PRES MN DE TRE DER LE RERO ER ERA MENÉS ETAT AN ARTE PEN T
Persoune ne parlait plus, la terreur était générale. Sans force ni courage, muets de stupeur, plus désemparés que le vaisseau lui-même, écrasés sous la force et la cruauté des éléments, les passagers gisaient sur le pont comme des machines brisées.
Il y avait treize jours que la tempête durait, et la mort paraissait inévitable quand le quatorzième jour commença. Plusieurs passagers qui croyaient ‘encore à Neptune le suppliaient en vain de calmer la tempête. Heureusement Paul avait à son seryice une force nouvelle, encore inconnue, et qui pouvait maîtriser à la fois et les flots de la mer et les âmes. Au milieu de tous ces malheureux dont la perte était imminente, Paul se leva soudain et leur dit :
‘“ Ecoutez-moi, et prenez courage. Aucun de vous ne périra. Cette nuit même, un ange du Dieu à qui j’appartiens et que je sers m'est apparu et m’a dit : Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi; nous allons pres sur une île, et nous serons tous sauvés. ?
Tous ces désespérés le crurent, et front tout ce qu’il leur demanda. Il prit le commandement du navire. Il dénonça aux officiers le projet que ‘ quelques matelots avaient formé de mettre la chaloupe à l’eau pour s'enfuir, il la fit jeter à la mer. Puis, il dit à tous : “Je vous le répète. aucun de vous ne périra ; mais il ne faut pas vous
laisser mourir de faim, il faut manger, ” et il se mit à manger lui-même.
Malgré toute l’horreur de la situation, tous reprirent courage et mangèrent avec l’apôtre. Quand le jour se leva, une petite île était devant eux à l'horizon. Emporté par le vent, le navire alia s’enliser dans un banc de sable; où la vague commença à le démolir. Il y avait deux cent soixante-seize passagers à bord. Les uns à la nage, les autres sur des épaves, tous arrivèrent sains et. saufs au rivage.
L’île se nommait Melita (Malte) et les naufragés. y furent très bien traités par les insulaires. Ils y passèrent l’hiver.
La mission que Paul allait remplir à Rome, il I& commença done à Malte. Souvent il allait en compagnie du centurion ou de quelque soldat de sa suite faire de longues courses dans les montagnes, ou sur les promontoires de l’île, dans les petits villages de pêcheurs disséminés sur la côte, et comme: le souvenir de Jésus était toujours présent à son esprit, il en -“lait sans cesse. Il racontait les merveilles de .4 vie, à ces populations païennes, et, il leur apprenait à connaître le vrai Dieu. :
Le gouverneur de la ville se nommait Publius et son père était gravement malade. Paul entra chez lui, lui imposa les mains et le guérit. Un grand nombre d’autres malades lui furent alors amenés, et il guérissait à la {ois les corps et les âmes.
DE MELITA A ROME
Dès cette époque lointaine, comme dans les temps modernes, les vaisseaux en bois portaient à leur avant, sous le beaupré, une sculpture plus ou moins artistique, représentant un personnage historiqué ou religieux, humain ou divin, qui les désignait et leur conférait un nom. Celui que le centurion trouva à. Melita portait l’enseigne ‘ de Castor et Pollux, dont les images étaient aussi gravées sur les monnaies romaines. Il venait d'Alexandrie et il avait passé l’hiver à Melita. Après de courtes escales à Syracuse et à Rhegium, il vint jeter l’ancre dans le port de Putéoli (aujourd’hui Puzzuoli, ou Pouzoïles). Paul fut bien étonné d’y trouver des chrétiens, qui, à force d’instances, le retinrent pendant sept jours avec ses compagnons de voyage.
Qui avait déjà converti cette population ? L'histoire n’en raconte rien d’authentique. Mais selon la tradition, ce serait saint Pierre qui aurait abordé au même endroit en venant à Rome vers l'an 42, après qu’il eût échappé à la persécution d'Hérode-Agrippa.
Que de récits inté'essants dût faire à ces premiers chrétiens le grand apôtre des Nations, pen-
y les ent plus nage
qui | que eigne aussi enait elita.
ium,
(au- | fut force avec ion ?
Mais urait vers ution
s pre- , pen-
dant les sept jours qu'il passa avec eux ! Et quelle joie ils eurent d'apprendre avec quelle rapidité se répandait dans le monde civilisé la connaissance du nouveau culte ! Lorsque Paul prit congé de ses nouveaux amis, scs prédications s'étaient propagées dans la grande ville de Néapolis et le nombre des néophytes avait décuplé.
