‹ Paulina [microforme]Chapitre 32 sur 79 · LE DERNIER DES HÉRODES · texte numérisé non relu

LE DERNIER DES HÉRODES

Laissons le grand apôtre des nations poursuivre ses courses apostoliques, emporté par le souffle de l’Esprit-Saint, et revenons au royaume des Hérodes.

Nous avons raconté l’horrible mort d’Agrippa l’Ancien, le jour même où le peuple de Césarée l'avait mis au rang des dieux nouveaux.

Il avait laissé quatre enfants, un fils et trois filles.

Son fils, alors âgé de dix-sept ans, faisait ses études à Rome, et l’empereur Claude l'avait jugé trop jeune pour lui transmettre le royaume de son père. C’est lorsqu'il eut atteint l’âge de vingt ans seulement qu’il lui remit une partie de ses domaines. La Judée n’y fut pas incluse, et Cuspius Fadus en était devenu gouverneur.

Les trois filles se nommaient Bérénice, Marianne et Drusille, toutes trois remarquables par leur beauté. Elles se firent dans le monde en grandissant de. réputations fort peu enviables.

Bérénice, l’aînée, avait été mariée, à quinze ans, à son oncle Hérode, roi de Chalcis : mais elle était devenue veuve à vingt ans ; et elle avait épousé Polemo, roi de Cilicie.

Bientôt après elle l'avait abandonné, et quand 80n frère était arrivé au trône sous le nom d’Agrip- Pa II, elle était allée vivre avec lui.

Drusille était encore plus séduisante que sa sœur aînée. Elle avait cette beauté qu’on appelle la beauté du diable ; et le sang des Hérodes qui coulait dans ses veines n'y avait pas infusé la vertu.

Très jeune encore, elle avait épousé un roitelet d'Orient, nommé Aziz. Mais peu après elle avait fait la rencontre de Félix, qui promettait d’acquérir : quelque Célébrité. Avec son frère Pallas, il avait su gagner successivement les bonnes grâces des Tibère et des Claude, et c’est ainsi qu’il fut nommé plus tard Bouverneur de la Judée. :

Félix avait épousé en premières noces une princesse d'Orient, fille d’un roi de Mauritanie, et petite-fille d'Antoine et de Cléopâtre. Sous le nom de Drusille, elle avait la réputation de beauté et de mœurs légères de son illustre aïeule, la reine d'Egypte.

Mais elle n'avait pas vécu longtemps, et c’est alors que Félix était devenu follement amoureux d’une seconde Drusille, fille d’Agrippa et femme du roi Aziz.

Pour s’en faire aimer, et pour la décider à abandonner son mari, il avait eu recours à Simon le magicien. Quels furent les artifices magiques ou diaboliques employés par le célèbre Simon ?

PAULINA 107 L'histoire ne le dit pas. Mais la magie opéra le résultat désiré, et Druiille, épouse du roi Aziz, devint la femme de Félix.

Ils eurent un fils, auquel ils donnèrent le nom de son grand-père Agrippa : et il était encore bien jeune que ses parents rêvaient déjà de le voir monter un jour sur le trône de Judée.

Nous l’avons dit, ce trône était vacant depuis la mort du grand-père, le divin Agrippa, la Judée ne faisant pas partie des Etats attribués par l’empereur Claude à Agrippa II.

Naturellement Pallas et Félix, tout puissants à Rome, s’employaient de leur mieux à prolonger cette vacance jusqu’à ce que le jeune Agrippa, fils de Drusille et de Félix, fût assez âgé pour être placé par Rome sur le trône de la Judée.

À cette phase de notre récit, Drusille est .

Jérusalem avec son fils. Il a dix-huit ans ; et i complète dans les écoles des docteurs et des scribes ses études de grec et d’hébreu.

Félix est toujours à Rome, mais il espère venir bientôt les rejoindre à Jérusalem ; Car il s'attend que Pallas le fera nommer gouverneur de la J udée, pour remplacer Cumanus, que les Juifs ont dénoncé à Rome.

Agrippa Il, avec sa sœur Bérénice, habite alternativement Césarée et Tibériade ; et il a permis à sa sœur Drusille de se loger avec son fils dans le palais des Hérodes à Jérusalem, bâti

non loin du temple, et relié à son portique méridional par un viaduc.

Les portiques du temple étaient la promenade favorite du jeune Agrippa. Un jour qu'il y promenait ses rêveries sentimentales, il vit sortir du parvis des femmes une jeune fille, qui évidemment n’appartenait pas à la race juive, et qui était d’une beauté éblouissante. Elle était accompagnée d’une femme plus âgée, apparemment sa mère, et qui était aussi très belle. Agrippa les suivit. Elles longèrent la colonnade du temple, du côté occidental, contournèrent le mur de la tour Antonia, et en franchirent la porte, où la sentinelle les salua.

Agrippa s’approcha du soldat romain, et lui demanda qui étaient ces deux femmes.

