SCÈNE X
DEBRAY, DARBELLE.
Nous voilà seuls.
DARBELLE.
Ilélas! mon cher Debray !..
DEBRAY
Qu’y a-t-il , Darbelle?
DARBELLE.
Regarde-moi bien , Debrav... Est-ce que tu ne me trouves pas changé des pieds à la tète, physiquement et moralement parlant?
DEBRAV.
Mais non.
DARBELLE.
Comment, tu ne me trouves pas un air étrange... un œil hagard... un visage renversé?..
DEBRAY
Que t*es-t-il donc arrivé?
DARBELLE.
Hélas! mon ami... ma femme!., ma femme à moi !.. renvoyée, exilée, perdue... tout ce qu’il y a de plus perdu!..
DEBRAY
Que dis-tu?
DARBELLE.
Et mon cousin l'officier, une balte dans le bras... de ma main !
Se peut-il?
DARBELLE.
Plus moyeu de douter, mou cher, c’était clair comme en plein midi... Alors, lu comprends qu'il a fallu se montrer... Üli ! de ce côté-là , je inc suis montré, ei crânement, je puis le dire... Après quoi, j'ai chassé Kuphémic, en lui donnant ma malédiction... Tout cela, joint à une très forte jaunisse que j’ai eue... m'a distrait pendant quelque temps d’une pensée que j’avais là.
(II montre son front.)
DEBRAY
Quoi donc?
. DARBELLE.
Oui , depuis long-temps, j'avais formé le projet de réparer la sottise que j’avais faite à Dieppe, quand je présentai le fringant de Varcnnes... Ah oui! un sottise...
DEBRAY
Ce n’est pas ta faute , ils se seraient réunis sans toi, peut-être.
DARBELLE.
Non, Debray, t;ou !.. car alors, comme depuis, elle le fuyait, oui, elle le fuyait, tandis qu’il s’obstinait ! Oh ! je sais tout cela mieux que loi! mes renseignemens sont bons, mes informations sont bien prises... en un mot, j’ai su que ta femme quittait Paris, j’ai su la route qu’elle prenait, et j’ai deviné qu'elle viendrait à Ferrières.
Comment, tu sais... ^
1 DARBELLE.
Je sais qu’elle est ici... et en même temps, j’ai découvert que M. de Varcnnes allait se mettre en voyage... il va la suivre encore, me suisje dit... 1. à-dessus, je lui ai écrit que s’il sortait de Paris, je regarderais cela comme une provocation à moi adressée... Il m’a répondu; sais-tu ce qu’il m’a répondu?., que j’étais un imbécille!.. Et il est parti; donc, il m’a provoqué.
DEBRAY
Et tu crois qu’il viendrait.
DARBELLE.
Je ne crois pas , jè suis sûr que ce matin , il est arrivé à la petite ville voisine , qu’il en est sorti et qu’il va venir par ici.
DEBRAY
Cet homme ! toujours cet homme ! Le malheureux!.. il ignore donc ?..
DARBELLE.
Il ignore que tu es dans ce pays... et il m’y trouvera... J’ai quelque chose à lui dire, et je le lui dirai , frtt-il escorté des cinq cent mille fashionables qui se pavanent sur le boulevart de Garni !.. J’en ni assez de toutes ces histoires de maris trompés , sans compter la mienne, qui en vaut bien un autre ! 11 fout que cela finisse ! DEBRAY, à part.
Oui , oui, il a raison!.. Allons , il était écrit que malgré moi... Mais ceci ferait tomber les résolutions les plus sages.
DARBELLE.
Tu n’oublieras pas qu’il m’a traité d’imbécille?.. Je veux qu’il se rétracte et qu’il se remette en roule !.. S’il ne veut pas , eh bien! je suis en verve , moi !.. Nous verrons !
DEBRAY, à part.
Oui, oui, là, je trouverai ce qu’il tue faut.
DARBELLE.
Ou vas-tu donc ?
DEBRAY
Je te rejoindrai.
DARBELLE.
Que vas-tu faire ?..
DEBRAY
Tu le sauras bientôt.