DE LA DÉMOCRATIE
La forme de gouvernement la plus moderne, ou du moins celle qui tend à se généraliser davantage, c'est la démocratie. A-t-on besoin de la définir? Il faudrait avoir une bien pauvre mémoire pour ne pas nous rappeler
la formule consacrée et si souvent redite : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. )) Pour ceux qui préfèrent la réalité brutale aux formules sonores, nous pourrions peut-être dire, tout simplement, que la démocratie comprend toutes les formes de gouvernement sous lesquelles le peuple s'est réservé pour lui-même le privilège de se tyranniser. Sont des États démocratiques, les républiques proprement dites et les monarchies constitutionnelles, comme la Grande-Bretagne, où le roi règne mais où le peuple est censé gouverner.
Si la démocratie a affranchi les peuples du despotisme des monarques, d'un autre côté, elle a singulièrement compliqué le fonctionnement de l'organisme de l'État. Le gouvernement par le grand nombre présente, en effet, des difficultés qui sont inconnues sous un régime purement monarchique ou même oligarchique. Dans l'État démocratique, c'est le vœu de la majorité qui gouverne, ma encore faut-il le connaître, et pour y arriver il faut nécessairement recourir à la consultation populaire.
Le mode le plus simple de consulter le peuple, c'est assurément celui qui se pratiquait dans les anciennes républiques de la Grèce et de Rome. On convoquait le peuple sur la place publique et on lui faisait trancher directement les questions d'intérêt général.
Mais les petites républiques qui s'accommodaient du système de consultation directe ont fait place à de grands États avec des populations denses et nombreuses, avec des étendues de territoires considérables, avec des problèmes multiples et compliqués. Il a donc fallu adopter un autre mode de consultation populaire en harmonie avec ces nouvelles exigences. Voilà pourquoi la démocratie moderne a développé le système du gouvernement représentatif et électif.
Sous un régime parlementaire normalement constitué, l'opinion publique est une grande force; c'est la force motrice de tout l'organisme social, mais c'est une force éparse, disséminée dans la masse et qui, laissée à elle-même, sans guide, serait souvent inefficace et infructueuse. C'est la cataracte majestueuse qui produit sans cesse des énergies, mais qui, à chaque instant, perdra toute sa puissance si on n'a pas eu soin de l'emmagasiner au passage pour la diriger sur des œuvres vives. Dans le but de coordonner les forces de l'opinion publique, de les assortir, de les canaliser pour en obtenir un plus grand rendement, on a imaginé ces organisations puissantes qu'on appelle les partis politiques.
Le parti politique a joué et jouera encore dans notre pays un rôle très important. Pour quiconque veut s'intéresser à la chose publique, il est nécessaire d'en bien connaître le caractère et la raison d'être. Pour cela, il faut étudier son origine, suivre ses évolutions et examiner le rôle qu'il a tenu dans l'histoire.
Embrasser un parti politique, sans prendre au préalable ces précautions utiles, c'est comme embrasser une femme sans la connaître. Cela expose aux pires ennuis et souvent à d'amers regrets.