‹ Paulina; roman des temps apostoliquesChapitre 23 sur 66 · SAUL ET SERGIUS PAULUS · texte numérisé non relu

SAUL ET SERGIUS PAULUS

L'île de Chypre était une pro\'ince sénatoriale; ce qui veut dire qu'elle était gouvernée par un proconsul, nommé par le Sénat de Rome. Il s'appelait Sergius Paulus.

C'était un noble romain, descendant d'une très ancienne famille sénatoriale, qui comptait parmi ses ancêtres les Paul-Emile et les Scipions. Il était versé dans les lettres et les sciences, et il avait la réputation d'être un homme de bien. A Rome, il s'était lié d'amitié avec PUne l'Ancien, qui le loue dans son Histoire du Monde.

Pendant une mission qu'il avait remphe en Grèce, et qui lui avait été conjâée par le Sénat romain, il avait passé deux ans à Corinthe, et il y avait

épousé Chryséis, fille d'un prêtre d'Apollon. Elle était d'une grande beauté. Elle avait ce type de la femme grecque que les sculpteurs d'Athènes ont reproduit si souvent dans leurs Vénus tant admirées.

La société de Corinthe, à cette époque, était bien dissolue, et c'était Vénus qui comptait dans cette ville le plus grand nombre d'adoratem's. Mais le père de Chryséis n'avait jamais permis à sa fille de prendre part au culte scandaleux de la belle déesse, et elle n'avait jamais adoré d'autre dieu qu'Apollon.

Sergius Paulus avait beaucoup étudié l'histoire des rehgions, et il en était venu à ne plus croire aux dieux du paganisme. Mais il ne voyait aucun mal à ce que sa femme, et sa fille Paulina, rendissent un culte à Apollon et à Diane, parce qu'il les considérait comme des dieux honnêtes — Diane surtout, puisqu'elle était restée vierge, dans la <;royance antique.

La religion juive cependant l'attirait plus que les autres, à cause de Moïse dont il connaissait la merveilleuse histoire, et surtout à cause de la promesse d'un Messie-Sauveur dont le monde, à son avis, avait grand besoin.

En attendant, il cherchait la vérité, et comme un grand nombre des hommes les plus illustres de son temps, il croyait à la magie, et aux oracles des sibylles et des pythonisses.

Un magicien qui se nommait Bar-J6su, et qui avait pris le surnom d'Elymas qui signifie mage ou prophète, avait su gagner sa confiance. C'était évidemment un homme très versé dans l'histoire et dans les sciences occultes. Il prétendait appartenir à l'école des mages de la Perse, et il se réclamait en même temps de Moïse.

Le proconsul l'avait attaché à sa maison. Mais quand il apprit l'arrivée de Saul à Paphos, et ses prédications sur Jésus de Nazareth, il invita l'apôtre à venir chez lui. Paul s'y rendit avec Barnabe et Marc, et Sergius Paulus ne tarda pas à les interroger sur la doctrine nouvelle qu'ils avaient commencé à prêcher dans les synagogues.

" Je connais, leur dit-il, l'histoire de votre Jésus de Nazareth. C'était un personnage bien extraordinaire, d'après ce que l'on m'a raconté ; mais il était ennemi de Rome, et il voulait se faire roi.

— On vous a mal renseigné, répondit Saul. Jésus de Nazareth n'était pas un ennemi de Rome, non plus que des autres puissances de ce monde. Il n'avait qu'un ennemi, Satan, qu'il appelait le Prince de ce monde. Deux fois on a voulu le faire roi, mais il a refusé. Le titre de roi des Juifs n'eût été pour lui qu'un vain hochet ; car il est le Roi des rois, le souverain suprême de toutes les nations puisqu'il, est Dieu.

— Voilà une prétention qu'il te serait bieo

difficile d'établir, répliqua le proconsul.

— Cela n'est pas seulement difficile, dit Elymas, c'est impossible. "

La discussion s'engagea alors entre Saul et le magicien, à la grande satisfaction de Sergius Paulus.

Eljnias fit appel à toutes ses habiletés de parole, et à toutes ses supercheries pour empêcher le proconsul de se laisser convaincre par la chaude et forte parole de Saul.

Mais l'argumentation de l'apôtre était serrée et puissante. Après avoir exposé avec beaucoup de force les preuves de la résurrection de Jésus- Christ, il raconta sa propre histoire au proconsul : comment il avait été le persécuteur de la reUgion nouvelle, et comment Jésus l'avait radicalement changé en le foudroyant aux portes de Damas, et en lui enseignant la vérité.