‘“ Ce sont, répondit la sentinelle, la femme et la fille du proconsul de Chypre qui est arrivé à Jérusalem hier. Ils sont les hôtes du gouverneur Cumanus.

— Savez-vous s'ils feront un long séjour à Jérusalem ?

— Je l’ignore. Elles sont bien belles, n’est-ce pas, mon prince ? ”

Agrippa regarda le soldat qui souriait, et s’en retourna vers le paiais royal.

‘11 me semblait, se dit-il, qu’elles ne m’étaient pas inconnues. C’est à la mort de mon grand-père Agrippa, à Césarée, que je me souviens de les

avoir vues. Mais la jeune fille n’était alors qu’une enfant, et moi aussi Comme elle a grandi !

et qu'elle est belle !””’...

En arrivant au palais, Agrippa courut à la chambre de sa mère: “ Dites-moi, ma mère, connaissez-vous le proconsul de Chypre ?

— Oui, sans doute, depuis plusieurs années.

Sa famille est une des plus illustres de Rome. Il se nomme Sergius Paulus, et il compte les Paulus Emilius et les Scipions parmi ses ancêtres. Sa femme est une corinthienne, fille d’un prÂ. tre d’Apollon. Mais quel intérêt prends-tu au proconsul de Chypre ?

— Ce n’est pas à lui que je m'intéresse le plus. C’est à sa fille, que je viens de rencontrer au temple, et qui est aussi belle... que vous, ma mère.

— Flatteur, tu veux dire plus belle. Je le vois à ton enthousiasme.

— Elle est plus jeune, évidemment.

— Je suis sûre qu’elle n’est pas plus belle que sa mère.

— Je n’ai regardé que la fille. Eh! bien, ils sont à Jérusalem depuis hier.

N’aimeriez-vous pas à renouveler connaissance avec eux ?

— Oui, où sont-ils ?

— Ils sont les hôtes de Cumanus.

— Ah ! très bien, ce sera facile. ”

Deux heures plus tard, Drusille alla visiter les Cumanus et leurs hôtes. Et lc lendemain son fils et elle furent invités à dîner chez le gouverneur.

Agrippa était radieux, et le dîner fut des plus agréables. Le gouverneur et sa femme savaient exercer l’hospitalité, et inspirer la sympathie. Sergius Paulus appartenait à cette élite de la société romaine qui se distinguait par les belles manières et le beau langage. Drusille avait l’art de faire briller à la fois son esprit et sa beauté. Les deux jeunes gens parlaient peu, mais leurs regards étaient plus éloquents que des paroles, et ils se comprirent très bien.

Chryséis et Paulina trouvèrent que le jeune prince était beau et sympathique.

Quand Drusille et son fils furent revenus au palais, ils conversèrent longtemps sur les suites possibles de leurs relations futures avec la famille du proconsul de Chypre.

Drusille reconnut que Paulina était vraiment ravissante, et que son fils n'avait pas tort de l'aimer. Pour le moment, et jusqu’à nouvel ordre, elle ne mettrait pas d’obstacle à cet amour.

“Tu sais, mon fils, quel avenir nous révons pour toi. La Judée, depuis la mort de ton grandpère, n’a pas de roi. Il va sans dire que mon frère a la prétention de l'ajouter à ses domaines ; mais ton père, et ton oncle Pallas, et moi-même,

visiter in son puver-

s plus vaient athie.

de la belles ; l’art ’auté.

leurs roles,

jeune

S au uites mille

nent t de dre,

nous prenons secrètement tous les moyens pour l'en empêcher, et jusqu’à présent nous avons réussi. L'empereur Claudius est avec nous.

‘Tout naturellement, le mariage que tu feras dans quelques années, non seulement ne devra pas être un obstacle à ton accession au trône, mais au contraire devra l'aider.

“Or, il me semble qu’une alliance avec Paulina augmenterait nos chances. Elle appartient. à l’une des grandes familles sénatoriales de Rome. Son père est très riche, et il jouit d’une grande influence politique. Ta descendance des Hérodes, et la religion juive à laquelle nous appartenons tous les deux, nous seront d’un grand secours. auprès des Juifs, tandis que la religion et la nationalité de Paulina nous serviraient auprès des Césars. Pallas et Félix feront le reste. ”

Ce fut une grande joie pour Agrippa d’entendre sa mère parler ainsi. Il n’en dormit pas du reste de la nuit, et il lui sembla qu'aucun obstacle ne pouvait plus empêcher la réalisation de: son rêve d'amour.

Les jours qui suivirent ne firent qu’agrandir ses espérances. Car il eut le bonheur de revoir Paulina plusieurs fois, et il ne put retenir l’aveu de son amour. Sans doute, elle eut plus de discrétion, et ne révéla pas les secrets de son cœur. Mais il crut lire dans ses beaux yeux des sentiments au moins très sympathiques.

Le temps de parler d’ailleurs n’était pas venu pour elle. Elle n’avait encore que quinze ans, et dans les circonstances où ils étaient tous deux, il ne pouvait pas être question d’engager l'avenir.

Page 1