CHEF DE BATAILLOI^ DU GÉNIE, A MILAN
LivouRNE, le zy juillet 1808.
Ayant éprouvé ta fidélité dans l'ambassade de Vérone,
1770 je te nomme, ou pour parler diplomatiquement, nous te nommons notre résident à Milan ; et d'abord nous te chargeons d'une négociation importante, difficile, avec des puissances dont les dispositions à notre égard sont suspectes. La lettre ci-jointe t'expliquera de quoi il s'agit.
1775 Va voir cet Orbassan^ dis-lui que si je ne vais au pays^ je suis ruiné sans ressource, et cette fois un ambassadeur aura dit la vérité. Tu as dans ce que je t'ai marqué de Florence d'amples instructions ; mais le point, après tout, c'est un oui ou un non ; veut-il, ne veut-il pas que j'aie
1780 ce congé ? En lui écrivant par la poste, comme je ne suis pas un grand seigneur, je n'aurais jamais de réponse. Par toi je saurai à quoi m'en tenir.
S'il t 'écoute, tu pourras lui dire que sans ma maladie de Naples j'aurais fait il y a six mois cette demande.
1785 Tu lui conteras de mes affaires ce que tu sais et ce que tu ne sais pas pour lui &ire entendre que je ne puis, sans perdre tout ce que j'ai au monde, différer davantage à me rendre chez moi. Dis-lui les banqueroutes que j'éprouve, mes gens d'affaires fripons, mes débiteurs sans
1790 foi, mes créanciers sans pitié, mes fermiers**en prison, mes parents morts ou malades. Hélas ! en disant tout
' Le général d'Anthouard, aide de camp du vice-roi.
cela, tu n'auras pas le mérite de mentir pour un ami. Ajoute que la guerre peut recommencer ; qu'on peut m'envoyer outre-mer, en Turquie, à tous les diables, auquel cas je n'aurai plus qu'à déserter ou à me pendre. 1795
Mais s'il ne t'écoute pas, ou s'il est insolent au delà de ce que l'usage actuel autorise, alors envoie-le . . ., car tel est notre plaisir. Au reste, si tu réussis, comme tu m'auras servi à cette cour je te servirai à Paris. Sur ce^ nous prions DieUy monsieur Pambassadeury qu*il vous ait en 1800 sa sainte garde.
A M. GRIOIS
MAJOR DU 4« RÉGIMENT d'aRTILLERIE A CHEVAL A VÉRONE
Milan, U lo mars 1809. 1805
Ma foi, mon major, je vous quitte, et c'est à regret en vérité. L'honnêteté n'entre pour rien dans ce que je vous dis là. Je vous regrette tous, mes camarades ; j'ai passé avec vous des moments agréables. ' Cependant, pour avoir du bon temps, je crois qu'il vaut mieux 1810 être libre.
Le diable s'était mis dans mes affaires en France. Je demande un congé pour aller voir ce que c'était ; on me le refuse. J'avais déjà demandé à passer en Espagne, comptant bien que je pourrais, en allant ou revenant, 1815 faire un tour au pays. Ah ! ah ! on ne m'écouta seulement pas. Aujourd'hui c'est ma démission dont je régale Son Excellence, et pour cela je ne crois pas qu'il y ait de difficultés.!
Vous me devez de l'argent : quand je dis vous, c'est 1820 le régiment. On a reçu sans doute depuis un an mon
^ Sa démttsion fut acceptée le 15 mart
traitement de la Légion d'honneur ; avisez, je vous prie, aux moyens de me feire toucher cela ici, vous m'obligerez. Adieu ! major ; adieu, Hasard, et tous mes camarades 1825 connus et inconnus ; adieu ! mes amis ; buvez frais, mangez chaud, faites l'amour comme vous pourrez. Adieu.