A ce récit, Elymas éclata de rire, et dit :

" Les cas d'hallucination de ce genre sont fréquents dans tout l'Orient, et surtout dans la Perse. D'ailleurs vous admettez vous-même que vous avez été frappé de cécité, et il est évident que l'aveuglement de votre esprit a suivi celui de vos yeux."

Saul fut transporté d'une sainte indignation, et fixant son regard plein de feu dans les yeux mêmes du magicien, il lui dit d'une voix forte : " O homme plein de toutes sortes de ruses et

de fourberies, fils du diable, ennemi de toute justice, tu ne cesseras donc pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? Eh ! bien, voici que la main de Dieu est sur toi. Tu seras aveugle, et, pour un temps, tu ne verras pas le soleil. "

" Aussitôt, raconte l'écrivain sacré, d'épaisses ténèbres tombèrent sur Elymas, et il cherchait en se tournant de tous côtés quelqu'un qui lui donnât la main. "

Le miracle qui fermait les yeux du magicien ouvrit tout à fait ceux de l'honnête proconsul. Il se déclara plein d'admiration pour la doctrine que Saul lui avait enseignée, et il crut en Jésus- Christ.

Mais Chryséis ne fut pas si prompte à se détacher du culte d'Apollon, et Paulina, leur fille, qui n'avait pas encore onze ans, resta hésitante entre la foi de son père et celle de sa mère. Toutes deux pensèrent même que Saul avait été bien cruel poiu- le pauvre Elymas. Elles ne comprirent pas combien ce faux prophète, instrument de Satan, avait été coupable, et dans quelle mesure il avait mérité son châtiment. Elles n'avaient pas remarqué non plus que Saul avait dit : "Tu seras aveugle pour un temps. "

Et, en effet, quand Barnabe revint quelques années après pour achever l'évangélisation de Paphos, il y trouva Elymas à demi converti par le châtiment que Saul lui avait infligé ; et,

quand Barnabe le baptisa, la vue lui fut rendue. Sergius Paulus était resté chrétien, mais sa femme et sa fille ne l'étaient pas encore.

Paulina s'épanouissait alors en grâce et en beauté. On disait qu'elle serait encore plus belle que sa mère. Il y avait dans ses yeux profonds quelque chose de chaste, de serein, de mystérieux ; et ses longs cils voilaient une mélancolie rêveuse.

Sa voix était une musique, expressive et riche de nuances, une symphonie qui n'avait rien d'étudié ni de conventionnel. Elle ne riait jamais bruyamment. Mais elle souriait volontiers, et son sourire était suave. Quand elle rêvait, les yeux fixés dans le vague, elle semblait regarder au-delà des choses de ce monde.

CHEZ LES CALATES

Le culte de Vénus avait sans doute fait perdre aux Cypriotes le goût des choses spirituelles et religieuses. Les plaisirs de la chair les avaient tellement corrompus que leur esprit et leur cœur atrophiés ne pouvaient plus s'élever au-dessus des biens de la terre et des amusements du monde

La prédication de Paul en Chypre fut donc cette semence tombée parmi les ronces qui fut étouffée par les mauvaises herbes.

Mais la conversion du proconsul avait produit un effet considérable sur la population ; et, quand Paul le quitta il en avait fait un véritable apôtre du Chi'ist. — "Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve à tous deux, lui dit Paul en lui faisant ses adieux, mais soyez sûr, Sergius, que nous nous retrouverons quelque part en ce monde, et que vous deviendrez comme moi un apôtre de la religion nouvelle. Je m'en vais vers les Gentils. Le peuple juif n'a pas reconnu son Messie. Il Fa fait mourir, et il a demandé que son sang retombe sur lui et sur ses enfants. Ce vœu de son cœur per\erti sera exaucé. Il y aura partout dans le monde des Juifs qui se convertiront. Mais la masse du peuple, la race ellemême, restera entêtée dans son incrédulité. Elle est condamnée à toujours attendre un messie qui ne viendra jamais, et elle mourra dans son péché, chassée de sa patrie, loin de Jérusalem et de son temple qui seront détruits.

