PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS
Des troubles sérieux s'étaient produits dans ‘Eglise de Corinthe et menaçaient d’y créer un schisme. Un nouveau prédicateur y était venu prêcher Jésus-Christ après saint Paul, et il y avait obtenu de grands succès. Il se nommait Apollos.
Originaire d'Alexandrie, il avait étudié les lettres grecques et latines dans les célèbres écoles de cette ville. Mais il était aussi versé dans les Ecritures et, quoiqu'il ne connût que le baptême de Jean, il croyait à la messianité de Jésus-Christ,
et il la prêchait avec beaucoup d’éloquence et de zèle,
C’est à Ephèse, en l’an 54, qu’il avait commencé sa prédication, peu après que Paul eût quitté cette ville en route pour Jérusalem.
Priscilla et Aqui!a, venus à Ephèse avec Paul, y étaient restés et ils avaient reçu Apollos chez eux. Mieux renseignés que lui sur la doctrine de Jésus- Christ, ils avaient complété ses connaissances chrétiennes, et ils l'avaient encouragé à continuer ses prédications.
D’Ephèse, il était venu à Corinthe et son éloquence plus littéraire, plus parfaite au point de vue cratoire que celle de Paul, lui avait amené des disciples, et menaçait de créer un schisme dans l'Eglise de Corinthe.
À son retour de Jérusalem à Ephèse, Paul, informé de ces troubles et d’autres uésordres qui s’étaienv produits parmi ses chers Corinthiens, leur écrivit sa première épître, qui est des plus remarquables.
Dès le début, il leur dit : “ J'ai appris qu’il y a des disputes parmi vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis à Paul ! — Et moi à Apollos ! — Et moi à Céphas (Pierre) ! — Et moi, au Christ !
“Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? Est-ce su nom de Paul que vous avez été baptisés ?... Qu'est-ce done qu’Apollos ? et qu'est-ce que Paul ? — Des ministres de celui en qui vous avez cru... J'ai
planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a fait crottre ; celui qui plante n’est rien ni celui qui arrose ; Dieu qui fait croître est tout. :
‘© Vous êtes le champ de Dieu et nous sommes ceux qui le cultivent. Vous êtes l'édifice de Dieu et nous sommes les ouvriers. Chacun de nous recevra sa récompense selon son propre travail.
“...Comme un sage architecte, j'ai posé le fondement selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée et un autre peut bâtir dessus ; Mais personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ... L'ouvrage de chacun sera jugé au jour du Seigneur, et nous saurons alors s’il a bâti avec de l'or où de l’argent, ou des pierres précieuses, ou du bois, ou du foin, ou du chaume.
“Le feu même éprouvera ce ‘qu'est l'ouvrage de chacun.
‘Que personne ne mette sa gloire dans des hommes, car tout est à vous, et Paul, et Apollos, et Céphas, et le monde, et la vie, et la mort, et les choses à venir. Tout est à vous, et vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu !”” Quelle grandeur ! Quelle sublimité dans cette gradation ascensionnelle des êtres et dans cette unification de toutes choses en Dieu ! L'homme est par son âme l'intermédiaire entre la création physique et le monde des esprits ; ilest le médiateur entre la nature matérielle et l’'Homme-Dieu ! Et Jésus-
Christ, à la fois Dieu et homme, est le médiateur entre l'humanité et Dieu ! Voilà sa mystérieuse et splendide économit à plan divin !
Et quel langage plein de vivacité, de chaleur et de force ! Quelle clarté dans le raisonnement ! Qu'importe le nom, ou le renom du prédicateur, pourvu qu’il prêche la parole de Jésus-Christ ? Celui qui plante et celui qui arrose, celui qui pose le fondement de l'édifice et celui qui le construit sont tout un, pourvu qu'ils soient des serviteurs du Christ et des aispensateurs des mystères de Dieu !
Le grand apôtre n’est pas jaloux d’Apollos. Il reconnaît même sa propre infériorité comme orateur. ‘Quand je suis venu chez-vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse : je n'avais nul besoin de savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié !.. .”
O Paul, cest trop d’humilité! Et quel que fût le talent oratoire d’Apollos, combien son éloquence devait être inférieure à la “Atre !
Aussi ses discours ne lui ont-iis pas survécu, tandis que les vôtres, Paul, ont fait l'admiration du monde et des siècles, et sont encore aujourd’hui la grande autorité dans l’enseignement dogmatique et moral de l'Eglise catholique.