Le centurion connaissait très bien le chemin à suivre pour aller de Puzzuoli à Rome, et c’est à Capua que les voyageurs allèrent rejoindre la Via Appia. Deux jours après, ils avaient atteint Terracina à 70 milles de Rome. Le troisième jour, ils traversèrent les marais Pontins dans un long bateau plat remorqué par une mule ; et vers le soir, ils abordèrent au forum d’Appius formé d’un marché, d’une hôtellerie et de quelques maisons. Ils y passèrent la nuit.
Une agréable surprise les y attendait. La plupart de ceux que Paul avait salués nommément dans son épître aux Romains étaient venus l'y rencontrer. Paul les embrassa tous, comme ses enfants ; il s’assit avec eux à la table qu'ils avaient préparée pour le recevoir, et il leur raconta toutes les péripéties de son voyage, et toutes les merveilles de la propagation évangélique.
Le lendemain matin les voyageurs reprirent
leur route, en suivant toujours la Via Appia.
Le centurion à cheval marchait en tête avec quel-
ques légionnaires et les autres soldats fermaient la marche. Quarante milles les séparaient encore de Rome.
Il faisait une belle journée de la fin de mars, et sur les bords de la route les violettes s’épanouissaient dans l'herbe verte. Tous semblaient heureux, et cheminaient par groupes, causart en marchant. Les Juifs venus de Rome interrogeaient tantôt Paul de Tarse, tantôt Luc, ou les légionnaires, et chacun racontait les péripéties de leur aventureux voyage.
‘“ Oh! disaient les légionnaires, nous avons failli périr bien des fois, et si nous ne sommes pas tous Au fond de la mer, c’est bien parce que cet homme extraordinaire nous a sauvés. ”
Chacun faisait son récit de quelque incident du voyage. Aux Trois-Tavernes, les voyageurs firent une nouvelle station ; et ils y trouvèrent un nouveau groupe de chrétiens, venus de Rome au devant de Paul. Bientôt, ils entrèrent dans cette partie de la voie qui est bordée de tombeaux.
Les monuments funéraires, les pyramides de marbre, les tours, les rotondes et surtout les inscriptions les arrêtèrent souvent, et ralentirent leur marche. Non loin des tumuli des Horaces et des Curiaces, sur les dalles de marbre d’un tombeau qui n’avait pas encore vieilli, ils lurent les noms de deux femmes restées célèbres ? Rome, Terentia, épouse de Cicéron, et Tullia, sa fille.
Arrivés au mausolée de Cecilia Metella, ils firent halte. Paul monta sur le parapet supérieur de la tour à créneaux, et il eut alors sous les yeux pour la première fois le magnifique panorama de la ville des Césars.
“ La nature fait de belles choses, dit-il au centurion, mais les hommes aussi en font de très belles ; ’et il se laissa gagner par l'admiration. “Et pourquoi le génie de l’homme, émanation de l’idéal divin, ne ferait-il pas des œuvres admirables ? ”
Paul regarda longtemps. Que d’édifices majestueux couronnaient les sept collines et formaient par leur réunion des montagnes d'architecture grecque et romaine ! Quels portiques ! Quelles colonnades superposées ! Que de palais, que d’arcs de triomphe ! Que de théâtres et de thermes ! Paul se faisait nommer les monuments, les plus élevés qu’il indiquait de la main ; mais . il contempla surtout celui qui dominait tous les autres et qui était le temple de Jupiter au sommet du Capitole. Son dôme de marbre et d’or qui scintillait aux feux du soleil lui rappela la coupole du Saint des Saints du temple de Jérusalem.
Tout à coup, Paul inclina la tête sur sa poitrine et se prit à pleurer.
Luc s’approcha et lui dit : “ Paul, pourquoi pleurez-vous ? ”
Paul répondit : “ Regarde ce temple splendide
qui domine Rome. C’est le polythéisme fait monument, et l’autre merveille que nous avons quittée pour toujours peut-être, c’est le judaisme pétrifié dans le temple de Jérusalem. Tous deux ‘araissent également indestructibles. Et cependant, de l’un comme de l’autre, il ne restera pas pierre sur pierre.
