DERNIÈRES COURSES EN ORIENT ET RETOUR A ROME
Les dernières missions de Paul en Orient furent rapides, mais fructueuses.
En Crète, il y avait bien des abus à corriger,, et il fallait surtout y organiser plus régulièrement l'Église chrétienne. L'apôtre y mit tous ses soins.
Les Cretois avaient été les premiers convertis à la foi par des disciples venus de la côte d'Asie et de Jérusalem. Mais c'était un peuple qui avait de graves défauts, et l'ivraie s'y était bientôt mêlée à la bonne semence.
Paul, appelé par d'autres chrétientés, ne put faire qu'un séjour très court en Crète, et il y laissa Tite avec les instructions nécessaires pour remédier au mal. C'était l'homme Je mieux qualifié qu'il pût trouver pour la tâche difficile qu'il lui confia.
L'apôtre parcourut ensuite la côte d'Asie, et visita les nombreuses églises qu'il y avait étabhes.
A Antioche, il fut heureux de retrouver son ancien ami Onkelos, devenu un disciple de Jésus- Christ.
La mort de sa femme avait rompu les Hens qui l'avaient longtemps retenue dans le judaïsme, et
Barnabe l'avait converti. Il était même entré dans le sacerdoce et il prêchait avec beaucoup de succès contre les judaïsants. Paul causa longtemps avec lui, et Onkelos lui dit : '^ O mon grand ami, je n'ai pas oublié ma \'isite à la montagne d'Horeb, et quand vous m'avez dit que vous aviez reçu la mission d'évangéliser le monde, j'ai bien cru que vous étiez devenu fou. Mais cette mission vous l'avez remplie, et c'est ce miracle qui m'a converti.
Paul fit une nouvelle station à Ephèse, où il eut la joie d'embrasser son cher Timothée qui gouvernait sagement cette importante chrétienté.
Il retourna en Macédoine en passant par Troas, puis à Corinthe.
Il y avait longtemps qu'il rêvait d'étendre ses missions jusque dans l'Epire. Mais il en avait été empêché. Le temps lui parut venu de réahser son rêve, et il se rendit de Corinthe à Nicopolis, capitale de ce pays. Il écrivit à Tite de venir l'y rejoindre dès qu'il trouverait un remplaçant en Crète.
Nicopolis était devenue une grande et belle ville, depuis la célèbre bataille d'Actium, par suite des largesses dont l'empereur Auguste et Hérodele-Grand l'avaient comblée.
Paul y passa l'hiver, et il alla prêcher jusqu'en Illyrie et peut-être en Dalmatie.
Au printemps de l'an 67, il revint à Corinthe, où il trouva Pierre ; et tous deux se mirent en route pour Rome.
A Brindisi, Paul fit une rencontre tout à fait inattendue. C'était le jeune Agrippa qui s'embarquait pour l'Asie Mineure à la tête d'une cohorte romaine.
Agrippa vint à lui et lui dit : " Je m'en vais rejoindre l'armée de Titus. Jérusalem est en révolte et nous allons la soumettre. Après la victoire, ce sera le temps pour moi de me faire attribuer par Rome le petit royaume de Judée. Et quand je reviendrai, je pourrai poser la couronne de Jérusalem sur la tête de ma belle Paulina. J'espère que vous ne mettrez pas d'obstacle à mes projets ?
— Je n'ai aucune influence dans la conduite des affaires politiques de ce monde, et je n'y prends guère d'intérêt. Je m'occupe uniquement du salut des âmes. Ma mission est bien différente de la vôtre. Mais j 'aspire comme vous à une couronne, celle du martyre, et je m'attends à la recevoir bientôt de César.
— Je ne comprends pas que vous puissiez parler ainsi, mais si la persécution menaçait Paulina, j'espère que vous prendrez les moyens de la sauver.
— Je sauverai certainement son âme, " répliqua Paul en lui disant adieu.
Les deux apôtres se rendirent de Brindisi à Rome par la voie Appia.
La vie des chrétiens à Rome était bien changée
depuis leur départ. Néron, qui n'avait pas encore trente ans, était devenu un cruel persécuteur. Après avoir incendié une grande partie de Rome, il avait accusé les chrétiens de ce crime et décrété leur persécution générale.
Le monde \dt alors en présence et en lutte, l'homme qui incarnait les ^-ieilles croyances du paganisme, et celui que la nouvelle religion étabUe par le Christ venait de produire. L'un formé à l'image des dieux qui avaient commis tous les crimes, et l'autre à la ressemblance du Dieu unique, modèle de toutes les vertus. — L'un revêtu de tous les pouvoirs et maître de l'univers, l'autre dépourvu de tout ce qui constitue la force et la puissance.
Lutte invraisemblable dont l'issue ne semblait pas douteuse.
