‹ Paulina [microforme]Chapitre 45 sur 79 · GALATES INSENSÉS · texte numérisé non relu

GALATES INSENSÉS

Réunies ensemble les épîtres du grand apôtre forment en quelque sorte un cinquième évangile.

Mais elles ne sont pas, éomrae l’œuvre des quatre évangélistes, un récit historique. Elles sont plutôt un enseignement doctrinal, une démonstration de la religion de Jésus-Christ, une défense contre les attaques de ses ennemis.

Plusieurs sont des œuvres d’apologétique et même de polémique contre les premiers hérétiques, qu’on appelait les judaïsants.

De ce genre sont les épîtres aux Corinthiens et aux Galates. C’est cette dernière qu’il nous faut maintenant reproduire.

Comme à Corinthe, des dissensions religieuses avaient surgi dans les Eglises de la Galatie. Elles se laissaient entraîner hors des sentiers de la vérité par divers” docteurs ljudaïsants qui venaient de Jérusalem. =

Paul afrencontré partout ces fauteurs de discorde qui prétendaient seuls prêcher la vraie doctrine et qui en vérité ne faisaient que mêler l'ivraie au bon grain.

Leur doctrine fondamentale était que les prati-

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ques mosaïques et surtout la circoncision étaient encore nécessaires à la sanctification. La justification par la seule foi en Jésus-Christ que Paul prêchait était en conséquence une hérésie, d’après eux.

D'ailleurs, disaient-ils, Paul n’avait pas l’autorité apostolique. Sa mission n'avait pas une origine régulière. Son ministère ne lui venait pas des chefs de l'Eglise instituée, ni de Jésus- Christ, qu’il n’avait pas connu pendant sa vie mortelle, et dont il avait même persécuté les disciples.

Les Galates descendaient des Gaulois, et ils étaient légers et instables comme leurs ancêtres. Il n’y avait pas longtemps que Paul leur avait enseigné la vérité, et c'était tout récemment qu'ils lui avaient témoigné leur confiance et leur attachement. Et voilà qu'ils s'étaient laissés séduire par les faux docteurs, et qu’ils doutaient de la mission du grand apôtre et de la vérité de son enseignement.

Quelle douleur pour saint Paul ! Il en a l’âme bouleversée, et sa première parole sera l'affirmation énergique de son autorité et de sa dignité.

Ah ! l’on met en doute sa qualité d’apôt.a ?

Mais qui donc est plus apôtre que lui ? Qui done a reçu de plus haut le ministère apostolique ? Je me le représente dans une attitude pleine de majesté, et sous l'empire d’une forte émotion, quand

il adresse à ses ouailles 1 fidèles cet noble et fière salutation :

“ Paul, apôtre, non de i:: nart des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père, aux Eglises de Galatie, que la paix et la grâce vous soient données ! ”

O Galates, semble-t-il leur dire ne me reconnaissez-vous pas ? C’est moi, Paul, l’apôtre qui vous a évangélisés avec tant d’affection. Je vous l’ai dit alors, ce ne sont pas des hommes qui m'ont envoyé vers vous, et ce n’est pas un homme qui m’a fait apôtre. C’est Jésus-Christ et Dieu le Père qui m'ont donné la consécration apostolique, et c’est par eux que la paix et la grâce vous seront données. :

Quel prologue ? Et dans quelles hauteurs le sublime apôtre emporte ses ouailles avant de leur reprocher leur inqualifiable erreur ?

Et, sans plus tarder, il leur dit : “ Je m'étonne que vous vous détourniez si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, pour passer à un autre Evangile ; non qu'il y ait un autre Evangile, non, il n’y en a pas d’autre ; et si un ange venu du ciel vous annonce un autre Evangile, qu’il soit anathème !

“Je vous l'ai dit précédemment, et je vous le déclare de nouveau, l'Evangile que je vous ai prêché n’est pas de l’homme, car ce n’est pas d’un homme, mais de Jésus-Christ lui-même que je l’ai appris...

Dans ce que je vous écris, j’atteste devant Dieu que je ne mens point.”