‘“ Les derniers jours de Jérusalem ar 2rochent, et tous les crimes qu’elle a commis et qu’elle n’a pas voululaver dans les larmes du repentir, elle les expiera dans le sang et dans le feu. Le jour de la terrible expiation est presqu’arrivé pour lle. Or, il en sera de même du temple Capitulin quand Rome aura, comme Jérusalem, tué Jésus de Nazareth dans ses apôtres et dans ses saints. De même que les soldats de Rome auront rasé Jérusalem, les barbares du Nord viendront et détruiront la Rome païenne !...”
Quand Paul sortit du tombeau de Cecilia Metella les voyageurs reprirent leur marche, et bientôt ils passèrent devant le tombeau des Scipions et sous la porte Capena.
— O Romains, qui vous abandonniez tout récemment à des joies délirantes, quand vous reccviez dans vos murs le monstre à face humaine que l’histoire a nommé Caligula ! O vous, qui avez alors immolé plus de cent soixante mille victimes en actions de grâces pour cet inappréciable présent des dieux ! O Romains, quel accueil allez-
: L nl Mme EC RRMRIeE) |A
vous donc faire à cet homme qui vous apporte la vérité et la liberté ? Est-il & ac vrai que vous allez le inger en prison ?
Quel aurait été votre étonnement quand vous l’avez rencontré aux portes du grand cirque si quelqu'un vous avait dit : C’est le plus grand des citoyens romains qui fait son entrée dans la capitale du monde civilisé. Humble et pauvre d'apparence, il y arrive comme le plus vulgaire des voyageurs, hâlé, atigué du voyage et de la mer. Qu’y vient-il faire ? Du commerce ? Le trafic des produits d'Orient ? Cherche-t-il des richesses où des plaisirs ? Oh! des plaisirs, cette grande ville en es remplie. lille est la grande prostituée vers laquelle accourent toutes les nations de la ter.e.
Y at-il des reiations ? Appartient-il à quelque grande famille ? Possède-t-il quelques millous de sesterces pour acheter quelque charge publique, ou arriver à quelque proconsulat, dans | les provinces lointaines de l’immense empire ? Non, ni 'es richesses, ni les honneurs, ni les plaisirs ne l’attirent. Dormez en paix, ambitieux et courtisans, assoiffés de popularité, et poursuivez vos rêves de grandeur et de elvire.
Il ne vous fera pas concurivnce celui qui entre à pied, couvert de sueur et de pc issière, dans cette Voie Triomphale, qu'ont parcourue avant lui, avec toute la pompe et la majesté des d'eux,
les grands hommes de guerre, les conquérants et les Césars. Non, rien ne le tente de ce qui attire et absorbe toutes vos facultés. Et cependant, son ambition est plus haute que la vôtre, car «lle domine même votre intelligence. Déjà, il a parcouru une grande partie du vaste empire romain, et partout il a laissé des traces de son passage. Partout, il a fait des conquêtes que vous ne soupçonnez pas, car ce sont des millions d’âmes qu’il a conquises à la foi de Jésus-Christ.
Vous ne connaissez en ce monde que les forces matérielles. Lui connaît la force morale, et il la possède ; et il la met au service de Jésus de Nazareth. Et avec cette force que vous ignorez, il renversera tout — autels des dieux et trônes des Césars, institutions séculaires et décrets du sénat, puissance militaire, culte des faux dieux, temples et palais. Tout croulera au souffle ‘- l'esprit nouveau que cet homme apport:, et tout sera renouvelé et rajeuni. Ce sera sa Rome, à lui, qui deviendra la Ville Eternelle. Mais en attendant que les jours de ce grand triomphe se lèvent sur le monde, Paul n’est qu'un pauvre prisonnier ; et c’est au Castrum Prætorianum que le centurion le fait conduire.
Il semble tout d’abord que Paul commit une erreur en faisant cet appel à César ; car il aurait pu être relâché par Festus, comme l’a déclaré le roi Agrippa. Mais au contraire, sans qu'il ait
songé peut-être à se moutrer habile, son appel avait été un acte de grande habileté. Car ‘il avait été relâché les Juifs auraient sûrement exécuté le complot qu'ils avaient formé de le faire mourir. En allant devant César non «:ulement il échappait à leurs atteintes, mais il allait à Rome, qu’il se proposait de visiter depuis quelques années ; et il y était transporté : ux frais de l'Etat.