Sans doute, Pierre était aux côtés de Paul, mais ce n'était qu'une impuissante victime de plus. Et quand les deux chefs de la reUgion nouvelle auraient disparu, l'œuvre du Christ ne serait-eUe pas anéantie pour toujours? C'était son sort inévitable selon les prévisions hiunaines. . . . car on ignorait quelles forces mystérieuses de l'ordre surnaturel venaient d'entrer en lutte avec celles de l'enfer.
Sans doute, elle était plus vraie que jamais la parole de Jésus-Christ " que le démon était le prince de ce monde " ; et ce prmce s'était incarné en Néron.
Tous les vices de la vieille humanité, il les avait dans les veines de son sang. Tous les crimes^ il les avait commis : inceste, adultère, assassin, empoisonneur, meurtrier de ses épouses et de sa mère, incendiaire de sa ville, voleur et malfaiteur, sacrilège et profanateur de tout ce qui est saint ! Et ce monstre était le maître de l'univers. La terre tremblait devant lui. Il était dieu !
Pour la seconde fois, Jéhovah regrettait d'avoir créé l'homme. Vainement, il l'avait noyé dans le déluge. Vainement, dans la personne de Noé, il avait recommencé l'humanité. Toutes les nations s'étaient de nouveau perverties et la race humaine avait donné la mesure de sa perversion en enfantant ce monstre qui se nommait Néron.
Mais, cette fois, ce n'était pas dans les eaux d'un nouveau déluge que Dieu avait résolu de laver l'humanité. C'était dans le sang, non pas dans le sang corrompu des impies et des pervers, mais dans le sang pur des disciples de Jésus-Christ et des vierges sans tache qui marchaient à leur suite. Le sang des martyrs, voilà la force mystérieuse qui luttait contre l'empire du démon et contre la puissance des Césars.
Toutes les forces coalisées du paganisme croyaient bien détruire l'Eglise du Christ en l'inondant du sang des chrétiens ; mais ce sang ne faisait qu'en cimenter les assises.
Pierre et Paul continuaient de prêcher l'Evangile, et malgré tous les obstacles leur enseignement pénétrait dans tous les quartiers de la grande ville, et dans toutes les classes de la population.
Tous deux ajoutaient les miracles à leurs paroles ; et ils pouvaient dire comme leur Maître : Si vous n'en croyez pas nos paroles, croyez-en nos oeuvres.
Parmi leurs ennemis, il y avait des hérésiarques juifs ; et l'un d'eux était le fameux magicien Simon, que Féhx avait amené de la Samarie et qui s'apprêtait à rejoindre Agrippa en Judée. Il s'était attaché aux pas de Pierre, qu'il savait être le chef de la nouvelle religion, et il le combattait par tous les moyens que le démon mettait à sa disposition.
On se sou^àent que près de vingt ans auparavant, en Samarie, ce Simon avait prétendu embrasser la foi, et qu'il avait été baptisé par l'apôtre PhiUppe. Mais alors il était allé offrir à Pierre une forte somme d'argent pour que le chef des Apôtres lui donnât le pouvoir d'imposer les mains et de conférer le Saint-Esprit.
On se sou^dent aussi que Pierre l'avait repoussé avec indignation, en lui disant : Que votre argent périsse avec vous, malheureux !
Depuis lors Simon était devenu l'instrument de Satan, et il avait sui\T. Félix à Rome pour faire la guerre à l'EgUse de Jésus-Christ.
Ses discours ne manquaient pas d'habileté, et il obtenait des succès auprès des foules. Mais les apôtres triomphaient par les miracles.
Pourquoi l'Esprit du mal n'avait-il pas la même puissance, se demandait Simon, puisqu'il était le Prince de ce monde ?
Grâce aux artifices de la magie, Simon faisait des choses étonnantes, et il s'efforçait de rivaliser avec les disciples.
Il avait fini par acquérir un grand prestige à la cour, et Néron croyait en son pouvoir.
Un jour, il fit un coup d'audace, et il annonça qu'en plein forum, à tel jour et à telle heure, en présence de l'empereur, il s'élèverait dans les airs.
S'était-il fabriqué des ailes mécaniques quelconques ? Où comptait-il sur l'assistance du démon pour le soutenir à certaine hauteur ?
Nous ne savons pas. Mais s'il faut en croire les historiens du temps, le spectacle eut un dénouement tragique.
L'empereur y assistait dans une loge dressée sur la Voie Sacrée, et la tradition ajoute que Pierre aussi était là, perdu dans la foule et priant.
" Quand le nouvel Icare, dit Suétone, se lança audacieusement dans le vide, il alla tomber tout près de la loge de Néron, qui fut inondé de son sang. "
César n'en devint que plus acharné à la perte
des chrétiens, et ce fut Quelques jours après que le chef des Apôtres et Paul furent arrêtés et jetés dans la prison Mamertine.
Mais leur mission était remplie et le triomphe de FEgUse était désormais assuré.
Ils pouvaient maintenant répéter la dernière parole du Seigneur :
Consummatum est !