‹ Paul MéréChapitre 25 sur 40 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Genève, 31 octobre.

Hier soir, nous étions gais. Jane se déguisa en magicienne, couronne au front, baguette dorée à la main. Elle nous fit des prédictions charmantes, nous promit des jours filés d'or et de soie. Puis, tirant de sa corbeille une paire de jolies ailes en gaze rose, elle me les présenta en disant :

« Quand on épouse une fourmi ailée, il faut apprendre à voler. »

On ne sait où elle prend tout ce qu'elle dit. Elle se mit à danser. M. Bird joua du flageolet. Voilà quinze jours que ce flageolet se taisait.

Aujourd'hui autre chanson : Paule a reçu une lettre anonyme qui l'a vivement affectée. Elle n'a pu me cacher son trouble ; elle voulait me faire voir la lettre, je m'y suis refusé. M. Bird m'a dit :

c Nous avons un détroit à passer; nous aurons

bientôt doublé le cap. Le monde est si affairé qu'il ne s'occupera pas longtemps de nous. Le point est de se bien porter pendant ce petit mauvais quart d'heure. Vous avez la fièvre, vous êtes en colère; vous avez beau vous contraindre, elle s'en aperçoit : vous savez, les petites perceptions !. . . C'est vous-même qui l'avez dit. Me permettez-vous de l'emmener pour quelques jours à Montreux? »

J'ai consenti, je suppose que c'est une épreuve.

Mais qui me fera connaître l'infâme officine où se barbouillent ces hideux chiffons ?

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