Une fois devant le tribunai de César, Paul n'avait plus qu’à attendre que ses accusateurs de Judée et leurs témoins se présentassent à Rome, pour soutenir leurs accusations. Cette attente se prolongea deux ans, et dans l'intervalle, Paul ne fut soumis qu’à une demie captivité. Cette liberté relative lui permettait de remplir sa mission, et d’opérer de ncmbreuses conversions. Il eut d’abord des relations avec les Juifs du Ghetto : mais il n’oublia pas que sa mission spéciale était de convertir les Gentils.
Cette œuvre était déjà commencée, et l'Eglise Romaine était fondée, puisqu'il avait écrit son épitre aux Romains trois ans auparavant, alors qu’il était encore à Corinthe. En terminant cette épitre, il énumérait les personnes qu’il connaissait déjà, et auxquelles il envoyait des salutations.
Suivant la ligne de conduite qu'il s'était tracée, Paul commença par faire connaître sa mission aux Juifs. Dans une réunion convoquée par lui.
même il leur déclara qu’il n’avait jamais combattu ni les Juifs qui étaient ses frères, ni leurs institutions. Ses frères de Judée l’en avaient accusé, mais à tort ; sa croyance dans l’avènement accompli du Messie avait été la seule cause de son arrestation. Les Juifs répondirent sans se compromettre, et demandèrent une autre réunion plus nombreuse.
Cette seconde assemblée eut lieu quelques jours après. Elle dura tout un jour et fut très orageuse. Pendant des heures, Paul exposa sa doctrine, c’est-à-dire la doctrine du Christ. Pendant des heures il discuta très fortement avec ses nombreux contradicteurs. A la fin, il s’indigna comme son Maître dans ses dernières prédications au temple de Jérusalem, et il les flagella avec une éloquence véhémente. Il leur appliqua les reproches du prophète Isaïe : ‘“ qu’ils ne voyaient pas et qu’ils n’entendaient pas, parce qu’ils ne voulaient ni voir ni entendre” ; et il leur annonça que le salut qui leur était offert, et dont ils ne voulaient pas, serait désormais porté aux Gentils, et reçu et accepté par eux.
Un petit nombre s’attachèrent à lui, mais le plus grand nombre repoussèrent son enseignement. Dès lors, Paul se retourna tout à fait vers les Gentils, suivant la mission qu’il avait reçue.
CIViS ROMANUS SUM
Plusieurs fois, dans ses courses à travers le monde, Paul avait dû prononcer ces paroles pour se protéger contre les Juifs. Etrange situation nationale, Paul, qui était juif, était partout poursuivi, persécuté, menacé de mort par ses compatriotes. Mais alors il invoquait son titre de citoyen romain, et ce titre seul faisait trembler ses ennemis.
A Philippes, nous avons vu les magistrats s’humilier devant lui, et venir eux-mêmes lui ouvrir les portes de la prison dès qu'ils apprirent qu’il était citoyen romain.
À Jérusalem, le tribun Lysias avait donné l’ordre de le flageller : mais il avait révoqué cet ordre, dès que Paul lui eut dit : Il ne vous est pas permis de flageller un citoyen romain qui n’a été condamné par aucun tribunal.
Et maintenant, Paul était dans Rome, la capitale du monde civilisée, la grande ville qu'il pouvait appeler sa ville, puisqu'il y avait le droit de cité.
Il n’y était pas renfermé dans les murs d’une prison, comme à Philippes, et à Jérusalem, et la garde du soldat prétorien lui laissait assez de liberté pour y habiter une maison louée par lui-même. Quel
fut alors son genre de vie ? A quelles œuvres consacra-t-il ses journées ! L'histoire, hélas ! n’en dit presque rien ; et saint Luc se contente d'écrire les lignes suivantes :
‘“ Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu’il avait louée. Il recevait tous ceux qui venaient le visiter, prêchant le royaume de Dieu, et enseignant ce qui regarde le Seigneur Jésus-Christ, en toute liberté et sans empêchement.”
Dans quel quartier de la grande ville vécut-il ? Plusieurs écrivains sont d’opinion qu’il aurait habité une maison au coin des rues qu’on nomme aujourd’hui St Barthélémi dei Vaccinari et Strengari, dans le Ghetto. Mais, cela me paraît fort douteux, les Juifs avaient très mal reçu ses premières prédications, et Paul leur reprochant sévèrement la dureté de leur cœur s’était tourné vers les Gentils auxquels il était spécialement envoyé.