Quelle énergie dans l'affirmation ! Et quelle vivacité dans l’expression !

On prétend qu’il n’a pas reçu son autorité des chefs, de ceux que l’on considère comme des colonnes de l’Eglise. Ecoutez sa réponse pleine de-vie et de mouvement. Après avoir raconté ses voyages à Jérusalem et ses entrevues avec les chefs, il ajoute :

‘Quant à ceux qu’on tient en si haute estime — ce qu’ils ont été autrefois ne m'importe pas : Dieu ne fait point acception des personnes — ces hommes si considérés n’ont rien ajouté à ma doctrine. Au contraire, voyant que l’Evangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, — car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’apôtre des Gentils — et ayant reconnu la grâce qui m’avait été ‘accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, en signe de communion, pour aller, nous aux païens, eux aux circoncis. ..

“ Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était digne de blâme. En effet, avant l’arrivée de certains personnages qui venaient d’auprès de Jacques il mangeait avec les païens, mais quand ils furent venus, il s’esquiva

et se tint à l'écart, par crainte des circoncis. Avec lui, les autres Tuifs usèrent aussi de dissimulations, en sorte que Barnabé lui-même s’y laissa entraîner. Voyant qu’ils ne marchaient pas dans la voie droite de la vérité de l'Evangile, je dis à Céphas en présence de tous : Si toi, qui es juif, tu vis à la manière des Gentils et non à la manière des Juifs, comment peux-tu forcer les Gentils à judaïser ? ”

Il va sans dire que Paul ne reproche pas à Pierre d’avoir erré dans la doctrine. Ils sont d’accord sur les principes, et tous les deux savent que l’homme est justifié par la foi en Jésus-Christ et non par les œuvres de la Loi (mosaïque). Ce qu’il reproche à Pierre c’est d'observer, en présence et par crainte des Juifs, certaines prs*'""nes des judaïsants. Ni Pierre, ni les autres a+: : n'ont résisté à Paul à ce sujet. C’est une f . de conduite, qui fait très bien comprendre que le chef de l'Eglise n’est pas impeccable, ce qui ne l'empêche pas d’être infaillible.

Tantôt Paul s’indigne, et il s’écrie :

‘O Galates insensés ! Qui donc a pu vous fasciner pour ne pas obéir à la vérité, vous aux yeux de qui j’ai tant de fois évoqué pour l’imprimer en vous Jésus-Christ crucifié ?... Est-ce par les œuvres de la Loi que vous avez reçu l'Esprit ou par la prédication de la Foi ? Avez-vous si peu de sens qu’après avoir commencé par l'esprit vous finissiez par la chair?”

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Et pour leur faire bien comprendre ce qu’ils sont devenus par la Foi, il leur montre toute la sublimité de leur nouvelle condition dans ce magnifique langage :

“ La loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fussions justifiés par la Foi. Mais la Foi étant venue nous ne sommes plus sous un pédagogue. Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Par le baptêrne vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni juif ni grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre... Tous vous êtes au Christ...”

Tantôt, Paul s’émeut au souvenir de l'affection que ses chers Galates lui ont témoignée. Il était allé chez eux malade, soumis à diverses infirmités, souffrant d’une ophtalmie qui le rendait presque aveugle et il n’oubliait pas les bontés qu’ils avaient eues pour lui :

“Vous ne m'avez témoigné ni mépris, ni répulsions ; vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ. Que sont devenus ces sentiments ? Car je vous rends témoignage que, si cela eût été possible, vous vous seriez arrachés les yeux pour me les donner... Mes petits enfants, pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, combien je voudrais être auprès de vous à cette heure !.. .”

Sans doute, les Galates ne restèrent pas insensi-

bles à ces paroles si tendres de l’apôtre. Mais la question en litige entre Paul et les judaïsants continua d’être agitée, surtout à Jérusalem et à Antioche.

Elie fut bientôt résolue par le Concile de Jérusalem auquel Paul reçut l'accueil le plus fraternel, et entendit Pierre approuver son enseignement.

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