" Mais les Gentils entendront la voix de Dieu qui les appelle, et c'est pourquoi je m'en vais vers eux dans tous les pays où l'Esprit m'emportera. De ce jour, je renonce à mon nom hébreu, Saul, et je vais prendi-e le second nom qui m'a été donné au jour de ma circoncision, Paul, qui

•convaindra mieux à mon titre de citoyen romain, dans mes relations avec les Gentils. Je vous reverrai, Sergius, soit en Grèce, soit à Rome, et je vous associerai à mon œu\Te apostolique, qui est l'œuATe du Christ,

" Ne vous troublez pas au sujet de Chryséis €t de Paulina. Soyez vous-même fidèle au Dieu que je vous ai fait connaître ; et votre exemple les amènera un jour au pied des autels de Jésus- Christ."

Paul et ses deux compagnons s'embarquèrent à Nea-Paphos et firent voile vers le Nord. Leur mission plus ou moins fructueuse en Chypre n'avait pas duré trois mois. Après deux jours de navigation très orageuse, dans laquelle ils furent bien près de périr, ils abordèrent à Attalia, et se rendirent à Perge en remontant le Cestrus, qui était alors navigable.

En cette saison de l'été, la population des rivages de la mer émigrait aux flancs des montagnes, où la température était plus fraîche, où la brise purifiait l'air, où les bois exhalaient des parfums et ombrageaient les habitations. Les premières pentes du Taurus abondaient en sites charmants de villégiature, au bord des lacs et des rivières.

Paul ne fit donc que passer à Perge qui était presque déserte, et il communiqua à ses deux compagnons le dessein qu'il avait formé de fran-

chir la chaîne du Taurus, et d'aller évangéliser les Galates.

Barnabe le voulut bien ; mais Jean-Marc s'y refusa pour des raisons que Paul n'approuva pas. Marc se décida donc de retourner à Jérusalem.

Le Cestrus creusait une profonde vallée dans la montagne du Taurus, et les caravanes y avaient tracé d'étroits sentiers. Mais à l'endroit où la route atteignait les sommets élevés, couverts de hautes futaies, elle devenait difficile et périlleuse. C'était un pays inhabité et sauvage qui servait de retraite aux bj-igands.

Les deux missionnaires ne craignirent pas de s'aventurer dans ces solitudes redoutées.

Un soir, ils entrèrent dans une forêt, en suivant un sentier qui paraissait bien tracé. Barnabe proposa d'y chercher un gîte dans les broussailles, €t d'y passer la nuit.

" Demain, dit-il à Paul, en plein jour, nous pourrons nous aventm-er dans l'épaisseur des bois. Nous serons plus sûrs de la route à sui\Te, et moins exposés à faire des rencontres dangereuses."

— Peut-être, répondit Paul, mais la nuit est belle et fraîche ; je me sens plus dispos à marcher qu'au soleil, et la route est bien marquée par des pistes de chevaux — ce qui prouve qu'elle est fréquentée. — Quant aux rencontres dangereuses, elles sont aussi fréquentes le jour que la nuit dans les forêts du Taurus.

"Ayons confiance, Barnabe ; le Seigneur doit protéger ses missionnaires. Quand il a daigné envoyer un ange au jeune Tobie, qui s'en allait en pays lointain retirer une somme d'argent due à son père, crois-tu qu'il abandonnera ceux qui s'en vont prêcher son évangile chez les Gentils ?

— Non, " reprit Barnabe ; et les deux apôtres se remirent en marche.

L'obscurité et le silence qui se prolongent finissent par dégager certaines terreurs. Vous sentez que ce n'est pas le vide qui vous entom^e ; que des êtres in\dsibles et mystérieux flottent dans l'air autour de vous. Et vous entendez des bruits inexphcables qui Adennent des profondeurs. Sont-ce les forces de la nature qui accompHssent leurs évolutions, ou les plaintes des bêtes fauves qui souffrent de la faim, ou les appels de ralhement des malfaiteurs errants à la recherche de leurs victimes ? — Peut-être.

" Mais non, dit Paul, c'est le mouvement universel des êtres qui ne se reposent jamais, et dont les voix grandissent dans les ténèbres.

''Tiens, voici une clairière qui s'ou\Te devant nous, et qui va nous permettre d'admirer la sérénité de la nuit et la beauté du ciel.

• — Oui, dit Barnabe, et voici là-haut des étoiles qui scintillent.