Il n’y avait done aucune attraction pour lui dans le quartier des Juifs, qui était d’ailleurs trop éloigné du Camp Prétorien, sousla garde duquel il était placé.
La tradition catholique à Rome a toujours cru qu’il habita ce qui est aujourd’hui la crypte de l’église de Santa Maria in Via Lata (Sainte Marie du Corso). C'était encore un peu loin du Camp Prétorien, mais c'était bien au centre de la partie la plus populeuse de la ville, l’endroit où circulait la foule, et où Paul pouvait entrer le plus facilement
en relation avec les Romains de toutes les classes.
Il me parait donc raisonnable d’accepter cette tradition. Les chrétiens étaient déjà nombreux à Rome. Qui donc y avait fondé l'Eglise de Jésus- Christ ? De nombreux témoignages ont établi la tradition constante que ce fut Pierre, qui vint à Rome, pendant que Paul évangélisait une partie de l’Asie Mineure.
Mais Pierre s'était dévoué plus spécialement aux circoncis tandis que Paul était l’apôtre des incirconcis.
En terminant son Epiître aux Romains, Paul avait dit : Saluez Prisca (ou Priscilla) et Aquila : et saluez aussi l'Eglise qui est dans leur maison... Saluez ceux de la maison d'Aristobule ; Saluez ceux de la maïson de Narcisse qui sont dans le Seigneur... Saluez Asyncrite etc. etc. et les frères qui sont avec eux. Saluez Philologue etc. etc. et tous les saints qui sont avec eux. Toutes les Eglises du Christ vous saluent.
Dans toutes ces salutations Paul désignait évidemment autant de groupes chrétiens dont les maisons contenaient des chapelles, ou étaient érigés en églises
Et il y en avait d’autres. Il y avait celle de Clément, dont on a retrouvé l’oratoire sous la crypte de l’église de saint Clément à Rome. Il 4 avait la maison du sénateur Pudens, où saint Pierre résida, célébra les saints mystères, consa-
4 ‘ - è 4 à MAMAN PIED | ÉTÉ ARRREES | PAM TR PH LE ne Lo DA RETURN NAPPES
cra Lin et Clet, qui furent ses successeurs.
Il y en avait d’autres encore, dont l’histoire ne nous a pas fait connaître les noms, et qui n’étaient pas connues du public romain. Car le grand nombre. des chrétiens dans la ville des Césars ne fut connu qu’au jour où la persécution commença, sous Nérou, alors que Tacite annonce qu’il y en avait une grande multitude, ingens muititudo.
Dès que Paul eut pris son logement dans la via Laia, il n’est pas douteux qu’il en transforma une grande partie en église, qu’il y célébra les saints mystères, et qu’il en fit le lieu principal de ses prédications.
Bien souvent sans doute il alla prêcher aussi dans l’église érigée par Priscilla et Aquila dans leur maison du mont Aventin, dont il reste encore des vestiges ; et dans celle du sénateur Pudens, qui s'élevait à l’endroit où l’église de Sainte-Pudentienne attire aujourd’hui tous les pèlerins de Rome.
C’est là que Pierre avait prêché avant lui, et opéré de nombreuses conversions. L’édit de Claude contre les Juifs l’avait contraint à quitter Rome et à retourner en Orient.
Mais Paul se rappelait les prédictions de Jésus de Nazareth, et il avait le pressentiment qu’un jour Pierrese retrouverait à Rome avec lui, et que tous les deux, ils verseraient leur sang comme leur Maitre, pour cimenter les murs de l'Eglise bâtie sur Pierre.
Le champ d’action qui venait de s'ouvrir devant lui était immense. Rome était le centre de ce vaste monde des Gentils qu’il avait la mission d’évangéliser. Rome était la grande voie ouverte à toutes les nations de la terre : mais il n’oubliait pas les nombreuses églises qu'il avait déjà fondées chez les peuples d'Orient.
Il restait en communications constantes avec elles, et ne pouvant plus leur parler de vive voix il leur écrivait. C’est de Rome que sont datées ses admirables lettres aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Hébreux, aux Colossiens, à Philémon, à Tite de Crête. C’est à Rome qu’: projetait d’aller visiter les Gaules et l'Espagne, dès qu’il aurait recouvré la liberté.
