‹ PaulinaChapitre 21 sur 63 · SAUL ET BARNABE DANS L'ILE DE CHYPRE · texte numérisé non relu

SAUL ET BARNABE DANS L'ILE DE CHYPRE

Un matin du printemps de Fan 44, trois hommes sortaient d'Antioche. Ils suivaient un sentier sinueux, qui s'élevait au milieu des cactus, vers le sommet d'un promontoire, coupé à pic, à gauche de rOronte. Ils étaient las, et leiu's pas devenaient lents et lourds. Enfin ils arrivèrent à la cime, et ce fut avec un soupir de soulagement qu'ils découvrirent la mer déployant au loin son immense arène éblouissante d'azur, et tout ensoleillée.

Plus près, au pied du promontoire, une haute tour, dont la vague venait battre la base, indiquait l'entrée du port de Séleucie, comme une sentinelle. Une belle colonnade annonçait un temple de quelque faux dieu.

Ils s'assirent pour causer sur une roche tapissée de mousse, et aspirèrent l'air frais qui montait de la mer. Il s'y mêlait des parfums d'hysope et de romarin.

On était arrivé au milieu de mars, et la navigation méditerranéenne allait s'ouvrir. Les vergers étaient en fleurs sur les bords de l'Oronte, et les orangers étaient encore chargés de fruits.

Tous les torrents qui chantaient dans les gorges profondes du Silpius roulaient sur un lit de basalte leurs eaux tourbillonnantes vers le petit fleuve.

L'aube étendait à peine sur les cimes du Liban un léger voile teinté de rose, et sur la route qui suivait les méandres du fleuve, les trois voyageurs reprirent bientôt leur marche à grands pas. ■ De plateaux en plateaux, ils descendirent des hauteurs, et devant eux l'.échancrure des montagnes en s' élargissant agrandissait et éclairait leur horizon.

Bientôt, au détour des collines, ils aperçurent la mer endormie dans sa robe de moire azurée.

" Ainsi donc, dit le plus jeune des trois, à celui qui marchait à sa droite, vous êtes sûr, Barnabe, que nous trouverons à Séleucie un vaisseau faisant voile pour Chypre ?

— J'en suis sûr, répondit Barnabe. B y a un petit vaisseau marchand, le Sidonia, qui partira demain matin à l'aurore, et si le vent souffle du nord, nous serons à Salamis avant la nuit.

— Chypre est votre patrie, Barnabe ?

— Oui, et c'est aussi la patrie de Marc. Nous l'aimons bien tous deux. C'est une île enchanteresse, et sa population a bien besoin de conversion, elle est tellement H\Tée au culte de Vénus.

— Le proconsul se nomme Sergius Paulus, dit Marc, et je crois qu'il nous fera bon accueil.

C'est un esprit droit, qui ne croit plus guère aux dieux de l'Olympe. Il cherche la vérité, de bonne foi, et depuis quelque temps il croit l'avoir trouvée dans la magie. Un magicien nommé Elymas a gagné sa confiance. "

Après un silence, Barnabe reprit la parole.

'^ Hier, sur le forum de l'Epiphania, j'ai eu une surprise : j'ai rencontré Onkelos.

— Onkelos de Jérusalem, interrompit Saul ?

— Lui-même. •

— Que vient-il faire à Antioche ?

— Il y est envoyé par les princes des prêtres de Jérusalem, pour constater les progrès que nous faisons, et pour réveiller la synagogue.

— Et que dit-il de Jérusalem ?

— Il ne fait que répéter la parole du prophète : *^ Par la désolation a été désolée toute la terre . " Les prêtres et les scribes se lamentent, et lèvent les bras au ciel de désespoir. Ils l'ont pourtant bien vu mourir, ce Jésus de Nazareth qui troublait leur vie. Et cependant ils confessent qu'il est plus vivant que jamais, que le nombre de ses amis grandit, que son nom est dans toutes les bouches, et qu'il accomplit plus de merveilles aujourd'hui que lorsqu'il parcourait les rues de Jérusalem.

'' Des rivages de la Syrie, de l'Egypte, de la Macédoine et de la Grèce, des foules de pèlerins, dit Onkelos, viennent visiter les lieux où il a vécu.

Ils remplissent le temple pour entendre les prédications de ses apôtres. On les chasse, et ils reviennent. On les emprisonne, on les enchaîne, et l'on ne sait quel pouvoir in\^sible brise leurs chaînes et ou\Te les portes des prisons.

'^ On les bat de verges, on les laisse tout sanglants, à demi-morts, dans la cour du Prétoire, et le lendemain on les retrouve dans le temple annonçant que leur Christ est vivant.

^' Les infirmes et les malades qui se traînent sur les chemins sont guéris au nom de Jésus. Nous en avons appelé à l'autorité d'Hérode- Agrippa, et pour se rendre populaire auprès du sacerdoce il a fait décapiter l'apôtre Jacques, mais les autres ont continué de prêcher, et leur voie douloureuse devient une voie triomphale.

" Ce qui paraît surtout extraordinaire et même miraculeux, c'est qu'ils font de leurs disciples, en leur imposant les mains, des Nabis, c'est-à-dire des prophètes qui se mettent à prêcher dans des langues différentes de leur idiome national, et qui chassent les démons.

— Et c'est Onkelos qui t'a dit tout cela ?

— Lui-même.

— Est-ce qu'il ne serait pas possible d'en faire un disciple de Jésus-Christ ?

— Je le crois, s'il n'était pas le gendre du grand-prêtre.

— Oui, je comprends, dit Saul. Sa femme, ses

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eiifants, sa position, ses rêves ambitieux dans le sacerdoce juif : voilà les obstacles. Et il n'est pas le seul, parmi les prêtres et les scribes, que des motifs du même genre empêchent d'entrer dans nos rangs. "

Vers le soir, ils arrivèrent à Séleucie, et dèb le matin, le jour suivant, ils s'embarquèrent à bord du Sidonia qui faisait voile vers Chypre.

Une forte brise soufflait du nord, et les poussait vers l'île, qu'ils avaient aperçue des hauteiu's qui dominent Séleucie.

Le soleil était encore assez haut sur l'horizon, quand la belle Cypris leur apparut de loin, comme une étincelante émeraude que la mer enchâssait dans un cadre de nacre.

La côte nord de l'île avait un aspect peu hospitalier. Mais sur la côte orientale, au fond d'une baie large et profonde, brillait toute blanche la grande ville de Salamine, nonchalamment assise à l'embouchure du fleuve Pediocus.

Elle s'adossait à de belles colhnes, plantées de vignes et d'orangeries, et au-dessus se dressaient de hautes montagnes et des forêts de cèdres^ de pins et de cyprès.

Un juif cypriote, parent de Barnabe, offrit l'hospitaUté aux missionnaires, et dès le jour suivant ils purent commencer leur prédication à la synagogue.

Là, comme dans ses missions postérieures,

Saul constata bientôt que Thostilité à la religion du Christ venait surtout des Juifs, et que les Gentils se montraient plus ouverts à la vérité évangélique.

Après avoir lutté quelques jours contre cette résistance de leurs compatriotes, les trois missionnaires quittèrent Salamine, et se rendirent à Paphos, la capitale de l'île.

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