PREMIERES LOGES
Timoléon se leva comme s'il avait été mû par un ressort et partit précipitamment.
— Connaissez-vous ]M. de Gercourt, l'auteur de la pièce? On dit qu'il est charmant — dit madame Girard.
— Je l'ai souvent rencontré ; il est fort aimable.
— Mais pourquoi se mêle-t-il d'écrire ?
— Quand ce ne serait, madame — répondit M. de Brévannes — que pour avoir le plaisir de vous voir assister à la première représentation de son ouvrage avec un si délicieux sobi... sobé...
— Sobieska... — dit vivement madame Girard.
— A ce moment la porte de la loge s'ouvrit , et M. Girard reparut.
— Eh bien? — lui demanda sa femme.
— ■ Alphonsine, vous ne vous êtes pas trompée.... il y a une de ces loges louée à madame la marquise de Luceval.
— Bravo ! dit Alphonsine.
— Ce n'est pas tout : vous qui êtes curieuse de nouvelles, je vais vous en donner une fameuse.
— Comment ?
— Pendant que je questionnais l'ouvreuse, il est arrivé un chasseur galonné sur toutes les coutures, demandant oii était la loge louée à madame la princesse de Hansleld... C'était justement la loge voisine de celle de madame de Luceval... là, juste en face de nous.
— Quel boiilipur ! je ne l'ai jamais rencontrée, la
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princesse; on la dit si belle!... — dil madame Girard.
— IMa foi, je suis tout aussi ravi que vous, madame — reprit iM. de Brévannes — de voir enfin celte mystérieuse heaulé. L'autre jour, au bal de l'Opéra, on ne parlait que d'elle, des élrangetés de son invisible mari.
— Il ne sera du moins pas invisible ce soir — dit Î\I. Girard.
— Pourquoi cela ? — demanda sa femme.
— Par une raison toute simple, bonne amie, c'est que le chasseur est venu demander si l'on ne pourrait pas avoir un fauteuil pour S. E., qui est, diton, fort souffrante, et qui sort pour la première fois depuis une longue maladie.
— Quelle idée ! venir au spectacle ! — dit madame Girard.
— Fantaisie de malade, sans doute — reprit Brévannes.
— L'ouvreuse a répondu au chasseur qu'il fallait demander cela au contrôleur — reprit M. Girard. — Là-dessus le chasseur est descendu, et je suis bien vite revenu vous apporter, bonne amie, mon petit butin de nouvelles.
— Enfin, c'est heureux — dit Brévannes — nous allons donc voir ce couple singulier, étrange, fantastique.
— Quelle est donc cette princesse , mon ami ? — demanda Berthe à M. de Brévannes.
— Une très belle et admirable personne, dit-on,
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à la mode cet liiver, et auprès de qui tous nos élégants ont perdu leurs galanteries... Quant au prince , on se perd dans les suppositions les plus extraordinaires et les plus contradictoires ; mais. ..
— Ah! mon Dieu! — s'écria madame Girard en interrompant M. de Brévannes — voilà la marquise de Luceval dans sa loge... elle n'a pas son sobieska !
IN'ous conduirons le lecteur dans la loge de la marquise de Luceval, oîi il apprendra peut-être pourquoi elle n'a pas sou sobieska.