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BAUL VALÉRY 27
et divinisé sous le nom d'inspiration et de délire, mais un hasard mathématique,
mécanique. Le hasard n’a conquis son être mathématique que par le calcul des probabilités. Il semble qu’une poésie comme celle de Mallarmé et de Valéry lui confère, dans l’ordre de la qualité, un être, une efficace analogue. La raison qui a fait admettre au poète tel mot, tel vers, elle contient encore toute vive la part de hasard d’où furent arrachés ce mot ou ce vers, comme la plante qu’on emporte avec de la terre à ses racines.
C’est cette part de terreau originel que des lecteurs appellent obscurité. Le sourire de Mallarmé pouvait tromper certains, mais ne le trompait pas lui-même, lorsqu'à un journaliste, qui emportait le manuscrit d’une de ses allocutions, il disait : « Attendez que j'y remette un peu d’obscurité ».
Cette obscurité, Picture, conscience et substance du hasard poétique, elle s'oppose ainsi à la pure clarté du mathématicien, clarté qui, pour le calcul des pro-
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babilités, n’est plus que l’espace nu d’où ps 4 P :
la machine pneumatique de la raison a pompé, comme l'air, tout hasard. De cette
Clarté du calcul au clair-obscur de la
poésie on peut supposer une continuité.
Ecoutez Socrate dans le dialogue d’Eupalinos. « Certains peuples se perdent dans
leurs pensées ; mais, pour nous autres
Grecs, toutes choses sont formes. Nous
n’en retenons que les rapports, et, comme enfermés dans le jour limpide, nous bäâ-
tissons, pareils à Orphée, au moyen de la parole, des temples de sagesse et de science
qui peuvent suffire à tous les êtres rai- …
sonnables. Ce grand art exige de nous un langage admirablement exact. Le nom
même qui le désigne est aussi le nom, par- .
m1 nous, de la raison et du calcul ; un seul mot dit ces trois choses. » Les paroles les plus simples sont les nombres. Les autres, ajoute Socrate, sont difficilement propres au calcul, parce qu'elles furent créées séparément et au hasard, elles ne consti-
tuent pas l’unité d’un acte. On ne peut
pas se servir de leur ensemble, comme on