‹ PaulinaChapitre 37 sur 63 · SECONDE EPITRE AUX CORINTHIENS · texte numérisé non relu

SECONDE EPITRE AUX CORINTHIENS

C'est vers le temps de Pâques de Tan 57 que Paul avait envoyé sa première épître aux Corinthiens, et il fut longtemps sans en avoir de nouvelles — ce qui lui causa bien des inquiétudes.

Avait-il été trop sévère ? Les avait-il trop blâmés, ses chers Corinthiens qu'il aimait pourtant de tout son cœur ? Et s'ils allaient se révolter contre son autorité, quelle ne serait pas sa douleur î

Quelques mois s'étaient écoulés, et il avait dû quitter Ephèse, toujours sans nouvelles de Corinthe. Il y avait envoyé Tite ; mais Tite n'avait pas écrit, et il ne revenait pas.

Pendant ce temps-là, les fidèles de la Macédoine ne consolaient guère l'âme sensible de l'apôtre. Les uns restaient trop attachés aux choses de la terre ; les autres se laissaient égarer par les judaïsants et persistaient dans les pratiques de la Loi mosaïque.

Par bonheur, il y avait retrouvé Luc et Timothée, qui étaient satisfaits des progrès que faisait la foi chrétienne et qui se mirent à son service.

Enfin Tite arriva, et lui apporta les meilleures nouvelles de Corinthe. Sa lettre avait produit les résultats qu'il en attendait. Les divisions avaient

cessé, et le grand chagrin des Corinthiens était de l'avoir affligé. Le malheureux incestueux s'était converti, et les fidèles en général donnaient de meilleures exemples au point de \Tie des mœurs. Les temples de Vénus étaient de plus en plus abandonnés. Tout cela réjouit le cœur de Paul. Mais sa joie ne fut pas sans mélange.

Tite lui avoua qu'il avait à Corinthe des ennemis qui ne désarmaient pas, et qui rejetaient avant tout l'autorité de son apostolat. '' De quel droit, disaient-ils, Paul réclamait-il le titre d'apôtre ? Il n'avait jamais connu Jésus pendant sa vie mortelle, et par conséquent il n'avait pu recevoir de lui la mission de prêcher l'Evangile. Il ne l'avait pas reçue non plus de Pierre, qu'il avait même combattu à Antioche. Quant aux autres apôtres, ils le connaissaient à peine. . ."

Cette critique ne manquait pas d'habileté, et elle obhgeait Paul à raconter lui-même les faveurs extraordinaires dont il avait été l'objet de la part de Jésus-Christ. Naturellement il lui répugnait de se rendre témoignage à lui-même. Paul n'était pas seulement un grand saint. Il était aussi un grand homme, et il avait la fierté de sa viriUté, avec la modestie de ses mérites.

Cette critique, les Juifs la colportaient partout où sa prédication convertissait les foules, et rien ne le mortifiait davantage. Il en souffrait vivement au fond de son cœur, et il se sentait humilié d'être

forcé de se glorifier lui-même. Il le fallait cependant, dans l'intérêt de sa mission et pour le succès de la vérité. " C'est vrai, était-il contraint de dire, je n'ai pas connu Jésus de Nazareth durant sa vie mortelle, mais j'affirme qu'il est descendu du ciel à Damas, où je le combattais avec fureur, qu'il m'a terrassé alors et vaincu et complètement changé. J'afîirme qu'il m'a parlé et enseigné, qu'il a fait de moi son apôtre, de moi qui étais son ennemi, et qu'il m'a lui-même donné la mission de prêcher aux Gentils l'Evangile qu'il m'a lui-même enseigné. Tout cela est miraculeux, et j'en suis le seul témoin; mais je déclare que je dis la vérité. Et si vous n'en croyez pas ma parole, croyez-en mes œuvres."

'' C'est vrai, était-il obligé de dire encore, j'ai blâmé Pierre à Antioche, et j'avais raison. Sans doute, il ne soutenait pas la doctrine des judaïsants, mais il agissait comme eux, et il avait tort."

Mais quand il parlait ainsi, ses ennemis le traitaient d'imposteur et d'orgueilleux. •

Lorsque Tite lui eut appris que ces attaques persistaient à Corinthe, dans cette ville même ou sa prédication avait été si fructueuse, Paul fut d'abord accablé de douleur. Il regretta le temps de sa solitude au désert et il fut tenté de se coucher par terre comme EHe et de dire : " C'est assez, mon Dieu, prends mon âme, puisque je ne suis pas meilleur que mes pères" ; mais cette désespérance ne dura pas, et reprenant courage il dicta à Timo-

thée sa seconde épître aux Corinthiens, qui est un chef-d'œu\Te à tous les points de vue, surtout comme apologie personnelle.

L^apôtre l'adresse " à l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe et à tous les saints qui sont dans toute FAchaïe " — ce qui prouve que dès lors l'Evangile n'avait pas été prêché seulement à Corinthe mais dans toute FAchaïe, à My cènes peut-être, à Argos, à Sparte, à Olympie, et jusqu'à Patras. Selon la. tradition, ce fut André apôtre, frère de Pierre, qui évangéhsa Patras.

Puis il bénit Dieu qui le console dans ses tribulations afin qu'il puisse consoler les autres dans leurs afflictions. Mais que l'épreuve a été terrible ! '' Nous avons été accablés, dit-il, au delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de la vie. Nous avions en nous-mêmes l'arrêt de notre mort, mais nous avons mis notre confiance en Dieu qui ressuscite les morts, et il nous a rendu la vie."