— Elles sont belles et lumineuses, reprit Paul ; mais que leurs lumières sont faibles et tremblan-

tes ! Dans leur course régulière sur le ciel noir, elles ressemblent aux bonnes âmes qui cherchent la vérité dans les ténèbres qui enveloppent le monde. Elles gardent encore au fond de leurs consciences quelques pâles rayons de la lumière que Dieu y alluma quand il leur donna l'existence, €t elles attendent qu'il vienne de nouveau les éclairer. C'est la mission que nous allons remplir au nom de Jésus-Christ. "

Oui, c'était bien le rôle de ces premiers messagers de l'Evangile, et de tous ceux qui ont suivi leurs traces dans les déserts de ce monde. Dans les sphères mystérieuses où gravitent les âmes, «lies luttent contre l'ombre qui voile la vérité, comme les étoiles luttent contre la nuit. Souvent l'ombre paraît invincible, tant elle est épaisse ; mais quand l'apôtre paraît, portant dans sa main le flambeau de la foi, l'ombre se dissipe.

Que sont-ils pourtant ces humbles missionnaires qui n'ont ni or, ni argent, ni pouvoir, ni influence d'aucune sorte, auxquels manquent même souvent le talent et la science, que sont-ils en présence des obstacles et des ennemis à vaincre ? — En apparence rien. Et cependant ils triomphent de l'espace illimité, du désert, de la forêt, des puissants et des savants.

C'est qu'il y a en eux un élément divin ; et, grâce à cette force cachée, ils triomphent à la fois de l'hostihté de la nature et de l'hostilité humaine.

Après avoir traversé la clairière, où les infatigables marcheurs avaient pu contempler un coin du ciel étoile, il leur fallut gravir une montagne couverte d'un bois touffu. Les ténèbres s'épaissirent, et ils perdirent leur chemin. Barnabe ralentissait le pas, mais Paul marchait en tête, et bientôt ils trouvèrent un étroit sentier, qui longeait l'escarpement d'un ravin.

Un sourd rugissement leur fit comprendre qu'ils étaient dans le chemin d'une bête fauve. Ils continuèrent de marcher lentement, et tout à coup ils aperçurent le feu d'un campement au fond du ravin.

" Tiens, dit Barnabe, voilà une habitation humaine.

— Les hommes sont plus dangereux que les fauves, dit Paul ; mais c'est aux hommes que nous sommes envoyés : allons visiter ceux-ci."

De la hauteur que le sentier suivait ils dominaient le campement, et ils purent l'observer aisément. C'était une large tente, circulaii'e et conique, en peau de chameau, ouverte par le haut pour laisser passer la fumée d'un grand feu qui flambait au milieu. Autour du feu dormaient plusieurs hommes enveloppés dans leurs manteaux de laine brune ; et au dehors, une sentinelle veillait, debout, le dos appuyé sur un grand pin.

En les apercevant, la sentinelle fit entendre un coup de sifflet, et les dormeurs s'éveillèrent. En

un instant, ils s'élancèrent tout armés hors de la tente.

" Qui va là ? cria le chef.

— Des aniis, répondit Paul.

— Nous n'avons pas d'amis.

— Vous voulez dire que vous n'aimez personne^ et c'est peut-être vrai. Mais moi, je veux dire que nous aimons tout le monde, même vous que nous ne connaissons pas. Pouvez-vous nous empêcher de vous aimer ?

— Oui, en vous faisant du mal.

— Vous vous trompez ; car le Dieu que nous servons nous conunande d'aimer ceux qui nous font du mal.

— Alors, prouvez-nous que vous nous aimez en vous dépouillant de tout ce que vous avez, et en nous le donnant. Sinon nous le prendrons de force, comme nous faisons à tous ceux qui tombent entre nos mains. Comprenez- vous ?

— Je vous comprends très bien, et vous allez me comprendre aussi. Si je possédais quelque bien, je le partagerais volontiers avec vous ; mais je ne possède rien. Je vis d'aumônes, et cette besace contient toute ma fortune : quelques vieux vêtements et quelques livres. Je n'ai nulle part aucune habitation. Vous êtes plus riche que moi, puisque vous avez une tente, et je vais vous demander une faveur, que vous ne me refuserez pas — l'hospitahté pour la nuit.

— Mais vous n'avez pas peur de passer la nuit avec des brigands ?

— Non.

— Je pourrais vous tuer cependant.

— Non, vous êtes trop intelligent pour tuer un homme sans motif. J'ai d'ailleurs beaucoup de choses à vous dire, des choses que vous avez intérêt à savoir, et que je vous dirai demain.

— Vous êtes un singulier personnage. Juif, grec ou romain ?

— Je suis Juif et citoyen romain. Je parle les trois langues.

— Et où allez- vous ?

— Nous allons visiter Antioche de Pisidie, et Iconium, et Lystres, et les autres villes de la Galatie.

— Vous n'êtes pas des touristes, ni des commerçants, puisque vous n'avez ni or ni argent. Qu'allez-vous donc faire dans ces villes ?

