pas verser dans le mouvement de 1849.

A la même époque on voit apparaître dans le Haut- Canada les (( Grits )) et les « Reformers ».

En 1854, nous assistons à la fondation du parti libéral-conservateur. Ce parti repose sur une alliance entre les tories du Haut-Canada et les libéraux du Bas- Canada qui portaient le nom de (( Bleus ». Pour les besoins de la politique, les tories, comme leurs parrains d'Angleterre jugèrent à propos de remiser leur nom. M. Cartier, un des apôtres les plus dévoués de la nouvelle alliance, disait, en parlant d'eux, dans un discours programme : « Ils ont mis de l'eau dans leur vin. »

Le parti libéral-conservateur aura pour adversaire le parti libéral qui a absorbé tous ceux qui se sont dérobés à l'alliance de 1854 et qui a attiré à lui les Grits et les Reformers du Haut-Canada. Pendant longtemps, le parti libéral aura à souffrir politiquement des faits et gestes de l'école rouge de 1849. On n'a qu'à lire le discours prononcé en 1877 par M. Laurier sur le libéralisme pour s'en rendre compte. Ce discours n'est pas un programme politique, comme plusieurs l'ont souvent prétendu; c'est une défense du parti libéral, qui, à cette époque, était accusé de contenir des germes d'anticléricalisme. Une grande partie de ce discours sert à excommunier politiquement l'école de Dorion et de

Papineau, à condamner la révolution et le libéralisme français et à présenter, comme le prototype du libéralisme canadien, le libéralisme anglais de l'époque de Burke et de Fox.

Maintenant, au point de vue de leurs principes et de leurs programmes respectifs, quelle a été la différence essentielle entre les deux partis politiques canadiens depuis 1854 jusqu'à nos jours?

Je recommande cette question à ceux qui font habituellement dans les charades, les devinettes et les jeux de patience. Personne n'a encore pu réussir à donner une réponse satisfaisante.

Le mouvement de l'opinion publique et l'orientation des partis politiques au Canada en ces dernières années constituent une phase très intéressante de notre histoire politique. Il serait difficile d'en parler ici; seulement sans sortir du cadre académique de ce travail, il me sera peut-être permis d'ajouter que l'on constate heureusement que les partis politiques, quels qu'ils soient, semblent exercer moins d'influence et avoir moins d'emprise sur la génération qui, demain, sera appelée à faire et à défaire les gouvernements de ce pays.

Voilà, en résumé, non pas l'histoire mais le tableau généalogique des partis politiques tant en Angleterre qu'au Canada.

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