Sa maison était sans doute très fréquentée, et il avait auprès de lui pour l’assister dans le saint ministère Luc, le médecin bien-aimé, auquel il faisait écrire les Actes des Apôtres. Timothée qui écrivit avec lui l’épître aux Philippiens, Tychique, qui fut le porteur des épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens ; Démas qui l’abandonna plus tard, Tite qui alla en Dalmatie et en Crête, Crescent, qui fut envoyé en Galatie, et d’autres encore.
Il avait en outre des relations très utiles dans le monde, parmi ceux qu’il convertissait à la foi. Sa lettre aux Philippiens se termine ainsi : Les frères qui sont avec moi vous saluent. Tous les saints
vous saluent, et principalement ceux de la maison de César.”
Cette salutation spéciale des chrétiens de la maison de César a son importance. Paul ne les noinme pas, par prudence, et pour ne pas les exposer aux délations. Mais il sait bien que les chrétiens d’Orient seront heureux d’apprendre que le christianisme a pénétré jusqu’à l’intérieur du palais des Césars, et s'y développe sous la direction de l’apôtre.
De la wa Lata Paul pouvait se rendre au mont Palatin en quelques minutes de marche ; et non seulement il y rencontrait des amis dévoués, mais il y visitait fréquemment les officiers du Prétoire pour demander qu’on lui fit son procès, et pour les informer qu’il se tenait toujours à la disposition de la garde prétorienne, logée au palais même.
Le Camp Prétorien, composé de plusieurs cohortes de troupes choisies était situé au nord de Rome, entre la ma Nomentana et les Thermes de Dioclétien. C'était ce corps de troupes qui nommait généralement les empereurs, et l’une de ces cohortes formait la garde impériale et habitait le Palais.
Les visites fréquentes de Paul au Prétoire, et au camp prétorien, ses relations avec les officiers, surtout avec ceux de la Garde, logés au Palais, ses prédications aux nombreux chrétiens disséminés un peu partout, l’avaient fait connaître
dans toutes les classes de la société romaine,
On savait qu'il était juif, mais que les Juifs le persécutaient, ce qui lui assurait la sympathie des Rorains. Car les Juifs étaient considérés comme des ennemis plus ou moins déguisés de Rome.
On savait qu’il était venu de Jérusalem pour y subir un procès, en appel devant le tribunal de César ; mais on savait aussi qu'il n’était accusé d’aucun crime, et que c'était seulement À cause de ses opinions religieuses que ses compatriotes le persécutaient.
On le disait savant, éloquent, versé dans les Lettres hébraïques, greca..es et latines ; et l’on affirmait qu’il avait converti à la religion qu’il professait un grand nombre de villes de la Palestine, de l’Asie Mineure, de la Macédoine et de la Grèce.
On racontait enfin qu’il accomplissait des prodiges bien plus grands que ceux de Simon le Magicien, surnommé la Grande Vertu de Dieu...
Parmi ceux que Paul convertit dans le palais impérial le martyrologe mentionne Torpès, grand officier de l’empereur, et son échanson Evellius.
Comment Sénèque qui connut certainement le grand apôtre et qui l’entendit sans doute parler de Jésus-Christ ne fut pas converti ?
Nous ne le savons pas. Mais nous savons très bien quels sont les obstacles qui empêchent ordinairement la conversion des savants et des hom-
mes de lettres. Tantôt c’est l’orgueil, et tantôt ce sont les amours illégitinies. Et puis, Néron, l'élève de Sénèque et de Burrhus, ce monstre qu’ils avaient eux-mêmes formé, ne leur laissa ni la liberté ni le temps nécessaires pour embrasser la vie chrétienne. Burrhus fut empoisonné en 61 par ordre de l’empereur, et Sénèque s’empoisonna lui-même sur un ordre semblable. Gallion, son frère, proconsul à Corinthe, se perça lui-même de son épée quand il fut disgracié.
Et pendant que ces hommes disparaissaient dans l’ombre d’une mort sans gloire, Paul continuait sa mission dans la calme sénérité d’une foi inébranlable, et dans la douce satisfaction du devoir accompli. Il voyait les âmes venir à lui de toutes les directions et de toutes les contrées, poussées par l'Esprit, et trouvant dans les œuvres de la foi chrétienne la paix de la conscience et l’espérance d’un bonheur sans fin dans un monde meilleur.
Pour lui-même il ne cherchait ni les honneurs, ni la gloire, et cependant le jour venait où tous ces grands hommes, qu’il coudoyait sur son chemin si modeste et si laborieux, seraient oubliés, pendant que des milliers de voix chanteraient sa gloire, dans le monde entier.