II
I7f> PAULA MONTt.
scL- auprès de lui la vie la plus belle cl la plus honorée.
— Oh ! tais-toi... lais-loi !
— Et cela sans lui faire parjurer ses serments, et cela sans le rendre coupable envers sa mère, car elle bénirait ce mariajje, que vous pouvez contracter avec joie... sans honte, sans crime, en restant paisible à attendre les événements... ne provoquant rien, ne faisant rien, ne sachant rien...
— Tais-toi ! oh ! tais-toi !
— N'encourageant pas même par un mot hypocrite la vengeance féroce et intéressée de M. de Brévannes, en étant toujours avec lui froidement polie... Tout est prévu... Le livre noir parlera pour vous : le livre noir dira que, pour rendre plus tard votre mariage possible, il ne faut pas qu'on soupçonne M. de Brévannes de vous aimer et d'avoir calculé la vengeance qu'il aura tirée du prince et de Berthe... Cela vous épargne encore une assiduité qui, remarquée dans le monde, aurait pu éveiller la jalousie de M. de Morville... Je vous dis que tout était prévu... soigneusement prévu, marraine.
— Mon Dieu!... mon Dieu, délivrez-moi de l'obsession de cette créature!
— De sorte qu'après le tragique événement — reprit imperturbablement Iris — M. de Brévannes n'a aucun reproche à vous faire, et vous lui fermez votre porte sans un mot d'explication. Brévannes éclatera... que pourra t-il faire ou dire? Le
l'épingle. 171
livre noir esl entre mes mains, il n^i p.is une lettre (levons; d'ailleurs, pour se plaindre, il lui faudrait avouer i'infàme calcul qui lui a presque fait provoquer son déshonneur pour avoir le droit de luer sa femme et votre mari... Mais il n'oserait, car il inspirerait autant de mépris que d'horreur, qu'en dites-vous, marraine ?
— Laisse-moi... te dis-je... va-t'en... va-l'en... tu m'épouvantes !
— Mon Dieu ! que fais-je autre chose que de vous exposer le bien et le mal?... Maintenant vous êtes libre... choisissez !
— Monstre!... tu sais bien la portée de tes paroles... et des criminelles espérances que tu évoques à ma pensée.
— Suis-je un monstre... pour vous dire de choisir entre le bien et le mal ? La vertu est donc une terrible chose à pratiquer, qu'elle coûte autant de larmes que le crime?...
— Seigneur, ayez pitié de moi !
— Un dernier mot, marraine. J'ai pu mettre en jeu certaines passions , préparer certains événements... mais il ne dépend plus de moi de modérer leur marche ; car... ils semblent se précipiter... demain , peut-être , il serait trop tard... Si vous êtes décidée au bien. .. c'est-à-dire à prévenir votre mari du danger qu'il va courir, et M. de lîrévannes de la mystification dont il est dupe... agissez sans délai, aujourd'hui même, à iinsîant... Une heure de retard peut tout perdre... c'est-à-
172 PAUL A MOMI.
dire tout gafjner dans l'intérêt de votre amour... A ce moment, un valet de chambre entra, après avoir frappé, chez Paula.
— Qu'est-ce ? — dit-elle à cet homme,
— jNe sachant pas si madame la princesse recevait, j'ai prié .'M. et madame de Brévannes d'attendre.
— Ils sont là? — s'écria madame de Hansfeld en tressaillant.
— Oui, princesse.
— Madame a oublié qu'elle avait donné rendezvous à M. et madame de Brévannes ce malin... — dit Iris.
— En effet — reprit Paula d'une voix émue — je... oui... sans doute.
— La princesse reçoit — se hâta de dire Iris. — Priez seulement .>!. et madame de Brévannes d'at'tendre... un moment.
Le valet de chambre sortit.