‹ Pauvre aveugle drame en trois actes et en proseChapitre 18 sur 34 · ANNA, CÉLINE · texte numérisé non relu

ANNA, CÉLINE

céline, dans la autiste. A demain, mon bon pere... bonne nuit, a demain.

ANNA. Céline!!... ( Tombant à genoux. ) Oh!

merci, mon Dieu ! merci.

Céline , apercevant Anna. Anna !! vous ici... (Elle la relève .) Dans quel désordre!... Qu'avezvoug, mon amie?... Moi qui vous croyais retirée depuis loug-lemps, qu’avet-vous", au nom du ciel?

Anna. Rien, bonne amie, rien, je vous assure. Vous ôtes là, je vous entends... je vous embrasse..., je suis heureuse, bien heureuse... Oh! c'est que je vous aime tant, ma Céline!.,.

Céline , la pressant sur son rieur. Chère enfant!... Mais il s’est passé quelque chose d’étrange ici...; ce trouble, celte agitation. Anna, au nom du ciel, tju’avez-vous?

anna. Ce qui s'est passe... rien... rien... Oli ! c'est que je t aime, vuis-tu...; je t'aime comme nue amie, toi si bonne et qui dois être si belle... Je t'aime comme une soeur..., comme une sœur chérie... Veux-tu, Céline, dis, veux-lu être la sœur de la pauvre aveugle?... Ob! c'est qu’à une sœur on peut tout dire sans ctaindre de l'irriter. . . , on peut... la sauver d'un danger même malgré elle... Oh ! dis-moi , dis-moi que tu veux bien être ma sœur!

céline. Mon Dieu !... Mais je ne puis te comprendre... Eh bien I oui, ta sœur, ta sœur pour la vie. (Elle la presse dans ses bras.) Mais parle..., au nom du ciel!... tu me fais mourir.

anna. Oui... , je parlerai; lu connaîtras mes inquiétudes..., mes superstitions .. ; tu me promets de ne pas te moquer de moi.

céline Non, je le le jure.

anna. Eh bien! écoute alors. Laissée seule par Marie . je viens près de cette fenêtre dans l’espoir d'y trouver un peu de fraîcheur. Accablée de fatigue, ennuyée d’attendre, je m'endormis... ; alors un rêve affreux vint troubler mon sommeil.

céline. Un rêve, et voilà ce qui t’impressionne à ce point?

anna. Oh! je suis une enfant, je le sais ; cependant j’ai entendu dire que souvent on a vu des rêves se réaliser. (A part.) Puisse-t-elle me comprendre, mon Dieu!

ckline. Petite folle... Allons, continue.

anna. C elait là, dans celte chambre, tu étais seule avec moi. Tout à coup un homme, que dis-je! un monstre, se présente devant toi: ses traits étaient doux et semblaient refléter les plus belles qualités de l'âme; ses paroles étaient tendres et passionnées, car il te parlait d’amour, à toi. Tu I écoutais d'abord avec crainte , puis avec plaisir, puis enfin, et peu à peu, tu le laissais aller au penchant de cette hallticinalinn, seins l'empire de laquelle ttt fus bientôt

tout entière..., et cet homme l'entraînait «ers un gouffre sans fond, vers un abime affreux .. vers le déshonneur. .céline. Assez, assez.

awu. Céline, ma Céline, dirait— il, aime-moi comme je t'aime, ne vois en moi que l'amant le plus tendre, le plus passionné, car ton amour, vois-tu, ton amour, c’est ma vie, mon bonheur; et tu lui tendais les bras, lu le suivais; tandis que moi, qui savais que l’infâme voulait tu tromper, je. me consumais en vains efforts [von r t’arracher à lui, te suppliant et ( appelant, mais tu ne m'écoutais pas .. Oh ! c’était atTreuz, Voistu..., je souffrais bien... Tout à coup ton mari apparut, pâle et tremblant de colere..., puis ils se battirent, ces deux hommes, ils se battirent sous nos veux...; le sang rejaillit 6ur nos robes blanches, et toi, insensée, folle, tu répétais... aime-moi ; aime-moi, comme je t'aime..., car Ion amour, c'est ma vie.

céline. Mon Dieu I que dis-tu?

anna. N'est-il pas vrai qu’il était horrible ce rêve... Si je ne m’étais éveillée, vois-tu, j’étais morte...

Céline. Ohloui, bien affreux... (.1 pari.) Est-ce donc vous, mon Dieu, qui m’envoyez cet ange pour m’éclairer? (A Anna.) Allons, remeta-toi... je comprends combien celte vision a dû te faire mal ... mais enfin..., ce n'est qu’un rêve qu’il faut oublier... un rêve, entends-tu ?...

anna. Oui..., tu as raison..., mais écoute... je suis une enfant..., tu me le dis cent fois par jour..., une enfant, c'est peureux... Eh bien! j'ai peur , et ne veux pas que tu me quittes.

Céline. Peur!... encore ce rêve... Allons, folle , plus de ces idées. [A pari.) Moi aussi , j'ai peur.

anna. J’entends Marie, mais c'est égal...

Permets-moi de rester avec toi jusqu’au moment où ton mari sera rentré dans son appartement.

céline, à part. Mon Dieu !... mais sauraitelle donc. ( Haut .) Eh bien ! j’y consens, et cette attente ne sera pas longue, car le voici... Tu es encore toute tremblante...

anna , à part. Merci, mon Dieu; je suis heureuse, je n ai plus peur maintenant... M. Duvernay est là..., il saura la défendre. Et Céline a dù me comprendre.

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