‹ Paupa MontiChapitre 50 sur 90 · DECOUVERTE · texte numérisé non relu

DECOUVERTE

Madame de Hansfeld, continuant d'écrire à M. de Morville sous un nom supposé, avait reçu plusieurs réponses. Un malin (quelques jours après que M. de Hansfeld eut sauvé la vie du père de Berlhe de Brévannes), Iris, revenant du bureau de la poste restante, apporta une lettre à sa maîtresse.

Le cœur de la princesse battit de joie en reconnaissant l'écriture de M. de Morville.

Cette lettre était ainsi conçue :

« Voilà la cinquième fois que j'écris à ma mystérieuse amie, ses consolations me sont tellement douces et précieuses, elles me viennent si bien en aide pour supporter la tristesse oîi me plonge un amour malheureux, que je ne saurais trop la remercier de son tendre intérêt. Il y a pour moi un charme singulier dans ces confidences à la fois si vagues et si précises faites à une inconnue, qui apprécie l'état de mon cœur avec une délicatesse infinie... J'ai été fraypc de ce que vous me dites

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sur le bonheur d'aimer même sans espoir , de même qu'on aime Dieu pour Dieu , et de trouver dans la seule dévotion à lobjet adoré une pure et ineffable félicité. Vos pensées, à ce sujet, sont en tout si semblables aux miennes... et cela dans leurs nuances les plus insaisissables, qu'à force de m'en étonner, il m'est venu à l'esprit une idée absurde , bizarre, folle... Cette idée est que... mais non... jen'oseraipasmême vousl'écrire... dumoins, avant devons avoir avoué une autre de mes croyances... Je suis fermement convaincu que deux personnes, passionnément éprises l'une del'autre, doivent avoir sur l'amour certaines idées absolument semblables... Aussi, en conséquence de toutes mes folles pensées, je suis assezfoupourconclure... que vous pourriez bien être... la femme que j'aime... sans espoir, et qui, à un bal de l'Opéra , m'a dit ces mots : Faust et Childe-Harold... lors d'une soirée que je n'oublierai de ma vie. »

En lisant ce passage, madame de Hansfeld tressaillit et devint pourpre de surprise, de bonheur et de confusion ; elle continua de lire avec un violent battement de cœur.

« Pardonnez-moi cet espoir insensé,.. Si je me trompe, ces mots seront incompréhensibles potir vous ; si je ne me trompe pas , il peut néanmoins vous convenir que je n'aie pas deviné , alors vous me répondrez que je suis dans l'erreur, et notre correspondance continuera comme par le passé.

lî Maintenant , par quel pressentiment. |>ar quel

instinct ai-je clé amené à croire que ces lelfres m'étaient écrites par vous? Je l'ignore... Sans doute la présence de l'être aimé se manifeste en tout et partout, même malgré le mystère qui semble le plus impénétrable. Si l'on distingue entre mille voix... une voix adorée, pourquoi ne reconnaîtraiton pas de même l'esprit, la pensée de la femme que l'on chérit ? Si je ne me suis pas trompé... ce phénomène s'expliquerait plus encore par la sincérité que par la sagacité demonamour. Alors. ..je vous en supplie, ne me refusez pas la seule consolation qui me reste.... j'alais presque dire qui nous reste. Songez à tout le bonheur que nous pouvons encore espérer de cette correspondance ... et puis quelle confiance absolue , aveugle, doit nous donner l'un pour l'autre mon étrange découverte ! ?\e prouverait-elle pas autant en faveur de voire amour que du mien ? Vous ne m'avez pas écrit un mot qui put vous déceler, et pourtant je vous ai reconnue... Oh ! de grâce, répondez-moi ! Oui, nous pouvons être encore bien heureux , malgré la barrière infranchissable qui nous sépare. Croyant n'être pas aimé de vous, je vous fuyais obstinément, dans la crainte d'augmenter encore les chagrins d'une passion déjà si malheureuse ; mais si vous la partagiez... pourquoi me refuseriez-voiis le bonheur de vous rencontrer souvent... tout en restant, aux yeux du monde, étrangers l'un à l'autre ? J'ai juré... non de ne plus vous aimer, cela m'était impossible ; mais j'ai juré, lors même que vous répondriez à

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mon amour , de ne jamais porter atteinte à la sainteté (le vos devoirs, et de ne jamais me présenter chez vous. En restant tidèle, comme je le dois, à ce serment, quels seraient nos torts ? qu'aurions-nous à redouter ? N'êtes-vous pas liée par votre amour comme je le suis par ma parole... parole dont je ne serais délié que le jour où je pourrais aspirer à cotre ma ni ?

a Mais à quoi bon entrer dans de pareils détails si mon cœur se trompe... si vous n'êtes pas vous ? Un mot encore... si j'ai deviné juste , je vous le jure sur l'honneur, personne au monde ne m'a rien dit qui put me faire soupçonner que vous m'écriviez... Cette découverte est un de ces miracles de l'amour, qui ne semblent impossibles qu'aux impies et aux athées.

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