— Nous allons y prêcher une religion nouvelle.

— Ah ! Je croyais que nous a\'ions déjà beaucoup trop de divinités. Le dernier dieu qu'on nous a fait connaître se nommait Cahgula, et il n'a pas mieux enseigné aux autres à faire le bonheur de l'humanité. Est-ce le divin Claude que vous allez annoncer aux malheureux de la Galatie ? Alors, je suis bien tenté de ne pas vous permettre d'aller plus loin.

— Non, le nouveau Dieu, le seul vrai Dieu, dont

nous sommes les envoyés, se nomme Jésus-Christ, et, quand je vous l'aurai fait connaître, vous serez heureux de devenir un de ses disciples."

Le chef des brigands prit alors la besace de Paul et celle de Barnabe, et les plaça dans un coin de la tente. Il invita les deux apôtres à s'y coucher, et il s'étendit lui-même auprès d'eux.

Le lendemain, les brigands prièrent les deux missionnaires de passer la journée avec eux, et se montrèrent très attentifs aux discours de Paul qui leur raconta son histoire et celle de Jésus-Christ.

Au lever du soleil, le surlendemain, quand les deux missionnaires se préparèrent à partir, les brigands demandèrent le baptême. Un ruisseau coulait au fond du ravin, et Paul les y baptisa.

Les adieux furent touchants, et les nouveaux amis promirent de se retrouver à Antioche.

Vers le soir, les deux voyageurs furent heureux de sortir de la forêt, après avoir franchi le sommet du Taurus.

Sur le versant septentrional ils trouvèrent la nature plus hospitahère, et de grands pâturages, avec une population de pasteurs qui les hébergea et leur fournit la nourriture dont ils avaient besoin.

Enfin, après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent à iVntioche de Pisidie, ville florissante, admirablement située, non loin de beaux lacs bleus aux rives boisées. Les Juifs y étaient nombreux, et très influents ; mais à côté des synagogues s'élevaient

un temple à Bacchus, et un autre à la Lune.

Quand vint le jour du sabbat, Paul et Barnabe se rendirent à la synagogue et furent présentés aux anciens. Paul y fut invité à prendre la parole.

Le discours rapporté aux Actes des Apôtres n'est évidemment qu'un résumé très incomplet, comme le sont d'ailleurs tous ses autres discours. Comme les autres, et comme ceux de Pierre, et celui du premier martyr Etienne, il se divise en trois parties.

L'orateur résume d'abord la merveilleuse histoire du peuple de Dieu et de son glorieux législateur Moïse. Puis il raconte l'avènement du Messie en Jésus que les Juifs de Jérusalem n'ont pas reconnu. Après avoir rappelé sa mort ignominieuse, il affirme et prouve sa résmTection glorieuse. Et comme conclusion il proclame le dogme fondamental de la religion nouvelle : le salut de tous par la seule foi en Jésus, sans l'assujétissement aux prescriptions de la loi mosaïque.

Ce sermon fut certainement un succès puisque Paul fut invité à parler encore sur le même sujet au sabbat suivant.

Pendant la semaine qui sui\àt on causa beaucoup dans la ville de cette première prédication qui faisait du bruit, et l'on discuta tout naturellement la nouvelle doctrine. Au sabbat suivant, toute la ville se porta à la synagogue pour entendre les prédicateurs. Un grand nombre de GentUs s'y

trouvèrent, et cela suffit sans doute pour exciter la jalousie des Juifs.

A peine Paul eut-il commencé d'exposer sa doctrine que les murmures éclatèrent. Chaque application des prophéties à Jésus de Nazareth, pour prouver sa messianité, soulevait des contestations. Bientôt les prêtres et les scribes juifs en vinrent aux imprécations et aux blasphèmes contre Jésus-Christ. Alors Paul leur adressa ces paroles, qu'il aura l'occasion de répéter bien des fois dans la suite de ses missions : "C'est à vous les premiers que la parole de Dieu devait être annoncée ; mais puisque vous la repoussez, et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les Gentils. Car le Seigneur nous l'a ainsi ordonné : Je t'ai établi pour être la lumière des nations, et pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre."

Les deux hommes de Dieu secouèrent alors contre les Juifs la poussière de leurs pieds, et se dirigèrent vers Iconium. Mais ils laissaient derrière eux de nombreux disciples, remplis de joie et de l'Esprit-Saint.

Parmi eux se trouvaient plusieurs des brigands qui avaient donné l'hospitalité aux deux apôtres dans la forêt du Taurus.

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