Il se réjouit des heureux fruits que sa première lettre a produits. Il recommande la charité et le pardon envers le malheureux pécheur public qu'il avait condamné, et qui a repris sa place dans l'Eglise des fidèles. Ces résultats justifient son ministère, mais c'est à Dieu qu'il en rend grâces.

'' Avons-nous besoin, comme certains gens de lettres, de recommandations auprès de vous, ou de votre part ? C'est vous-mêmes qui êtes notre

lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes. Oui, manifestement, vous êtes une lettre du Christ, écrite par notre ministère, non avec de l'encre, mais par l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs."

Il loue alors, et il énumère les mérites du ministère apostolique.

'^ Nous nous rendons recommandables en toutes choses, comme des ministres de Dieu, par une grande constance dans les tribulations, dans les nécessités, dans les détresses, sous les coups, dans les prisons, au travers des émeutes, dans les travaux, les veilles, les jeûnes ; par la pureté, par la science, par la bonté, par T Esprit-Saint, par une charité sincère, par la parole de vérité, par la puissance de Dieu, par les armes offensives et défensives de la justice ; parmi l'honneur et l'ignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation ; traités d'imposteurs et pourtant véridiques ; d'inconnus et pourtant bien connus ; regardés comme mourants, et pourtant toujours vivants. . .

'' O Corinthiens, notre cœur s'est élargi pour vous, mais les vôtres se sont rétrécis. Rendez-nous la pareille : élargissez vos cœurs. Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Il n'y a pas d'accord possible entre le Christ et Bélial. Ne touchez pas à ce qui est impur, nous sommes les temples du Dieu vivant. . ."

Dans la deuxième partie de sa lettre, l'apôtre in\dte les Corinthiens à prendre part à une collecte qu'il fait pour les chrétiens de Jérusalem, réduits à une grande pau\Teté, et il leur dit : " Celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. . . Pour vous Jésus-Christ s'est fait pau\Te de riche qu'il était, afin de vous faire riches par sa pauvreté. . . Dieu aime celui qui donne avec joie. . ."

La troisième partie de l'épître contient l'apologie personnelle de son auteur. Elle est admirable, pleine d'esprit et de verve, comme rœu\Te d'un puissant polémiste.

Il commence par se moquer des faux apôtres qui se recommandent eux-mêmes. Se glorifier soi-même c'est de la folie. " Mais puisque vous, qui êtes sensés, vous supportez volontiers ces insensés, veuillez donc supporter de ma part aussi un peu de folie . . .

" De quoi que ce soit qu'ils osent se vanter, moi aussi je vais l'oser en parlant, non plus selon le Seigneur, mais comme un insensé. Sont-ils Hébreux ? Moi aussi je le suis. Sont-ils Israélites ? Moi aussi. Sont-ils de la postérité d'Abraham ? Moi aussi. Sont-ils ministres du Christ ? Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — Je le suis plus qu'eux : bien plus qu'eux par les travaux, bien plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j'ai vu la mort de

près ; cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; trois fois j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans, l'abîme.

'' Et mes voyages sans nombre, les périls sur les: fleuves, les périls de la part des brigands, les périlsde la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer ; les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité.

'^ Et sans parler de tant d'autres choses, rappelerai-je mes soucis de chaque jour, lasolHcitudede toutes les Eglises? Qui est faible que je ne sois faible aussi ? Qui vient à tomber sans qu'un feu me dévore ? . . .

'^ Faut-il se glorifier encore ? J'en viendrai à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu'au troisième ciel. Si ce fut dans son corps, je ne sais ; si ce fut hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait. Mais je sais que cet homme fut enlevé dans le paradis, et qu'il a entendu des paroles ineffables qu'il n'est pas perariis à un honmie de révéler.

'' C'est pour cet homme-là que je me glorifierai ; mais pour ce qui est de ma personne, je ne me ferai

gloire que de mes faiblesses. Certes, si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m'en abstiens afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu'il voit en moi, ou à ce qu'il entend de moi. Et de crainte que l'excellence de ces révélations ne vînt à m'enfler d'orgueil, il m'a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter (afin que je ne m'enorgueillisse point). A son sujet, trois fois j'ai prié le Seigneur de l'écarter de moi, et il m'a dit : '' Ala grâce te suffit, car c'est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière."

" Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour le Christ ; car lorsque je suis faible c'est alors que je suis fort.

'^ Je viens de faire l'insensé ; vous m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander ; car je n'ai été inférieur en rien à ceux qui sont les apôtres, quoique je ne sois rien. Les preuves de mon apostolat ont paru au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles. . .

'' Pour la troisième fois je vais aller chez vous. Ma crainte, c'est qu'à mon arrivée je ne vous trouve

pas tels que je voudrais, et que par suite vous ne me trouviez tel que vous ne voudriez pas. Je crains de trouver parmi vous des querelles, des rivalités, des contestations, des troubles. Je crains d'avoir à pleurer sur les impuretés et les fornications de plusieurs. . . Je vous écris ces choses pendant que je suis loin, afin de n'avoir pas à user de sévérité quand je serai près de vous. . ."

C'est en lisant ces lettres que l'on peut juger de la puissance de l'orateur et des merveilleux discours que les Corinthiens et les Galates et les Romains et les Ephésiens et les Hébreux ont dû entendre.

Hélas ! les vrais discours ont été perdus ; mais par bonheur, nous en retrouvons l'enseignement, et même souvent la forme oratoire dans plusieurs de ses épîtres.

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