Après avoir ainsi revendiqué l'autorité de sa prédicaticn, et blâmé leurs divisions personnelles, il dit aux Corinthiens :
‘I y a des impudiques parmi vous, et même ua
incestueux ; et: vous vous enflez d’orgueil, au lieu d’être dans le deuil et dans les larmes !..… Ne vous y trompez point ; ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les caloinniateurs ne possèderont le royaume de Dieu. Voilà pourtant ce que vous étiez, au moins quelques-uns d’entre vous ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'esprit de notre Dieu... Ne savez-vous donc pas que vos Corps sont des membres du Christ ? Prendraiie donc les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ?... Ne savez-vous pas que votie corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n'êtes plus à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à grand prix.
“ Glorifiez done Dieu dans votre corps, Ô Corinthiens ! ...”
Par une transition toute naturelle, l’apôtre répond à des questions qui lui ont été posées sur le mariage et sur la virginité :
“Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ” — c’est-à-dire qu'ils fussent capables de vivre dans l’état de virginité.—‘*" A ceux donc qui ne sont pas mariés, et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi-même. Mais s'ils ne peuvent se contenir, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler.
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‘Quant aux personnes mariées, 7'ordonne — non pas moi, mais le Seigneur — que la femme ne se sépare noint de son mari. Si elle en est sépArée, qu’elle reste sans se remarier, ou qu’elle se réconcilie avec son mari : pareïillement, que le mari ne répudie point sa femme.”
Ainsi est posé le précepte de l’indissolubilité du mariage.
“ La femme, ajoute-t-il, est liée aussi longtemps que vit son mari. Si le mari vient à mourir, elle est libre de se remarier à qui elle voudra ; seulement que ce soit dans le Seigneur. Elle est plus heureuse néanmoins, si elle demeure comme elle est: c'est mon avis, et je crois avoir, moi aussi, l'Esprit de PE: 7.
Puis, l’apôtre revient à l’état de virginité, qu’il préfère évidemment, et qui est à son avis, le plus parfait : ‘ Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur, mais je donne un conseil, comme ayant reçu du Seigneur la grâce d’être fidèle.” Il ne commande pas la virginité, mais il la conseille, à condition toute fois qu’on puisse y être fidèle.
À cet éloge de la virginité l’apôtre ajoute celui de la chasteté dans le mariage ; et sans négliger les autres vertus, il élève la charité au-dessus de toutes les autres. On ne saurait montrer avec plus de force combien elle est indispensable au salut :
“ Quand je parlerais les langues des anges et des
hommes, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je possèderais toute science ; quand j'aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien...
“I y a trois choses qui demeurent : la foi, l’espérance, la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité.”
Quelle énergie et quelle beauté dans ce langage !
Chez les Corinthiens, comme à J érusalem, comme à Athènes, comme à Rome, parmi les Juifs comme parmi les Gentils les plus civilisés, la grande controverse religieuse de cette époque avait pour sujet la résurrection des morts.
Paul le savait, et pendant les dix-huit mois qu'il avait passés à Corinthe il n'avait pas manqué d’enseigner ce dogme fondamental du christianisme, la résurrection. Les Corinthiens avaient cru. Mais, après son départ, les discussions avaient recommencé.
Il y revient donc dans sa lettre :
‘Je vous ai enseigné avant tout que le Christ est mort pour nos péchés, et qu’il est ressuscité le troisième jour. Il est apparu à Céphas (Pierre),
OT
puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l’avorton. Car je suis le moindre des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu... Et voilà ce que vous avez cru.
“Or si le Christ est ressuscité, comment quelques-uns d’entre vous peuvent-ils dire maintenant qu’il n’y a point de résurrection des morts ? S'il n’y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi est vaine... ”
Et alors l’apôtre réaffirme sous toutes les formes que le Christ est vraiment ressuscité, que tous ceux qui l’affirment et qui l’ont vu ne sont pas de faux témoins ; que nous mourons tous dans Adam et que nous ressuscitons dans le Christ... et l’apôtre conclut :
“Mais, dira quelqu'un, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennentils ? Insensé! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt auparavant. Et ce que tu sèmes ce n’est pas le corps qui sera un jour. C’est un grain, une semence ; mais Dieu lui donnera un corps comme il l’a voulu, et à chaque semence il donne le corps qui lui est propre...
‘’Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible : semé dans l’ignominie, il ressuscite glorieux ; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force ; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel...
“ Le premier homme (Adam) tiré de la terre est terrestre ; le second, (Jésus-Christ) qui vient du ciel est c4'este. .. Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleëte. Ce que j’affirme, frères, c’est
* ni la chair ni le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu... Il faut que ce COrpsS Corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. .. ”
Quelle lumière cet admirable enseignement de saint Paul répand sur le mystère de la mort et de la résurrection {